Intégrisme, religion et logique binaire - C Delarue

lundi 29 février 2016
par  Amitié entre les peuples
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Intégrisme, religion et logique binaire.

En matière de critique ou au contraire de défense de la religion on se trouve très souvent en présence d’une logique binaire du type c’est bien ou c’est mal.

Au « je critique la religion » ou « je critique ses croyants » sans autre forme de distinction se trouvent opposés tout ceux qui disent « c’est mal de critiquer la religion » ou « c’est raciste de le faire ». Nous sommes dans une pensée binaire qui n’admet que des positions tranchées or ce type de pensée est fausse et produit des crispations fortes.

Oublier de procéder à des distinctions internes aux principales religions c’est pratiquer l’essentialisme, c’est globaliser trop aisément, c’est refuser de voir la diversité au sein de chaque monothéisme (pour se concentrer sur eux).

Il n’y a pas les musulmans, les juifs, les catholiques, les croyants au X, etc tous pareillement croyants, passibles d’un jugement uniforme et homogène comme le racisme (et l’antiracisme) le dit des Noirs, des Arabes, des Métisses, des Asiatiques, en se fondant sur la couleur de peau ou autre signe objectivé . Les prescriptions des imams, des curés, des divers chefs ou guides peuvent et doivent être critiquées - si réactionnaires - car elles sont suivies d’effets par certains croyants - les moins en distance, les plus orthodoxes - et avec grande attention. L’idéologie religieuse de masse dispose d’une grande puissance d’effectivité, de réalisation.

Le binarisme dans ce champ d’étude (comme dans la théorie du genre) s’oppose franchement à faire intervenir un tiers élément qui brise cette logique. C’est pourtant possible, et aussi plus proche de la vérité, lorsqu’on se met à distinguer les progressistes et les réactionnaires en matière de moeurs austères, rigides, autoritaires (ou non), voire - en plus complexe - les progressistes, les conservateurs et des réactionnaires et, pointe de l’iceberg, les terroristes religieux qui justifient eux la mise à mort des mécréants mais qui sont aussi sexoséparatistes - anti-sexisme ici - que les intégristes autoritaires dans la famille et le quartier.

C’est attristant de voir des personnes intelligentes se crisper sur une vision fausse qui voit - en ce moment - les musulmans comme ne devant subir aucune critique sinon c’est « islamophobie » ou, en sens inverse, comme étant des membres forcément réactionnaires au plan sociétal .

On peut toujours débattre de la pertinence ou du format de ce que je nomme « intégrisme religieux sexoséparatiste » (1) (et des autres formes) mais il y a au moins un gros avantage - antiraciste - qui veut que les croyants non intégristes ne soient pas assimilés et amalgamés à ceux qui le sont et qui méritent ferme critique, quoiqu’on puisse en dire . C’est peine perdue de vouloir interdire une telle critique puisque ceux qui en sont l’objet perdurent d’année en année, depuis trois décennies, dans la défense et l’extension du sexoséparatisme le plus acharné, le plus oppressif. Ici ce ne sont pas les extrémistes qui sont visés car eux ne sont que la pointe émergée de l’iceberg intégriste sexoséparatiste.

Je vois que certains s’appuient sur Patrick Jean - son dernier texte surtout - sans l’avoir lu par ailleurs dans le passé (et encore moins défendu) dans ses divers combats anti-sexistes contre la prostitution, contre les publicités sexistes, etc, contre la domination masculine en général. Evidemment, cela ressemble fort à de l’instrumentalisation pour faire taire. C’est loupé ! La critique d’un l’hyper-patriarcat défendu autoritairement et publiquement au nom de la religion (une interprétation) n’empêche nullement de combattre les formes plus cachées d’un patriarcat plus lié au développement du capitalisme.

Christian DELARUE

1) Sexoséparatisme et « intégrisme religieux sexoséparatiste » comme critique antisexiste et antiraciste.
http://amitie-entre-les-peuples.org/Sexoseparatisme-et-integrisme-religieux-sexoseparatiste-comme-critique