I - Identité nationale, ethnos-demos, « section de peuple »

mardi 16 mars 2010
par  Amitié entre les peuples
popularité : 19%

IDENTITE NATIONALE ETHNOS/DEMOSSECTION DE PEUPLE.

Extrait de conférence sur invitation UNEF . Faculté de droit de Rennes.

Sur le thème à discuter la distinction ethnos-demos est fondamentale. Cette summa divisio de la science politique est à rapporter à la notion de « section de peuple », la seule notion, me semble-t-il, dans la constitution de 1958 qui peut se rattacher à l’idée de communautarisme.

I - Le débat idéologique :

Le demos recoupe la citoyenneté mais aussi le social alors que l’ethnos relève de l’ethnique, du culturel très enraciné.

* Ethnos-démos

La nation c’est l’ethnos et le démos non seulement superposé mais mélangé avec emprise déterminante du démos sur l’ethnos.

Dire que l’ethnique est mélangé avec le social et la citoyenneté revient à défendre une conception fort différente des « identitaires » qui eux superposent le demos républicain - récent « (1789) et fragile » - sur une société civile construite sur la longue histoire .

L’ethnos « mélangé » au demos contemporain ce n’est donc pas la mentalité « catho-laique » et la focalisation sur les clochers des églises mais tout le mélange culturel, tout le métissage des humains dans leur diversité, tout ce qui constitue aussi les apports de l’outre-mer, des colonies et des migrations.

Pour les « identitaires » la mémoire de la société civile est faite comme ils disent « de terre et de sang » . Cette société civile ancrée dans le lointain passé constitue pour eux l’essentiel de la société française. On comprend dès lors que pour être « vrai français » il faut une longue ligne de français, d’où l’expression « français de souche ».

Le demos c’est le social et la démocratie, donc les droits sociaux et la citoyenneté. Le demos délesté d’un ethnos archaïque se combine à « fraternité » et à la solidarité avec une forte dose d’égalité et d’ouverture. Le demos ne relève pas que de la société politique. Il n’y a pas coupure . Droits sociaux, revendications sociales et citoyennes se diffusent dans la société civile.

* Des ethnos en concurrence voire en guerre.

L’enjeu est d’autant plus important qu’il n’y a pas un ethnos mais des ethnos en dispute. Il y a un ethnos dominant (français) et des ethnos dominés (minorités diverses). Car il faut en effet compter avec toutes les minorités culturelles, ethniques, religieuses et linguistiques.

Ethnos dominant : les groupes identitaires français font référence à la france chrétienne, celle des églises, de la ruralité conservatrice : chasse, pêche, nature et traditions. Cette tradition porte à cultiver
une identité mythique qui n’a d’autre fonction que d’exclure les autres cultures. Les églises sont là comme d’autres bâtiments religieux. Cette diversité peut être inégalitaire car l’Etat n’a pas à s’occuper des bâtiments religieux. L’identitaire français au sens de l’ethnos est sans valeur juridiquement reconnue. La constitution ne reconnait que le peuple démos. Le démos est de l’ordre du citoyen et du social pas des références ethniques ou xénophobe.

Ethnos dominés : il faut distinguer les minorité linguistiques et culturelle endogènes issue d’un territoire assimilé comme le breton des minorités religieuses issues d’une culture exogène : la diaspora juive ou musulmane. Les bretons peuvent exprimer une culture historique dans le cadre de la liberté d’expression des cultures. Elle ne s’impose pas. La langue bretonne n’est pas une langue interdite. Elle n’est pas non plus langue officielle. Tout français, tout breton peut l’apprendre dans une école privé.

Le passage historique de l’ethnos au demos signe un pan de franchi dans le sens de la relativisation des conflits identaires et communautaristes. I

II - Le cadre juridico-constitutionnel français :

Il valorise le demos, ne reconnaît pas de droits aux « sections de peuple » ce qui invalide les divers aux communautarismes.

Le communautarisme ne figure pas dans la constitution de 1958 sauf sous le terme de « section de peuple ».

La notion de communautarisme n’est pas très ancienne. Elle vient des polémiques contre les revendications des communautés religieuses ou des minorités nationales spécifiques lorsqu’elles réclament des droits particuliers en terme d’horaires spécifiques dans les piscines, d’alimentation spécifique. Il y a des niveaux d’exigence encore plus importants qui sont par exemple : salle à manger séparée, avant-bras des serveuses cachées. Ce niveau d’exigence montre qu’il y a tout lieu de bien examiner les considérants politiques et juridiques des revendications du premier niveau. Car si on admet le premier niveau on va devoir accepter le second rapidement.

L’affirmation identitaire est de l’ordre du factuel mais pas du juridique. Elle se constate dans la société mais elle n’est pas source de droits particuliers. Autrement dit on peut former communauté par rapprochement identitaire, par appartenance de groupe mais sans pouvoir valablement exiger des droits communautaires. Le communautarisme est refusé. La reconnaissance de droits spécifiques aux communautés est interdite par la constitution aux « section de peuple » . Quand à la diversité, elle n’est pas un principe républicain. On ne saurait d’ailleurs évoquer la diversité sans dire de quoi on parle. La diversité existe au titre du réel mais pas juridiquement.

L’affirmation identitaire ravive la bataille des sections de peuples. Elle intensifie les batailles ethniques, religieuses, au lieu de les affaiblir. Avec la laïcité, les « guerres de religion » sont circonscrites dans la société civile pour qu’elles ne dégénèrent pas en guerre politique pour le pouvoir d’Etat. En ce sens, les partis des minorités ethniques breton ou corse ou indigènes de la République comme les partis démocrate chrétien ne sont à priori que des groupes communautaristes, des groupes porteurs d’exigences identitaires. Nuance à ce propos : Il peut s’agir aussi de groupe politiques luttant plus contre le mal-développement territorial que pour la valorisation ethno-culturelle.

La République théorique (qui n’est pas celle réalisée) pose la citoyenneté et l’universalité comme dispositif de pacification identitaire. Elle ne cherche pas à reconnaître les identités dans leur diversité, ni à leur donner des droits égaux entre eux. Au sein de la République théorique, l’affirmation identitaire est contenue au profit de l’échange rationnel et politique entre humains inscrits dans des rapports sociaux de genre et de classe.

La notion d’égalité s’oppose à toute discrimination, à tout racisme ( ) et la laïcité à la valorisation des messages identitaires. Il n’a aucune valeur constitutionnelle. La combinaison de l’égalité et de la laïcité s’oppose à l’affichage des particularismes qu’ils soient ethniques, sexuelles, communautaires ou religieux. En ce sens ce que l’on nomme le communautarisme en France n’est pas compatible avec les principes républicains.