Identité martiniquaise et rencontres diverses notamment avec un jeune Béké. C Delarue

dimanche 14 avril 2013
par  Amitié entre les peuples
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Identité martiniquaise et rencontres diverses notamment avec un jeune Béké.

13 avril 2013 Par christian delarue

Parti presque trois semaines à la Martinique pour faire état des positions d’ATTAC et du MRAP sur l’île - et ce grâce au financement indépendant d’un soutien - j’ai eu l’occasion de rencontrer plusieurs personnes porteuses d’une mentalité métissse - une sorte de franco-créolité -, faite du mélange des appartenances diverses, avec qui l’échange fut riche, notamment à la bibliothèque Schoelcher de Fort de France ainsi qu’à la bibliothèque derrière le Musée régional d’histoire et d’ethnographie.

Identité martiniquaise et rencontre avec des Martiniquais de culture métisse.

Un des apports de l’échange fut sans doute la définition du Martiniquais rapporté à la matérialité du « vivre ensemble ». Est Martiniquais(e) celui ou celle qui habite ici. Ordinairement la formule est complétée par « travailler ici et payer ses impôts ici » mais le nombre important de chômeurs martiniquais incite à écarter la totalité de la définition. Pour la même raison, le facteur subjectif, à savoir l’idée de se préoccuper du sort de l’île et de se montrer citoyen critique est aussi écartée bien qu’à l’évidence ce souci soit très présent chez mes interlocuteurs. Pour créer une autre Martinique, plus autonome, plus démocratique, plus sociale, plus respectueuse de l’environnement, il y a besoin de consciences ouvertes, critiques et actives sur l’île.

Ce qui nuit à la Martinique ce sont d’une part l’activité des entrepreneurs égoistes et cupides qui investissent pour leur profit avant tout - le « court termisme » - sans créer d’emplois digne de ce nom sur l’île, sans respect de l’environnement, mais c’est aussi d’autre part une certaine jeunesse désoeuvrée et démoralisée par l’incapacité de la société à leur donner du travail. Il y a aussi une jeunesse différente de celle citée, plus active, qui a elle réussi au plan scolaire et universitaire mais qui ne trouve pas sa place dans le monde du travail sur l’île car la discrimination raciste est importante. Les recruteurs ont plus confiance aux métropolitains, entendez les blancs récemment installés, qu’aux locaux perçus comme trop lents, trop peu efficaces, etc... La mentalité créole est certes moins soucieuse de rapidité et d’efficacité à tout prix que celle du monde capitaliste occidental qui est productiviste mais elle n’ignore pas la nécessité du travail et du produire local. Elle défend l’ESS, l’économie sociale et solidaire, l’agriculture paysanne, les AMAP, etc... Elle n’est nullement contre le travail . Elle pense que le travail comme les revenus doivent être partagés, ce qui sonne un brin révolutionnaire ou utopiste à beaucoup !

Identité martiniquaise et rencontre avec un jeune Béké.

En quittant l’île, à l’aéroport Aimé Césaire du Lamentin, j’ai l’occasion de m’adresser à un jeune étudiant qui vendait des glaces . Evoquant des fruits locaux je lui signale le fait qu’une Martiniquaise a crée une AMAP à Ste Marie. Là ce jeune homme me dit que pour être Martiniquais il faut être né ici dans une famille née ici. Il n’est pas nécessaire d’y vivre constamment. Il me signale alors qu’il est Béké et qu’il fait un job pour payer ses études. Passé le moment de surprise - j’ai le sentiment qu’il m’a dit son identité parce que je suis blanc - je lui dit : « tous les Békés ne sont pas riches comme on le pense aisément en Métropole depuis 2009 ». Oui me dit-il mais ils sont tous Békés riches ou non.

Christian DELARUE

NB 1 : Un Béké non riche se nomme ici un Béké « goyave ». Quand on parle du « pouvoir des Békés » on évoque tantôt les seuls Békés dominants dans l’économie de l’île tantôt les Békés comme caste, c’est à dire le fait qu’ils seraient tous solidaires, sans considération de leur richesse (ou non richesse). Une bourgeoisie à la différence d’une caste, n’est classe sociale pour soi et soi que parcequ’elle est riche et qu’elle domine, mais sa richesse est l’effet de sa domination passée ou présente. Le « pour soi » vise a fortifier cette position sociale par l’entretien de réseaux. Cela vaut surtout pour la haute bourgeoisie.

NB 2 : Nombre de français métropolitains ont pris connaissance des Békés qu’en 2009 au moment du conflit de la Guadeloupe qui s’est transmis aussi à la Martinique.

http://association.pour-politis.org/space/autre-monde/content/identite-martiniquaise-et-rencontres-diverses-notamment-avec-un-jeune-beke-_4BBA619C-EF07-44ED-B2C6-A1ECC7E9A22F