Sur le FN et la droite extrême

samedi 21 juin 2008
par  Amitié entre les peuples
popularité : 8%

René MONZAT * Journaliste, auteur de « Enquète sur la droite extrême » ( Le monde Éditions, 1992 )

co-auteur avec Jean Yves CAMUS de

« Les Droites nationales et radicales en France » (Presses universitaires de Lyon, 1992).

ARTICLE PARU AVANT L’ELECTION DU GOUVERNEMENT JOSPIN, ET LA CRISE OUVERTE AU FN, MAIS TOUJOURS D’ACTUALITE POUR L’ESSENTIEL

Situation Politique

L’année 1996 a connu une érosion accélérée de la cote de confiance d’un gouvernement conservateur RPR - UDF inchangé dans sa composition.

L’opposition socialiste, atone par excès de prudence, n’arrive pas à capitaliser à proportion la montée du mécontentement. Le mouvement ouvrier n’a pas suscité la « rentrée chaude » que chacun prévoyait pour l’automne 1996. Le Parti communiste, dont l’image s’améliore et qui est moins isolé, n’arrive cependant pas à faire redécoller son audience au-delà de 10% des voix. Les écologistes semblent accaparés par la gestion des conséquences de leur éparpillement organisationnel. Le Front National a donc d’autant plus facilement réussi à tenir à plusieurs reprises le devant de la scène politique. Son audience ne manifeste aucun signe d’affaiblissement.

Une xénophobie latente et un racisme rampant s’installent dans des couches plus larges de la société française, en dehors de l’électorat frontiste, tandis qu’au contraire, d’autres secteurs de la population affirment plus vigoureusement leur opposition à pareille dérive, par exemple lors de manifestations contre les meetings du Front National ou son congrès tenu à Strasbourg fin mars 1997.

Le statut légal et la place des étrangers dans la société française ont pris une grande importance dans le débat public. L’idée que la présence de nombreux immigrés est en soi un facteur de crise de la société française augmente à proportion de l’énergie déployée par le gouvernement pour régler des dispositions sur le statut du séjour des étrangers dont certaines concernent quelques dizaines de personnes. Ces débats, particulièrement vifs lors de la discussion de la loi Debré sur l’immigration en février-mars 1997 se déroulent souvent sous la pression diffuse et indirecte du Front National.

L’affaire dite des sans-papiers de Saint-Bernard a servi de révélateur à l’incapacité de l’administration et de la classe politique à gérer ce dossier autrement que comme un noeud de symboles.

Jamais aussi continûment qu’en 1996 le FN n’était resté au premier plan de l’actualité. Il pourrait arbitrer 200 sur 600 des prochains scrutins législatifs (prévus en mars 1998) et est devenu un élément fondamental et durable de la vie politique. Enfin le maintien de son influence alors que la droite parlementaire domine sans partage le jeu politique a déçu les espoirs de ceux qui estimaient que le Front allait se « dégonfler » dès que le parti socialiste quitterait le pouvoir.

Début 1997, l’extrême droite française, pour l’essentiel, milite au Front National et les débats autour du racisme et du statut des étrangers abordent presque systématiquement aussi la question de la puissance du FN. En témoignent les sondages réalisés lors du mouvement des intellectuels protestant contre la loi du ministre de l’intérieur Jean-Louis Debré : beaucoup de pétitionnaires et de manifestants avaient l’impression de se mobiliser aussi contre le FN.

Partis politiques

Front National - Création : 5 octobre 1972 - Président : Jean-Marie Le Pen ; Délégué Général : Bruno Mégret ; Secrétaire général : Bruno Gollnisch - Adhérents : environ 50 000 - Organe officiel : Les Français d’abord - La lettre de J.M.Le Pen

Organisation : Le Front National a démontré la solidité de son implantation : il a gagné une quatrième municipalité le 9 février 1997 à Vitrolles (Bouches du Rhône). Cette victoire, acquise à la majorité absolue des voix exprimées, alors que le taux de participation (plus de 80%) était exceptionnel pour un scrutin partiel, revêt une importance symbolique et pratique dépassant de beaucoup la taille de la ville (moins de 40 000 habitants). En effet ce scrutin démontre que les scores du FN ne s’érodent pas avec le temps là où le parti d’extrême droite est bien structuré. Le scrutin ayant eu un retentissement national dès le début de la campagne, ni la surprise, ni le manque d’information, ni les mises en garde n’ont manqué : le corps électoral s’est prononcé en connaissance de cause.

La victoire de Catherine Mégret, candidate à la place de son mari Bruno Mégret, délégué général du FN, ne doit rien à sa personnalité un peu falote : le vainqueur est bien le FN en tant que parti. Vitrolles efface l’échec de Dreux où le Front National avait raté de peu la mairie, témoignant néanmoins de la fidélité maintenue, depuis plus de 13 ans, d’une forte proportion (37%) de l’électorat de cette ville.

Ce scrutin confirme la relation entre le succès du FN et l’exacerbation de la crise de la représentativité politique : à Vitrolles, le candidat socialiste, maire sortant handicapé par une mise en examen, ne faisait pas l’unanimité dans son propre parti et souffrait de la distance qui s’était établie lors de ses précédents mandats entre son électorat et lui. Les enseignements de l’élection législative de Gardanne, dans une circonscription voisine, vont dans le même sens : le candidat de gauche a battu celui du FN en s’appuyant sur sa présence sur le terrain et sa bonne réputation personnelle, plus que sur son appartenance au Parti Communiste.

Le FN poursuit le renforcement de son appareil : il compte vraisemblablement plus de 50 000 militants, avec de très fortes disparités départementales. Ainsi la fédération du Rhône compte selon ses dirigeants 8700 adhérents. Elle est la première, loin devant celle du Var, qui compte, selon le maire de Toulon Jean-Marie Le Chevallier, 6000 adhérents dont 3000 à Toulon. En Loire Atlantique (Nantes) le FN annonçait 850 adhérents. La fédération de l’Isère qui compte 800 adhérents dispose d’un fichier de membres et de proches sympathisants de 2000 noms. Dans les Alpes Maritimes, le FN qui compte 5000 militants a envoyé des voeux 1997 à 30 000 contacts : il opère donc nettement la distinction entre les adhérents et la frange de l’électorat la plus sympathisante à laquelle il a les moyens d’envoyer une propagande très ciblée.

Cependant dans plusieurs dizaines de départements, principalement de l’Ouest, du Centre-Ouest, du grand Sud-Ouest et du Massif Central, sa structure militante est très réduite. Au FN, le ratio électeurs/militants est plus proche de celui des partis machines électorales que de celui du dernier parti militant, le PCF, qui compte une dizaine d’adhérents pour 100 électeurs, alors que le FN en a un seul !

Le FN, doté d’une structure nationale de service d’ordre, la DPS (direction protection sécurité) a créé les UMI (unités mobiles d’intervention), groupe de militants dotés de matériel et d’uniformes leur donnant l’apparence de gendarmes mobiles.

Idéologie

Le FN a poursuivi sa radicalisation idéologique et a publié en juin 1996 une version de son programme, rédigé par Bruno Mégret, en livre de poche, donc étudié pour une large diffusion. Intitulé l’Alternative Nationale. Les priorités du Front National, il est édité par les Éditions Nationales, appartenant au parti. Le FN y adopte une conception de la Nation qui passe par le sang ou l’ethnie, marquant un net durcissement dans l’expression d’une idée qui est celle de la plupart de ses cadres depuis sa fondation, mais qu’il se défendait jusqu’ici officiellement de partager. Le Front assume et rend publique sa radicalisation par des « dérapages » pesés et calculés, que la presse du parti relaie : ainsi National Hebdo dont le rédacteur en chef évoque en éditorial ses « amis nazis », et qui affirme dans le même numéro que « certains au Front national donnent moins d’importance à la race »(National Hebdo ,1er Août 1996).

L’affaire de la bibliothèque municipale d’Orange a ensuite montré non pas une censure puisque le FN s’est « couvert » en commandant des livres à d’autres partis politiques mais des inclinations idéologiques précises. Le chargé de communication de la mairie, André-Yves Beck, a commandé pour la bibliothèque plusieurs séries de livres du FN ou écrits par des auteurs de référence de ce parti, aux éditions ARS, liée au mouvement Nouvelle Résistance, dont Beck était un des principaux cadres jusqu’au moins 1994. Parmi les ouvrages commandés figure un de Julius Evola (1898-1974), rédigé en 1942 pour défendre l’alignement politico culturel de l’Italie fasciste sur l’Allemagne nazie (cf. « Pour un alignement politico-culturel de l’Italie et de l’Allemagne » in Essais Politiques, Éditions Pardès, 1988) ou d’autres livres du même auteur comme Le Fascisme vu de droite , bilan critique du fascisme et du national-socialisme, où Evola expose tout le bien qu’il pense de l’ordre SS, dont il était un collaborateur de premier plan.Jacques Bompard, le maire d’Orange, interrogé sur ces choix a déclaré avoir lu presque toute l’oeuvre d’Evola en français et ne rien y trouver à redire, précisant devant la télévision que ses deux auteurs de prédilection sont Nietzsche et Evola.

Enfin, après deux ans d’interruption, le FN a sorti un numéro de sa revue théorique Identité, consacré à « L’Amérique, adversaire des peuples ». L’anti-américanisme radical qui s’y exprime parachève la rupture totale avec la thématique pro-américaine des débuts.Cette évolution permet au FN de continuer à absorber le reste de l’extrême droite : les militants du groupe antidémocratique et pétainiste Oeuvre Française ainsi que ceux du mouvement national-bolchevik Nouvelle Résistance peuvent désormais officiellement militer en son sein .

Le tournant social

Autre évolution importante:le FN a lancé une offensive visant à occuper le terrain social. Le Front, qui dispose d’une base populaire depuis la fin des années 80, s’est doté d’un programme social en 1992. Il essaie sporadiquement de créer des relais dans les entreprises. L’approfondissement de son audience populaire a été confirmée par les votes exprimés en sa faveur lors des présidentielles de 1995 et la direction du FN a tiré des leçons du mouvement de grève de décembre 1995. Ainsi Bruno Mégret, début 1996, explique dans un entretien au quotidien Le Monde : « Nous nous trouvons actuellement dans une situation pré-révolutionnaire » et annonce que « le FN entend développer un programme social et soutenir les mouvements sociaux, mais dans une démarche rénovée. Nous voulons faire du social sans faire de socialisme ». Cette politique, claire dans son intention, repose sur la mise en oeuvre d’instruments complémentaires au parti : par exemple dans le domaine syndical, elle repose sur trois instruments. En premier lieu le maintien, dans la discrétion, d’une politique de contrôle de sections de Force Ouvrière ou de la CFTC (syndicat chrétien). Ainsi Présent du 4 mars 1997 fait l’apologie d’une section syndicale Force Ouvrière d’EDF-GDF au Mans et souligne : « si toutes les sections syndicales FO s’exprimaient comme celle-là, on en arriverait presque à penser qu’il est inutile de créer des syndicats propres au mouvement national ! » Il est impossible d’évaluer le nombre d’entreprises concernées,mais il s’agissait jusqu’en 1996 du plus clair du travail « syndical » du FN.

Deuxièmement, le Front décide parfois de monter de façon spectaculaire, hors du mouvement syndical existant, des sections syndicales FN, au départ appelées Front National, puis Force Nationale. Le FN compte selon ses dires plusieurs centaines d’adhérents à la Régie Autonome des Transports Parisiens (RATP), aux Transports en Commun Lyonnais, chez le constructeur automobile Peugeot à Mulhouse, mais il ne semble pas capable de mobiliser tous ses adhérents travaillant dans une entreprise donnée pour faire un travail « syndical ».

Il a donc lancé un Front National de la Police, un FN RATP, un FN Transports Lyonnais, un FN-Pénitentiaire (gardiens de prison), un FN- Santé ; le Mouvement pour un Enseignement National s’adresse aux enseignants du secteur public ; le FN Poste, le FN SNCF n’ont pas rendu publiques leurs structures plusieurs mois après la distribution de leurs premiers tracts. Enfin le FN a annoncé son intention de coordonner le travail de ses militants dans les principales confédérations syndicales. Il a créé pour cela le Cercle National des travailleurs syndiqués, qui regrouperait 1500 membres. Il donne la priorité à l’ancrage au sein de la CGT, de la CFDT,de FO et du syndicat des cadres CGC (mais Bernard Férré, président du CNTS, est responsable de l’union locale CFTC d’Aix en Provence). La radicalité de l’orientation des syndicats ne constitue pas un obstacle à cette infiltration et les cadres du FN chargés d’appliquer cette ligne insistent à dessein sur le présence de militants du parti à SUD (Solidaires, Unitaires Démocratiques), opposition de gauche au sein de la CFDT .

Que Bruno Mégret soit allé le 16 octobre 1996 distribuer des tracts du FN à l’usine Moulinex de Mamers (Sarthe) menacée de fermeture, et dénonce « les syndicats institutionnels, complices de ce processus de destruction », est un avertissement : le FN entend allier les thèmes sociaux et xénophobes, utilisant le slogan « préférence nationale pour l’emploi, préférence étrangère pour les licenciements » (selon Samuel Maréchal, Quotidien de Paris du 13 mai 1996). Il veut donc aussi allier les thèmes sociaux et un nationalisme économique appuyé sur la revendication d’une politique industrielle forte. Après une année d’activité syndicale, si le résultat en terme de publicité pour le Front est indéniable, le Front National de la Police reste la seule structure syndicale nationale animée par le FN qui se soit présentée lors des élections professionnelles (7,4% des voix en décembre 1995). Le FN Police a déjà connu une scission, le Front Fédéral des Policiers, créé en mai 1996.

La mobilisation anti-FN

Fait nouveau, la résistance militante au FN s’amplifie : des manifestations sont organisées lors des principales initiatives du FN, lors des déplacements de ses dirigeants, à l’occasion de ses meetings et congrès départementaux. Ainsi 1300 personnes ont défilé à La Grande Motte (Hérault), le 27 août 1996, avant l’université d’été du FN. Mi-octobre, 500 personnes ont manifesté à Poitiers devant le congrès du Renouveau Étudiant, « syndicat » étudiant du FN, qui se tenait dans une semi-clandestinité. Le 11 novembre à Fougères (Bretagne), la venue de Bruno Mégret lors d’une réunion du Front National de la Jeunesse a été perturbée par une manifestation de 200 personnes. Fin novembre à Grenoble, l’inauguration du local de Fraternité Française par Jean-Marie Le Pen se déroule sous les cris de contre-manifestants et le 9 décembre, 18 000 personnes manifestent contre l’inauguration par Le Pen des nouveau locaux grenoblois du parti. Le 25 janvier 1997 une manifestation s’est déroulée à Vitrolles, réunissant 1500 personnes et le 13 février plusieurs milliers de personnes défilent à Toulon en soutien au TNDI, centre culturel installé à Châteauvallon et menacé de fermeture par la mairie FN de Toulon. Même le congrès départemental du FN du Vaucluse a suscité une manifestation de plus de 2000 personnes à Orange, ville gérée par le FN. Le congrès national du FN fin mars 1997 a vu se mobiliser à Strasbourg un éventail sans précédent d’associations, mouvements politiques et structures syndicales.Une association d’envergure nationale comme Ras l’Front réussit à publier un journal mensuel vendu à 10 000 exemplaires et comprend des sections dans toutes les grandes villes.

Autres organisations satellites

Front National de la Jeunesse : - Directeur : Samuel Maréchal - Fondé en 1973 ; 12 000 adhérents - · Publication : Agir pour faire front (bimensuel) ; nombreux bulletins locaux : Debout ! (Strasbourg) ; Le Pays réel (Oise) ; La Flamme (Toulouse) ; Tout doit disparaître (Rhône) ; Première ligne (Paris)...

Le FNJ exprime en règle général une sensibilité plus radicale que celle du FN ; l’influence du nationalisme révolutionnaire et du courant Terre et Peuple y est prépondérante, tout comme le paganisme,ce qui a amené en retour la création à l’automne 1996 d’une Fédération Nationale-Catholique éditant le journal L’Epervier, et qui veut rassembler les catholiques intégristes du FNJ.La fédération de Paris entretient, par l’intermédiaire notamment de Gildas Mahé, d’étroites relations avec le GUD (Groupe Union Défense), mouvement violent qui soutient les thèses négationnistes et professe un anti-sionisme radical. Le GUD est dirigé par Frédéric Chatillon et Pierre Oldoni. Certains cadres de ce groupe sont partis au Zaïre début 1997, renforcer les mercenaires européens dirigés par un ancien adjoint de Bob Denard dont des français proches de l’extrême droite et recrutés par un cadre du FN qui à déjà eu des responsabilité dans la direction de mercenaires.

Dans les lycées et les universités, le relais du FN est depuis 1990 le Renouveau Étudiant, dirigé par Samuel Bellanger. Son objectif commun avec le FNJ pour 1997 est de s’implanter dans les 4500 lycées de France. Aux élections universitaires de 1996, il n’a obtenu que 2,95%. Début 1997, il a publié une revue semestrielle : offensive pour une nouvelle université.

La presse favorable au FN

La « presse amie » relaie les campagnes du FN. Elle n’a cependant pas retrouvé, tous titres cumulés, le tirage que l’hebdomadaire Minute atteignait seul au début des années 80. Après le quotidien le Français lancé par les amis de Bruno Mégret et disparu en 1995, le Quotidien de Paris , vecteur des idées frontistes, a cessé de paraître à l’automne 1996.

L’Insurgé (mensuel) - n°1 : avril 1996.

Journal fondé par Roland Gaucher, ancien cadre dirigeant du FN qui militait pendant l’occupation au sein des Jeunesses Nationales-Populaires de Déat, et le catholique traditionaliste Pierre Debray. Diffusé en kiosque, sa vente semble très marginale.

National-Hebdo (hebdomadaire) - Directeur de la rédaction : Martin Peltier - Ventes : environ 30 000 ex.

Bien que partageant les locaux du FN, ce journal ne lui est pas juridiquement lié et est édité par une société présidée par Jean-Claude Varanne, cadre dirigeant du parti. National-Hebdo répercute les prises de position du FN, ses activités locales, mais rapporte aussi celles de groupes plus radicaux. Un de ses chroniqueurs, l’ancien milicien François Brigneau, auteur de la brochure Un certain racisme juif, est ouvertement négationniste. La rubrique « livres » est tenue par Jean Mabire, cadre de la nouvelle droite, théoricien du néo-paganisme et auteur de nombreux récits sur les français engagés dans la Waffen SS. L’Association des amis de National-Hebdo est présidée par Me Jean-François Galvaire, conseiller régional FN.

L’évolution radicale de National-Hebdo s’est poursuivie, notamment en mars 1997 après l’attaque par des militants antifascistes du stand du journal au Salon du Livre à Paris. La croyance en un « complot » des organisations juives contre le FN y est énoncée. Dans un article de mars 1997, M. Peltier répond clairement par la négative à la question « l’amitié avec les juifs est-elle possible ? » (à moins que le juif en question n’adhère aux idées du FN).

Minute (hebdomadaire) - Tirage : 7 à 9000 exemplaires

Actuellement en redressement judiciaire, ce journal est animé par une équipe qui comprend un disciple de la nouvelle droite, Jean-Claude Valla, ancien co-fondateur du GRECE et rédacteur de la Lettre de Magazine-Hebdo. Son chef des informations, Bruno Larebière (pseudonyme de Lotfallah El Khoury), a participé au mensuel disparu Le choc du mois et son directeur général, Gérald Penciolelli, a été un des dirigeants d’Ordre Nouveau et du PFN. Le rédacteur en chef est Jean-Pierre Cohen. Le journal essaie d’établir des liens avec des personnalités de la droite parlementaire et tente de renouer avec la tradition d’investigation et de polémique était la sienne à sa fondation en 1962. Minute, dont les prises de positions rejoignent le plus souvent celles du FN, a néanmoins appelé à voter pour Chirac au deuxième tour de l’élection présidentielle de 1995.

Présent (quotidien) - Directeur : Jean Madiran - Fondé en : 1982 - Diffusion : 20000 exemplaires

C’est le quotidien officieux du FN, mais il possède son indépendance et exprime la sensibilité des catholiques traditionalistes « ralliés » à Rome en 1988. L’équipe rédactionnelle comprend Alain Sanders, très actif dans le soutien à la Croatie et aux chrétiens du Liban, et Yves Daoudal, responsable de la revue catholique traditionaliste La pensée catholique . L’association « Présent-Militants », fondée en 1995, sert à la formation politique des lecteurs qui peuvent commander les livres recommandés par le journal auprès de la maison de vente par correspondance Difralivre . Les informations relatives à Israël figurent dans Présent sous la rubrique « territoires occupés » ou « Palestine ». La ligne politique du journal est déterminée par Jean Madiran, disciple de Maurras et directeur de la revue religieuse Itinéraires. Présent vit depuis le début sans ressources publicitaires.

Rivarol (hebdomadaire) - Directeur : Camille-Marie Galic

Ce journal fondé en 1951 soutient le FN mais adopte un ton nettement plus virulent et fait écho au thèses négationnistes (notamment dans la rubrique « Chronique extermina-sioniste »). Une revue mensuelle, Écrits de Paris, le complète.

Autres partis

Parti National Républicain - Président : Jean-François Touzé - Journal : Alliance populaire

Le Parti National Républicain a été créé le 14 octobre 1995 par deux anciens dirigeants du Parti des Forces Nouvelles, Roland Hélie et J. F. Touzé, passés au Front National qu’ils quittèrent en 1989 pour, avec le soutien de cadres du GRECE, lancer le mouvement Espace Nouveau. En 1995, il a appelé à voter Le Pen au premier tour et Chirac au second. Il ne dispose d’aucune implantation locale et présente ses candidats essentiellement pour prendre au FN. Comme ses moyens sont nettement supérieurs à ceux que lui permettent son très faible nombre d’adhérents, une hypothèse admise est qu’elle est financée par la droite parlementaire désireuse d’affaiblir le FN. Le PNR prétend représenter la « droite de combat » et « se situe à la droite de la majorité, sans pour autant manifester un quelconque ostracisme par rapport aux éléments les plus novateurs du FN » (le courant Mégret). Son slogan est « A droite toute ! ».

Mouvements extra-parlementaires

L’extrême droite hors du FN se réduit à des structures numériquement très limitées mais qui sont par nature radicalement hostiles à la démocratie parlementaire. Le FN exerce un force d’attraction qui augmente avec le renforcement de ses structures et qu’accélère sa radicalisation idéologique.

Nouvelle Résistance - Dirigeant : Christian Bouchet - Adhérents : environ 150 - · Publication : La Voix du peuple (bimestriel), tirage : 3000 ex. Mouvement national-bolchevik fondé en 1991 et inspiré par Jean Thiriart, son manifeste s’intitule Pour la cause du peuple. Il s’agit de la branche française du Front Européen de Libération, auquel appartiennent le groupe britannique Third Way, le journal milanais Orion , les polonais de Przelom Narodowy ; les indépendantistes de Ulster Nation (Belfast) ; la revue espagnole Tribuna de Europa et dont sont proches les nationalistes russes Alexandre Douguine et Edouard Limonov. Des représentants du FEL se sont rendus en Iran (1994) en Corée du Nord (1995) et en Libye (février 1997). Lors de son congrès le 1er novembre 1996, Nouvelle Résistance a décidé de modifier son attitude vis à vis du FN en autorisant ses membres à y adhérer, compte tenu de « l’évolution positive » que Christian Bouchet croit discerner dans l’anti-américanisme, l’anti-libéralisme et le programme social du Front. Ce rapprochement, qui n’est pas une intégration, a causé la scission pendant l’été 1996, d’une dizaine de militants qui ont rejoint la branche française du PCN belge (de Luc Michel). Outre André-Yves Beck, déjà cité, Nouvelle Résistance compte parmi ses animateurs Fabrice Robert, élu FN en région parisienne, leader de Jeune Résistance et du groupe musical skinhead Fraction Hexagone.

Nouvelle Résistance est un groupe qui se différencie par ses contacts internationaux avec les communistes orthodoxes russes de Anpilov et les milieux islamistes, par un intérêt poussé pour l’occultisme crowleyien et pour la culture musicale alternative (musique industrielle ou dark/black metal). Plusieurs fanzines spécialisés s’y rattachent : Raven’s chats (Toulouse ; black metal et industriel) ; Kunst (Strasbourg, futurisme et industriel) ; Requiem gothique (Rennes, musique gothique) et surtout Napalm Rock (Aix en Provence, black metal) et Omega (Haut-Rhin, industriel). Enfin le groupe s’intéresse aux régionalismes à travers les mensuels corse Rupture (Bastia) et flamand Wij Zelf (Saint-Omer).

Ce ralliement clôt l’histoire du courant solidariste en France, né au début des années 1970 avec le Groupe Action Jeunesse et le Mouvement Solidariste Français, puis le Mouvement Nationaliste Révolutionnaire et Troisième Voie. Ses cadres ont rejoint soit la Guilde du Raid (Boinet, Edel) soit le FN (Stirbois, Baeckroot, Morizé, Antony, Bergeron), le leader historique Jean-Gilles Malliarakis, qui s’était rapproché du FN milite avec un petit réseau d’amis au sein de la Confédération de Défense des Commerçants et Artisans (CDCA) et entretient des contacts avec le réseau Idées-Action d’Alain Madelin.

L’Oeuvre Française - Membres : 150-200 - Journal : Jeune Nation - Président : Pierre Sidos ; cadres : Thierry Maillard, Yvan Benedetti.

Mouvement actif à Paris, Lyon et Bordeaux, c’est un groupuscule hyper-hiérarchisé, catholique intégriste, très antisémite et hostile à toute idée européenne.

Sidos a tenu une conférence de presse à Orange, ville gérée par le FN, le 9 novembre 1996, pour se féliciter de la radicalisation idéologique de ce parti et tolérer désormais l’appartenance simultanée aux deux mouvements. Selon ce groupe : « Né du terrorisme, se maintenant par le terrorisme, Israël périra forcément par le terrorisme ».

Parti Nationaliste Français - Dirigeants :Jean Castrillo et Henri Simon (anciens Waffen SS) - Fondation : 1983 - · Publication : Militant (mensuel) - Groupe racialiste qui limite son activité à un banquet annuel et à l’édition de son journal. En fort déclin depuis que son principal animateur, Pierre Pauty, a rejoint le FN en 1992 et a été élu conseiller municipal de Saint-Denis, recueillant plus de 20% des voix en 1995. Pauty avait quitté le FN en 1980 en se plaignant que « Le Pen était devenu un jouet entre les mains des sionistes ».

GROUPES RELIGIEUX

Chrétienté-Solidarité - Président : Bernard Antony ; Vice-Président : Alain Sanders.

L’Université d’été de ce mouvement catholique traditionaliste lié à la Fraternité Saint-Pierre s’est tenue près du monastère du Barroux, qui est sa référence spirituelle, avec la participation de Jean Madiran et de Me Trémollet de Villers, l’avocat de Paul Touvier. Le mouvement édite un mensuel, Reconquête, et organise des conférences dans les locaux parisiens du Centre Henri et André Charlier. L’une d’elles, le 23 mars 1997, avait pour thème la défense des écrivains « politiquement incorrects », c’est à dire souvent collaborateurs pendant la dernière guerre, comme Alphonse de Chateaubriant, Drieu la Rochelle, Brasillach, Henri Béraud. La devise du groupe est « Dieu ; Famille ; Patrie ». Il a commémoré séparément en 1996 l’année Clovis pour réaffirmer la vocation de « fille aînée de l’Eglise » de la France.

Très hostile à la franc-maçonnerie, à l’islam et à l’influence supposée excessive de la communauté juive en France, Chrétienté-Solidarité a de nombreux contacts à l’étranger, notamment en Croatie et au Liban où elle a défendu, par un collectif d’avocats, le chef phalangiste Samir Geagea lors de son procès en 1996. Lors du voyage de Le Pen chez le dirigeant extrémiste serbe Seselj en janvier 1997, le mouvement a maintenu ses positions pro-croates.

L’AGRIF (Association générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française et chrétienne), fondée en 1984, a pour but d’intenter des procès dans tous les cas où elle estime la religion catholique diffamée.

Contre-Réforme catholique - Direction : Abbé Georges de Nantes · Publication : La Contre-Réforme catholique

La CRC, basée dans l’Aube, est un mouvement sectaire politico-religieux violemment antisémite et anti-maçon. Son idéal politique est la monarchie ou une dictature de salut public de type pétainiste, salazariste ou franquiste. L’abbé de Nantes, qui bâtit autour de sa personne un véritable culte de la personnalité, recommande de ne pas voter Le Pen, en raison du racisme « matérialiste athée » du FN. Le mouvement a connu une scission d’une partie des religieuses de la communauté de Saint-Parres lès Vaudes (Aube), et le retour à la Restauration Nationale d’un de ses plus brillants éléments, Hilaire de Crémiers.

Fraternité sacerdotale Saint-Pie X : - Supérieur du District de France : Abbé Benoît de Jorna- · Publication : Fideliter (bimestriel)

Basée en Suisse, la Fraternité poursuit l’œuvre de Mgr Lefebvre et compte en France 100 prêtres, 40 prieurés et 22 écoles privées. Hostile à la réforme liturgique, à l’œcuménisme et aux innovations introduites par le concile Vatican II concernant les relations avec le judaïsme, elle réfute le modernisme et combat ce qu’elle pense être la « subversion » à l’intérieur de l’Église. Elle organise chaque Pentecôte un « Pèlerinage de Tradition » entre Chartres et Paris, et forme ses membres dans les Cercles de la tradition catholique, qui ont leur propre bulletin, lequel vend une cassette intitulée : Du peuple élu aux juifs perfides : le mystère d’Israël.

Une Lettre aux amis et bienfaiteurs fait le lien entre fidèles et donateurs. A Paris, un prêtre de la Fraternité, l’abbé de Tanoüarn, publie la revue Certitudes pour une catholicité baroque, interrogeant à l’occasion des adversaires déclarés comme Émile Poulat ou Alain de Benoist ; consacrant un dossier à l’intégrisme, avec interview d’un grand-rabbin, d’un religieux musulman et d’un dignitaire franc-maçon, Certitudes est aussi plus prudente que les autres revues intégristes sur la question du gnosticisme. Le bras militant de la Fraternité est Renaissance catholique, présidé par Jean-Pierre Maugendre. Les lefebvristes ne doivent pas être confondus avec le courant sedevacantiste qui prétend que la papauté est vacante et qui s’exprime dans les bulletins Sodalitium (cf. Italie) ou Sous la bannière (édité dans le Cher).

Institut culturel et technique d’utilité sociale (ICTUS) - Président : Jacques Trémollet de Villers - ·Publication : Permanences

Ce mouvement catholique traditionaliste fidèle à Rome, présidé par l’avocat de Paul Touvier, continue l’oeuvre de la Cité catholique, avec pour objectif de faire régner la doctrine sociale de l’Église sur la société. Il ne fonctionne plus en « cellules », mais autour de clubs-vidéo, et sa doctrine a été modifié pour faire une place plus grande à la culture, afin d’élargir son public. ICTUS agit principalement en direction des élites : industriels, hauts fonctionnaires et militaires, enseignants et cadres supérieurs et n’a presque aucune activité publique.

Union Nationale pour l’Europe Chrétienne (UNEC) - Président : W. Wuermeling ; Vice-président : Armand Kastner

Depuis 1986, cette organisation catholique lefebvriste organise des campagnes internationales contre l’avortement, qu’elle présente comme « un nouveau génocide ». Pour accentuer le parallèle établi avec la Shoah, l’UNEC a tenté dans le passé d’organiser des pèlerinages à Auschwitz. Martine Lehideux, député européen FN, appartient à son comité de parrainage et A. Kastner a été tête de liste du FN à Cernay (Alsace) en 1995. L’UNEC est implantée en Allemagne ; Autriche ; Belgique ; Hongrie ; Suisse, et depuis 1995 en Ukraine.

Royalistes

Restauration nationale-Action française  : - Direction : Pierre Pujo ; Stéphane Tilloy (secrétaire général)

La Restauration Nationale, qui édite l’hebdomadaire l’Action française et dont l’espace politique est toujours plus réduit reste le principal courant extérieur au FN. Il s’appuie sur une longue histoire et sur l’héritage politique et intellectuel de Charles Maurras, qu’il partage avec de nombreux cadres du FN (Présent est un quotidien lepéniste et maurrassien, Georges-Paul Wagner, avocat du FN et membre du bureau politique est un ancien responsable royaliste et toujours maurrassien). Le mouvement a néanmoins nettement pris ses distances avec le FN, critiquant les déclarations de Le Pen sur l’inégalité des races car il existe aux yeux de l’AF une inégalité entre les individus, les civilisations et les nations due à leur histoire, mais pas d’inégalité innée entre les races. L’Action Française attribue l’évolution du FN à l’influence idéologique néfaste de la nouvelle droite sur le FN. Les jeunes de la RN éditent le journal Insurrection royaliste .

Les autres mouvements royalistes sont souvent d’obédience légitimiste, c’est à dire partisans de la branche espagnole des Bourbons.Leur idéologie est plus nettement contre-révolutionnaire et marquée par un catholicisme intégral et providentialiste.Principaux journaux : Légitimiste (trimestriel) ; Bourbons (bimestriel) ; la Gazette royale .Les partisans du prince Sixte-Henri de Bourbon-Parme s’expriment dans le journal la Tradition (Rennes), proche du groupe France Royaliste (siège près d’Angers).

Néo-nazis

Parti Nationaliste Français et Européen (PNFE) - Dirigeants : Claude Cornilleau (président) ; Marc Fredriksen (vice-président) ; Erik Sausset (secrétaire général). - Membres : une centaine - · Publication : Le Flambeau (bimestriel)

Le PNFE, prototype du parti néo-nazi et négationniste qui comptait jusqu’à un millier de sympathisants au début des années 90, périclite. Son groupe provincial le plus actif édite à Caen Le Flambeau, sous la direction de Sausset et dans lequel écrit Faurisson. Il fête chaque année à Paris, lors d’un banquet, l’anniversaire de la naissance de Hitler et garde des contacts à l’étranger avec le NPD allemand ou les suisses du PNSE. Il continue à recruter largement parmi les skinheads et son groupe des Vosges (Gérardmer/Saint-Dié/Epinal) a organisé en février 1997 un concert auquel assistaient environ 250 personnes. En mars 1997 a eu lieu le procès des profanateurs du cimetière juif de Carpentras, arrêtés en juillet 1996 six ans après les faits, et qui étaient pour certains membres ou sympathisants du PNFE, lequel ne leur a cependant pas donné l’ordre d’accomplir leur acte. Les autres groupuscules néo-nazis comme 1re Division Charlemagne, créé par David Moser en Moselle, sont sans impact. Le seul à être structuré et à compter quelques dizaines de membres est la Communauté nationale socialiste du Rhin supérieur, qui édite en Alsace le journal négationniste Werwolf .

Skinheads

La division entre partisans du groupe américain Resistance dirigé par George Eric Hawthorne et les britanniques de Combat 18 se répercute en France. Les alliés de Resistance sont principalement le fanzine Viking , de xxxxx (dont la section française de Blood and Honour va ainsi à contre-courant des Blood and Honour anglais) et le distributeur de musique BoHa Records (Paris). Ceux de Combat 18 sont les Charlemagne Hammer Skins, dirigés par Hervé Guttuso, réfugié à Londres qui édite le journal W.O.T.A.N. (Will of the Aryan Nation - La volonté de la Nation aryenne). Viking représente une nouvelle génération de fanzines skins plus élaborés, avec The Sound of Hammer (Bourges). Les distributeurs de CDs comme BoHa ou Pit Records (Evry) vendent leurs productions autour de 1000/2000 exemplaires. Cependant la majorité des fanzines reste artisanale et d’un contenu très pauvre : existaient ainsi en 1996 Blitzkrieg (Moselle) ; Eostre et Elsass Birds, destinés aux jeunes filles (Alsace) ; Rollon (Eure) ; White spirit (Pas de Calais) ; After Shave (Paris) ; Bootboys (Toulouse) ; Biermacht 88 (Loire-Atlantique) ; Militants blancs (Bouches du Rhône).

Satanistes néo-nazis

En 1996, 37 profanations de cimetières catholiques ont eu lieu. Les auteurs de celle de Toulon, le 8 juin 1996, sont de jeunes satanistes néo-nazis. Une autre enquête a permis l’arrestation début 1997 d’un ami d’un des profanateurs de Toulon, qui a avoué l’assassinat d’un prêtre en Alsace. Ces milieux qui regroupent principalement des adolescents en crise d’affirmation, consommateurs du marché fort actif des sous cultures rock, servent de terrain de recrutement pour des courants d’extrême droite, car des journaux se situent à l’intersection du courant musical black metal, du paganisme, du satanisme et de micro-structures nationalistes-révolutionnaires ou néo-nazies.

Le fanzine nationaliste-révolutionnaire Combat, édité à Marseille, a consacré en mai 1996 un dossier au courant black metal païen et nationaliste et notamment aux groupes norvégiens comme Zyklon B dont le mot d’ordre est « carnage absolu pour les faibles ». Ouvertement sataniste lui, le bulletin black metal de Rouen Deo Occidi publie des articles sur des groupes musicaux photographiés grimés dans des cimetières et des apologies de la Waffen SS. Il décrit enfin une "ligne de conduite que nous vous proposons de tenir si vous voulez être politiquement actifs :

1) Tout terrorisme se pratique de manière individuelle sans impliquer la totalité du mouvement black metal

2) Chacun doit s’armer, de manière individuelle, en vue de combattre tout opposant.

3) Chaque groupe et personne devra tisser des liens avec les milieux nationaux-socialistes classiques.

4) Tous les éléments du mouvement black metal en France devront être soit satanistes, odinistes, païens voire athées mais dans tous les cas lutter par tous les moyens dont ils disposent contre la morale judéo-chrétienne".

Ce journal a permis d’établir l’appartenance des profanateurs de Toulon à la mouvance sataniste nazie et notamment à un « Ordre sacré de l’émeraude » qui est « un ordre guerrier qui veut réunir des gens totalement opposés aux religions et aux modes de vie juif, chrétien et musulman ».

Une autre revue importante de ce courant, Filosofem , est publiée à Metz.

Nouvelle droite

Le Groupement d’Etudes et de Recherches pour la Civilisation Européenne (GRECE), dirigé par Maurice Rollet et considérablement affaibli, édite Éléments (trimestriel) alors qu’Alain de Benoist publie sa propre revue, Krisis, à laquelle collaborent nombre de contributeurs venus de la gauche ou non engagés dans la nouvelle droite. Les étudiants du Cercle des Amis du GRECE éditent Cartouches pour un combat Culturel. L’équipe provençale du GRECE continue à éditer L’âtre (Activités de Tradition et de Renaissance Européenne) et irrégulièrement Roquefavour (Centre de spiritualité et de tradition européenne). Les jeunes participent aux activités du groupe de scoutisme Europe-Jeunesse.

Le GRECE a tenu son université d’été 1996 en Provence. Parmi les orateurs, le fondateur d’Europe Action, Dominique Venner, le linguiste Jean Haudry, membre du Conseil scientifique du FN et habitué des universités du Club de l’Horloge, le flamand Luc Pauwels, Yves Christen du Figaro Magazine. Alain de Benoist, qui dirige toujours la revue Nouvelle École est intervenu sur le thème « Religion, culture, métapolitique, les enjeux d’un nouveau siècle ».

En décembre 1996, le colloque annuel du GRECE traitant des « défis du XXIè siècle » a été suivi par des cadres du FN dont Jean-Yves Le Gallou, membre du bureau politique et ancien du GRECE et des militants de l’extrême droite radicale comme Christian Bouchet. Le numéro de Nouvelle École consacré aux indo-européens, rédigé par Alain de Benoist et Jean Haudry, indique que ceux-ci ont gardé leurs centres d’intérêt initiaux.

Terre et Peuple - Responsable : Pierre Vial -·Publication : La lettre de Terre et Peuple

Ce pôle de la nouvelle droite plus en prise directe sur le politique est une association culturelle située dans l’orbite du FN. Pierre Vial structure par ce biais son propre courant, continuation de la tendance qu’il animait au sein du GRECE et qu’il définit comme « volkisch ». Terre et Peuple a obtenu le soutien de plusieurs fondateurs du GRECE : Jean Mabire ; Pierre Bérard ; Yvan Blot, et d’André Delaporte (ancien responsable du FN, de Militant, et du GRECE). Implantée en région lyonnaise, en Touraine (avec Agnès Belbeoch, responsable régionale du FN) en Alsace, en région parisienne, Terre et Peuple est, des trois courants issus du GRECE des années 1980, celui qui insiste le plus ouvertement sur thèmes idéologiques et les pratiques religieuse et symboliques héritées du courant de la pensée nordique allemande qui exista dans la Révolution Conservatrice puis au sein de l’Ahnenerbe. Son objectif est de « défendre notre droit à être nous-mêmes face à ceux qui voudraient nous imposer un monde uniformisé, massifié, cosmopolite ». Selon lui, "Nous allons tout droit vers une guerre ethnique et cette guerre sera totale. (..). Il faut donc préparer mentalement, psychologiquement, moralement et physiquement le plus grand nombre possible de nos compatriotes à cette perspective, afin qu’ils vivent cette échéance le moins mal possible, c’est à dire en se donnant le maximum de chances de survivre. Cet impératif donne tout son sens à nos activités. (La lettre de Terre et Peuple ; n° 4, 1995)

Autres revues

Les petits groupes nationalistes-révolutionnaires néo-paiens qui gravitent entre la nouvelle droite, le GUD et Nouvelle Résistance témoignent d’une certaine vitalité. La revue Réfléchir et Agir (2 000 ex.) est dirigée par David Warlet et exerce une influence sur les jeunes du FNJ. De même Combat (400 ex.) à Marseille et Imperium, édité à Aix en Provence par de jeunes sympathisants du GRECE. Le bulletin Muninn de Gardanne (Bouches du Rhône) a organisé début janvier 1997 un colloque à Aix en Provence avec Robert Steuckers de Synergies Européennes et Ralf Van Den Haute qui incarne une variante néo-nazie de la nouvelle droite belge. Le milieu païen édite un nombre considérable de bulletins souvent éphémères : la Lettre d’Irmin, éditée par Arnaud d’Apremont et qui se réclame de l’Asatru (ancienne foi nordique), Ansur, bulletin mensuel des éditions du Loup ; Odin devenu Odian, Dorn puis Ragnarok émanent d’un groupe odiniste de Reims proche du GRECE. Combutis, la lettre de la Fédération druidique des Gaules (éditée dans le Nord par Pierre Collier) Le Druidisme édité à Aubervilliers par Pierre della Crau (négationniste), Ialon en Bretagne, Libération Païenne à Marseille et Deus terrium à Grenoble (liés à Nouvelle Résistance), Solaria (Centre européen de recherches sur les cultes solaires, dans Bas Rhin). La plupart d’entre elles, ainsi que Napalm Rock et Christian Bouchet se sont retrouvées pour un colloque organisé à Paris par la revue ésotériste l’ Originel confirmant que l’apparent bouillonnement d’initiatives résulte de l’activisme de quelques dizaines de personnes travaillant dans de microscopiques réseaux.

Négationnistes

Le courant négationniste, sans gagner beaucoup de militants a obtenu un succès médiatique quand Roger Garaudy, ancien membre du bureau politique du Parti Communiste rallié depuis au moins 1989 à la collaboration avec l’ultra-droite antisémite, a publié aux éditions La Vieille Taupe, de Pierre Guillaume, le livre Les mythes fondateurs de la politique israélienne, banale compilation de brochures négationnistes. L’affaire a pris une dimension supplémentaire quand l’abbé Pierre, animateur très populaire de l’association caritative catholique Emmaüs, a donné son soutien à Garaudy, sans distinguer clairement le renouvellement d’une amitié ancienne et un anti-judaïsme catholique pré-conciliaire que l’abbé, malgré son engagement à gauche n’a pas abandonné. Le livre, réédité à compte d’auteur, est diffusé par la Librairie du Savoir, tenue par un roumain qui vend nombre d’ouvrages apologétiques sur la Garde de Fer ainsi que les oeuvres de J. C. Dragan (cf. Roumanie). Roger Garaudy a largement diffusé son livre dans le monde arabe, au Maghreb comme au Moyen-Orient. L’hebdomadaire algérien La Nation , bien diffusé en France, lui a ouvert ses colonnes. La revue négationniste l’Autre histoire, éditée par Trystan Mordrel, continue de paraître. Le négationnisme demeure toutefois l’affaire d’individus isolés comme Robert Faurisson, Henri Roques ou le jeune enseignant normand Vincent Reynouard, fondateur du bulletin Nouvelle vision .

EDITEURS ET LIBRAIRIES

Les principales librairies d’extrême-droite sont La Joyeuse Garde à Paris ; Dobrée à Nantes (catholique intégriste) ; Ulysse à Bordeaux (intégriste et en grande difficulté financière), la Librairie Saint-Nicolas à Paris (intégriste), et surtout Encre à Paris, qui diffuse le livre de Drumont, La France juive et des ouvrages apologétiques du IIIè Reich ou de la Waffen SS. Elle a ouvert en 1996 un autre magasin à Toulon, ville gérée par le FN : la librairie Alaïs. Dans le domaine de la vente par correspondance, le principal diffuseur (fichier clients de 40 000 noms ; 3000 livres au catalogue) est Diffusion de la Pensée Française, dirigé par Jean Auguy. Dans la ligne anti-maçonnique et anti-juive de Henry Coston, mais avec un parti-pris catholique intégriste, elle possède un magasin à Paris (Duquesne-Diffusion) et édite une revue mensuelle, Lectures françaises (tirage : 8200 ex.) ainsi qu’un bulletin littéraire bimensuel, Lecture et Tradition..

Conclusion

Hors du Front National, le paysage politique de l’extrême droite ne cesse de s’appauvrir. Plus encore que l’an dernier toutes les cultures de l’extrême droite sont présentes au FN, soit ouvertement pour les principales, soit très discrètement pour les plus sulfureuses, partagées par certains des militants du Front, mais qui ne trouvent pas à s’exprimer dans sa presse. A terme, le FN jouera donc le rôle de fédérateur de ces sensibilités qui, si elles existent parmi l’encadrement du parti, sont cependant parfaitement sans prise sur son électorat.

A LIRE ABSOLUEMENT :

Les réseaux européens du Front national

Principaux Partis ou Organisations d’Extrème Droite :

Front National - Chef : Jean-Marie LePen
Front National / Mouvement National - Chef : Bruno Mégret

Presse et autres nationalistes :
Présent
Minute
National Hebdo
Cyberpatriote
Le Libre Journal
Occident
Nationaliste et Royaliste / La Gazette de France
Fraction Hexagone
Résistance !
Le Flambeau
TransVie
Diffusion de la Pensée Française
Unité Normande
Unité Radicale
Nouvelle Résistance
GUD
CDCA
UNI
FNJ
AAARGH (Association des Anciens Amateurs de Récits de Guerre et d’Holocauste)
Rajaa Garaudy

Résultats électoraux du Front National aux Régionales 1998

Région

Pourcentage

Sièges obtenus

Nombre de sièges en jeu
Alsace 20.58% 13 47
Aquitaine 10.73% 9 85
Auvergne 9.57% 4 47
Basse-Normandie 10.96% 6 47
Bourgogne 14.79% 9 57
Bretagne 8.22% 7 83
Centre 15.89% 13 77
Champagne-Ardenne 18.15% 9 49
D.O.M 0.40% 0 97
Franche-Comté 17.20% 9 43
Haute-Normandie 16.40% 10 55
Ile-de-France 16.31% 36 209
Languedoc-Roussillon 17.45% 13 67
Limousin 7.30% 3 43
Lorraine 16.42% 13 73
Midi-Pyrénées 10.60% 8 91
Nord 15.30% 18 113
Pays-de-Loire 8.84% 7 93
Picardie 18.47% 11 57
Poitou-Charente 9.89% 5 55
P.A.C.A. 26.52% 37 123
Rhône-Alpes 18.96% 35 157

Résultats électoraux des Législatives des 25 mai et 1 juin 1997

Parti socialiste PS 23.5% 241 sièges
Rassemblement pour la République RPR 15.7% 134 sièges
FRONT NATIONAL FN 14.9% 1 siège
Union pour la démocratie française UDF 14.2% 108 sièges
Parti communiste français PCF 9.9% 38 sièges
Les Verts/Génération écologie Verts/GE 6.8% 7 sièges
Divers droite
6.6% 14 siècles
Divers gauche
2.8% 21 sièges
Divers extrême gauche
2.5%
Parti radical socialiste PRS 1.4% 12 sièges
Autres
1.5% 1 siège

Résultats électoraux des Présidentielles des 24 avril et 7 mai 1995

1er tour 2e tour
Jacques Chirac RPR 20.7% 52.6%
Lionel Jospin PS 23.3% 47.4%
Edouard Balladur RPR 18.5%
JEAN-MARIE LEPEN FN 15.1%
Robert Hue PCF 8.7%
Arlette Laguiller LO 5.3%
Philippe de Villiers MPF 4.8%
Dominique Voynet Verts 3.3%