Identité/différence , introduire la domination et le colonialisme, promouvoir l’égalité. P Tort

vendredi 22 juillet 2016
par  Amitié entre les peuples
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Il y a 30 ans avec Patrick TORT, alors membre du MRAP (bêtement exclu en 1988), grand spécialiste de Darwin, brillant théoricien des sciences.

Identité/différence , introduire la domination et le colonialisme, promouvoir l’égalité.

Extrait d’ « *Etre marxiste aujourd’hui* » (p 142 et suivantes) par Patrick TORT Aubier Résonnances 1986

http://www.attac.org/fr/blogs/delarue-christian/5-10-2011/identite-difference-introduire-la-domination-et-le-colonialisme

Etre marxiste aujourd’hui, c’est donner un contenu universel à la logique égalitaire en l’étendant sans restriction au terrain de la citoyenneté. Etre marxiste aujourd’hui, c’est comprendre que l’égalité ne triomphera que dans l’élément du mixte, et non dans le sein délabré des vieilles finasseries identitaires. Toute revendication d’identité, analysée dans le présent contexte historique et politique, dissimulant de plus en plus malaisément ce qu’elle recouvre d’implication suprématistes résiduelles ou résurgentes. Qu’on veuille bien considérer ces réflexions que je vais développer à ce propos comme un essai pour remplacer par une problématique réelle les lieux communs ordinaires du discours politicien.

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LES IMPASSES DE L’ IDENTITE

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Thèse n° 1 : Ceux qui veulent abstraire le problème de l’immigration de son histoire - c’est à dire l’histoire de la colonisation, du colonialisme et du néo-colonialisme - ne peuvent rien comprendre à ce qui se joue au sein des combats d’apparence rhétorique qui sont livrés aujourd’hui autour des notions-fétiches de « différence » et d’ « identité ».

Thèse n° 2 : Seul un individu subissant une domination peut revendiquer son « identité » en acceptant qu’elle soit nommée « différence » . Ce lui qui exerce la domination, lui, revendique son « identité » contre la différence de l’autre, non contre son « identité », qu’il pense ainsi nier comme valeur positive.

Cela signifie qu’à ce niveau du vocabulaire, ils sont apparemment moins faits pour se combattre que pour s’entendre. Le progrès des nouvelles générations d’immigrées est d’avoir compris où était le piège des idéologies, même « généreuses », de la « différence » . Mais ils n’ont pas pu, en même temps éviter l’autre piège, finement attaché au premier : celui de l’identité.

Thèse n°3  : Les identitaires dominants racistes sont tels parce qu’ils craignent que leur « identité » devienne invisible.
Les identitaires dominés « racisés » sont tels parce qu’ils craignent que
leur « identité » demeure invisible.
Si leur situation par rapport à la « visibilité » présente est, certes, différente, leur position théorique par rapport à ce qui détermine leur « visibilité » future est absolument la même. Dans un cas comme dans l’autre, l’intégrisme identitaire renferme les mêmes erreurs, et conduit aux mêmes impasses.

Thèses n°4 : Toute réflexion se voulant rigoureuse et féconde sur la « différence » ou « l’identité » des cultures issues d’une domination étrangère doit impérativement s’attacher, tout autant ou même plus qu’a une ancestralité survalorisèe par la réaction contre la grande humiliation et la grande dénégation coloniales, à la colonisation elle-même comme fait historique entrainant, sur ladite « identité », des conséquences irréversibles. Tout le grand problème intellectuel - et, naturellement, politique - de l’Afrique contemporaine par exemple - et, d’une manière générale, de tous les pays anciennement colonisés - est de trouver la force de na pas faire subir abréactivement à leur histoire proche (la colonisation ) la même dénégation que la colonisation elle-même a fait subir à leur histoire antérieur. Sur les territoires des anciennes colonies, la protestation identitaire, fondant sur un anticolonialisme d’arrière-garde un simulâcre de progressisme aux couleurs de l’« authenticité », présente les pires implications politiques et sociales.

Thèses n° 5  : Il faut se rendre conscient, à propos de la « différence » ou de l’ « identité » culturelle - dans le discours dominant, les deux termes, lorsqu’ils désignent la culture d’un peuple dominé, sont interchangeables -, de deux faits qui ne s’opposent que superficiellement : elle a été tour à tour l’argument biaisé de l’inégalitarisme colonial, et celui d’un égalitarisme anticolonial
biaisé. C’est également ce qu’il faut expliquer pour commencer à faire
percevoir les contradictions de la protestation identitaire dans les formes où elle se manifeste aujourd’hui tant dans les cercles immigrés des nouvelles générations qu’au sein de la jeune bourgeoisie intellectuelle des anciens territoires coloniaux.

Suivent trois grands développements :

I La « différence », argument biaisé de l’inégalitarisme colonial

II La « ressemblance », ou la préparation idéologique du néo-colonialisme

III La « différence », argument d’un égalitarisme anticolonial biaisé.