La critique de la religion, de l’intégrisme religieux et l’infraracisme.

dimanche 17 avril 2016
par  Amitié entre les peuples
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La critique de la religion, de l’intégrisme religieux et l’infraracisme.

Bref propos, sans prétention particulière, juste issu d’un retour sur l’année 1998, il y a 15 ans (article écrit en 13).

1) L’infraracisme

Ce néologisme n’est pas de moi. On me reproche d’en user, de peuple-classe à sexoséparatisme en passant par travaillisme. Il arrive pourtant que cela aide à penser à défaut d’être immédiatement pédagogique et accessible.

L’infraracisme est une expression de Michel Wieviorka, employée dans son ouvrage de 1998 : « Le racisme, une introduction » (La Découverte 1998)

Michel Wieviorka distingue quatre niveaux dans l’expression de l’idéologie raciste. Il y a tout d’abord le stade de l’infraracisme qui s’extériorise sous forme de préjugés et d’opinions diffuses. L’étape suivante est celle d’une manifestation plus cohérente et systématique mais qui reste encore pour l’essentiel éclatée. Jusque là, cela est insupportable mais pas encore trop inquiétant. Cela devient grave lorsque le racisme se concrétise sous la forme d’un mouvement politique structuré. Enfin, ultime forme, celle d’un Etat qui fonde son orientation sur des conceptions ouvertement racistes (tel encore récemment l’apartheid en Afrique du Sud).

2) Une double critique ne devrait pas dépasser le stade de l’infraracisme et même l’éviter.

C’est loin d’être toujours aisé mais c’est possible !

Quelle double critique ? Il y a d’une part la critique de la religion, aussi bien ses textes « sacrés » que ses pratiques ou ses prophètes. Il y a aussi d’autre part la critique de l’intégrisme religieux, celui des diverses religions. Deux registres critiques qui peuvent buter sur les exigences de refus du racisme.

A - La critique de la religion porte, d’un point de vue humaniste athée, soit contre la position de surplomb des religions soit contre ses positions idéologiques (le créationisme par exemple). Il ne s’agit pas ici nécessairement d’une critique de ou des intégrismes. Une telle critique ne vise pas, pour un antiraciste, la personne même des croyants mais la position idéologique précise qu’ils défendent ou le comportement qu’ils adoptent. Critiquer un comportement ce n’est pas diminuer la personne elle-même.

Mais certaines critiques peuvent parfois « naviguer » dans l’infraracisme dans la mesure ou elles peuvent englober des incertitudes qui peuvent apparaitre comme des préjugés ; mais fondamentalement elles n’ont pas vocation à stigmatiser les croyants. Tout humain, même cultivé, même scientifique, a des propos purement idéologiques. Disons que cette critique, pour partie infraraciste, n’est pas faite pour blesser bien qu’elle constitue souvent une riposte et que certains croyants n’apprécient pas forcément l’exercice qui pour eux s’apparente à de la diffamation.

En même temps, des croyants peuvent aussi abuser du terme diffamation pour empêcher toute critique de la religion, alors que les dites religions ne sont surtout pas neutres. Elles agissent, s’expriment, affichent des symboles qui évidemment ne sont pas neutres. Et, sauf totalitarisme, la critique doit normalement pouvoir s’exprimer. Mais il faut éviter le racisme. Façon de parler, d’écrire...

Et là, certaines critiques de la religion peuvent basculer franchement dans le racisme. C’est le cas à chaque fois que la dite critique est non seulement très sévère mais aussi et surtout sert explicitement in fine à déconsidérer, rabaisser tous les croyants de cette religion. C’est ce qui a été reproché à Redeker comme au clip de G Wilder

B - La critique de l’intégrisme.

En 1998, la même année que publication que l’ouvrage de M Wieviorka, Daniel Béresniak publie son ouvrage : « Les intégrismes » sous-titré « Idéologie du délire paranoïaque » (Ed J Grancher).

L’auteur précise d’abord quelques termes comme intégrisme, fondamentalisme, secte, tradition, monde moderne, etc avant d’étudier l’intégrisme catholique puis protestant, puis juif, puis musulman.
Il évoque le sens de « convertir », aimer et user de la force, aimer et être cruel, etc... Il se penche sur l’ordre moral (Mac Mahon 1877), la guerre sainte, l’Opus Déi, etc... Une partie analyse aussi comment les intégristes voient le corps, le méprise, méprise le sexe. Ce qui renvoie ensuite à plusieurs thèmes, le dogmatisme, le fanatisme, l’intolérance, le communautarisme, la pureté, la « peste émotionnelle », la décadence, le totalitarisme, le fascisme.

L’auteur use parfois d’extension de sens du terme « intégrisme » en pointant le dogmatisme et le sectarisme hors du champ religieux et notamment pour le discours et les pratiques de feu les partis communistes staliniens. Mais il n’abuse pas, à raison à mon avis, ce cette extension de sens. Il importe, bien que ce soit tentant parfois d’opérer une transgression avec usage des guillemets, de laisser le terme intégrisme aux dérives autoritaires des religions.

Christian Delarue

Cairn.info - Le racisme, une introduction, par Michel Wieviorka
http://www.cairn.info/le-racisme-une-introduction—9782707128669.htm

Daniel Béresniak. - « La débâcle d’Éros ». Les intégristes religieux sont des frustrés...
http://fr.groups.yahoo.com/group/secret-defense/message/8608