Quand la liberté de religion devient emprise du religieux, la solution est dans l’équilibration.

jeudi 7 janvier 2010
par  Amitié entre les peuples
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Quand la liberté de religion devient emprise du religieux, la solution est dans l’équilibration.

La liberté de religion doit être assurée mais aussi contenue. Le droit doit défendre le principe de cette liberté dans ses diverses modalités concrètes mais en même temps prévoir des exceptions pour limiter sa tendance expansive, son emprise. Que le droit positif le fasse est une chose mais il peut être en retard sur le réel, sur la montée en force du religieux, aussi bien « par en-bas » (église catholique) que par « en-haut » (islam) " En somme trop religion et c’est l’oppression. Emprise et oppression vont de pair. Ou situer la limite ? C’est donc à la démocratie, aidée par une information sur l’existant de la part des juristes spécialisés, de dire quand il y a de trop de religieux, de toutes les religions s’entend.

. 1 ) Commençons par le droit et la religion.

La liberté de religion, c’est bien plus que la liberté de conscience. La chose est entendue. C’est aussi une certaine pratique autorisée en privé et en public. C’est là - en public - que la discussion commence nous le verrons plus loin.

En France, avec la laïcité reconnue, le droit ne dit rien de la religion. Le droit ne connait que les pratiques. Toutes les convictions même les plus bizarres ou les plus farfelues sont admises. Pas de préférence pour le christianisme en France malgré une subculture chrétienne forte. C’est que le législateur n’est pas athée mais laïque. De quel droit ferait-il une sélection ? En conséquence il ne s’occupe pas une seconde des croyances .

Par contre il s’intéresse aux pratiques individuelles et communautaires (de groupe) qui en découlent. Le droit dit : chacun a les croyances qu’il veut et, de ce fait, chacun croyant ou non croyant, peut librement critiquer la croyance de l’autre puisque dans ce maelström on voit que nombreuses croyances sont contradictoires entre elles entre religions différentes, voire au sein d’une même religion.

Le droit d’un Etat laïque dit en somme : je ne connais que l’extériorisation des convictions notamment sous la forme du « libre exercice des cultes » qui s’effectue en lieu clôt ou à ciel ouvert lorsqu’il s’agit de manifestations. Ces manifestations peuvent être restreintes dans l’intérêt de l’ordre public. La liberté d’extériorisation n’est pas absolue. Le droit apporte des limites à cette liberté de principe. Bloquer une ou plusieurs rues d’une grande ville et de façon quotidienne pendant un temps relativement long pour la prière est un trouble de l’ordre public. Il y a abus de religion.

2) Le conflit des prosélytismes et ses limites

La liberté de religion reconnait la liberté du prosélytisme. Soit. Cela ne fait pas nécessairement souci dans les sociétés libres, donc quand il s’agit d’un discours qui permet le contre-discours. Le problème apparait quand des organisations sont en charge du prosélytisme en lien avec le monde des affaires. Ce problème existe plus aux USA qu’en France.

Le principe peut connaitre des limites car, il est bon pour le simlple « vivre ensemble » que l’on ne passe pas son temps à s’échanger nos croyances et nos non croyances . Une vision plus utilitariste peut ajouter que pendant ce temps de débat théologique on ne produit pas grand chose en terme de valeur d’usage utile à la société pour les socialistes mais pas plus en terme de valeur d’échange s’agissant des marchands ou des capitalistes.

Rest que la laïcité n’interdit pas sauf exception l’expression prosélyte. Une certaine philosophie de la laïcité - conçue comme neutralité, comme mise en suspension de ce débat - plaide pour limiter des affrontements le plus souvent inutiles . Le prosélytisme en pratique porte à l’encontre des jeunes enfants et des adultes fragilisés par un évènement dramatique. Les religions se précipitent sur ces personnes à l’esprit critique affaiblit. Il n’y a guère que les religions minoritaires qui pratiquent le porte-à-porte prosélyte.

3) La question de l’emprise du religieux.

Le religieux ici signifie la totalité des manifestations extérieures de toutes les religions. L’emprise du religieux peut être globale ou sociale mais aussi proximale.

* L’emprise du religieux peut être globale : Quand sur un territoire donné vous avez profusion de symboles religieux en tout genre allant des bâtiments divers jusqu’aux vêtements religieux portés par tous ou presque et ce de façon constante vous êtes dans une société religieuse. Un individu venant d’une société largement sécularisée peut y ressentir un effet de surdose, une surcharge, une oppression due à cette emprise du religieux. Dans une société religieuse toute l’atmosphère sociale est sous emprise du religieux ultra-dominant. La France est relativement sécularisée mais il subsiste une subculture chrétienne bien apparente avec ses Eglises. Il y a aussi l’emprise de la marchandisation du monde via la publicité.

Critiquer l’emprise du religieux ne signifie pas vouloir supprimer les édifices religieux mais vouloir pour l’avenir en limiter la taille surdimensionnée. Il se trouve qu’un urbanisme à taille humaine critique aussi le « toujours plus haut » des tours de certaines grandes villes.
La critique peut porter sur l’affichage constant et ostentatoire de signes religieux.

* L’emprise peut être aussi proximale : Elle s’exerce alors dans un espace restreint ou un(e) individu affiche ostensiblement et durablement des symboles sacrés. Certains s’accommodent d’autres non.

La réponse peut-elle venir du blasphème ? Le blasphème est parfois la seule réponse possible à la surcharge de sacré imposé. Mais on ne va pas passer son temps à blasphémer. Vous pour pouvez mettre un panneau qui indique que la religion vous défrise celle-là comme les autres (voir plus encore que les autres) . Certains croyants et certains religieux et même certains spiritualistes n’imagine pas combien l’affichage constant du sacré peut être pénible et agaçant dans certaines circonstances . L’affichage ostensible et durable de sa religion dans un cadre proximal mérite de plaider pour les affichage discrets de la religion contre les affichages ostensibles.

Christian Delarue


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