Binarisme interprétatif de la religion ou pluralité des compréhensions d’une même religion. C Delarue

dimanche 9 avril 2017
par  Amitié entre les peuples
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Binarisme interprétatif de la religion ou pluralité des compréhensions d’une même religion.

Le binarisme interprétatif de la religion - logique binaire - « caricature » la religion en ignorant la pluralité des interpretations ou compréhensions d’une même religion.

Ce serait peut-être mieux de parler de « compréhension » à la place « d’interprétation de la religion », avec un sens socio-culturel large (plus large que celui d’une minorité de spécialistes du décryptage textuel et contextuel), qui prend en charge la distance - étroite ou non - entre la société (ou une communauté) et le Livre religieux qui lui sert de fondement, un fondement réel et non simplement invoqué, quand tout est materiellement prévu, en terme de dispositif d’encadrement, d’appareil religieux, pour qu’il soit strictement appliqué, notamment en matière de moeurs, de type de vie sexuelle imposée.

Dans un tel contexte de domination culturelle « le Livre fait culture » et, en présence d’un contre-mouvement intégriste massif, on pourra parler de « sous-culture intégriste » plus ou moins diffusée ou implantée - comme le sexoséparatisme - dans la société. L’autoritarisme ambiant, justifie explicitement par la religion, contre les femmes et surtout la ferme volonté de revenir en arrière sur certaines conquêtes féministes a produit le terme d’hyper-patriarcat comme forme particulière de patriarcat.

Parler d’intégrisme religieux, notamment à propos de l’islam ici, c’est pointer sa réelle composante négative, régressive, réactionnaire, mortifère, crispée sur le dogme et ce à divers degrés (autoritarisme plus ou moins violent) tout en laissant néanmoins place aux croyant-e-s progressistes ayant une compréhension souple, ouverte, apaisée, tolérante de leur religion.

Le binarisme interprétatif du phénomène religieux produit, selon les auteurs, des analyses de type « tout l’un ou tout l’autre », soit l’analyse va « sauver » la (bonne) religion du mal, d’un mal nécessairement exterieur, un mal qui n’est pas dans sa nature, soit, au contraire, l’analyse affecte à la religion une aliénation de nature et même une oppression qui lui est fatalement intrinsèque. Il ne saurait en être autrement .

Les titres sont schématiques (pour certains, pas pour d’autres).

I - Versus « l’islam est mauvais, tout est à jeter » et « Problème musulman »

Ce mode d’appréhension binaire du phénomène religieux est lisible par exemple dans les lignes qui suivent (avec les idées du philosophe Ali Harb - qui ne manquent pas d’intérêt)

Quelle relation l’islam entretient-il avec le terrorisme qui sévit actuellement partout dans le monde ? Depuis les attentats du 11 Septembre, cette question fait souvent la une de la presse et déchaîne des polémiques passionnées, voire haineuses. Certains affirment que le terrorisme est une aberration n’ayant aucun rapport avec l’islam en tant que tel ; ils sont traités d’aveugles. D’autres pensent que cette religion est fondamentalement violente ; ils sont qualifiés d’islamophobes.

Les deux camps font parfois référence à tel ou tel verset du Coran, espérant par ce moyen démontrer la barbarie de l’islam ou bien sa nature tolérante. Mais procéder ainsi, c’est oublier qu’une religion ne peut jamais être réduite à un livre fondateur, puisqu’elle est avant tout une pratique millénaire qui s’est cristallisée en une multitude d’institutions et de formes culturelles ; c’est comme ramener tous les régimes communistes au seul Capital de Mars.

in Monde musulman. “L’islam est une régression” | Courrier international

http://www.courrierinternational.com/article/monde-musulman-lislam-est-une-regression

II - Versus « l’islam est (tout) bon, tout est à prendre » et « Pas de problème musulman » du tout, aucun !

A l’inverse, on trouve des interpretations dites matérialistes qui mettent l’accent sur l’économie, sur les rapports impérialistes mondiaux ou, en interne aux sociétés, sur les rapports sociaux capital-travail ou sur la diversité des courants historiques, comme si l’intégrisme et son rigorisme n’était pas trans-courants et transnational. Et quand le sexisme, ou son contraire le féminisme, est évoqué (en réponse le plus souvent) ce ne sont alors que des formes liées au capitalisme (certes à combattre - on le répète) ou celles liées à l’athéisme (sic) qui ont visées, ce qui pour certains va ensemble car ils s’opposent à la dépravation du « capitalo-athéisme » (plus ciblée d’ailleurs contre la publicité que contre la prostitution et avec assimilation de la publicité à la femme réelle dans la rue jugée trop féminine ) - et ce au nom d’une religion protectrice de « la » femme (musulmane couverte) et pas (ou fort peu) dans une perspective de liberté, d’égalité, de laïcité, qui devrait permettre l’hypotextile librement et réellement (sinon il y a emprise autoritaire).

Lire sur ce sujet « Intégrisme, religion et logique binaire » - C Delarue

http://amitie-entre-les-peuples.org/Integrisme-religion-et-logique-binaire-C-Delarue

III - Perpective emancipatrice ou progressiste

Ne pas tout jeter, ne pas tout accepter.

- Défense, en régime laïque (avec loi contre les signes ostensibles à l’école) , un peuple-classe 99% multicolore progressiste, donc contre le « classisme » d’en-haut (antisocial et austeritaire, avec fusion de l’Etat et du MEDEF), le racisme, le sexisme et l’intégrisme religieux mortifère !

- Refus de ce que Majiid Nawaz nomme « gauche régressive » la fraction de la gauche qui défend les secteurs réactionnaires (intégrismes religieux, salafisme, terrorisme à fondement religieux, etc ) du fait qu’ils sont majoritairement pauvres, ouvriers ou exploités économiquement.

Christian DELARUE

Groupe « Cultures et société » du Conseil scientifique d’ATTAC
Ancien membre du Bureau exécutif et du CA du MRAP
10 avril 2016

Ecouter cet
Entretien avec Jean Birnbaum « Un silence religieux, la gauche face au djihadisme » - YouTube
https://www.youtube.com/watch?v=LvnyGSErHL8