Contre le jeu des racismes opposés Christian Delarue

mercredi 23 décembre 2020
par  Amitié entre les peuples
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Contre le jeu des racismes opposés

En peu de temps, quasiment toutes les formes de racisme se sont exprimées : De April Benayoum victime d’antisémitisme à Rokhaya Diallo victime de propos racistes ahurissant sur une radio il y a de quoi riposter. Que Mme Diallo puisse elle-même donner dans des caractérisations essentialisantes contestables et nuisibles n’est évidemment pas une excuse à cette « sortie » raciste sur une radio. Il y a eu aussi le racisme réactionnel contre des arabes conçus comme « biberonnés à l’antisionisme ». On y ajoutera cette professeure de droit à l’Université d’Aix-Marseille critiquant sévèrement l’islam (ce qui est de droit) mais l’attribuant via un propos sur une « transmissibilité » aux croyant-es de l’islam. Comme pour Redeker jadis l’attribution à un groupe humain d’un long dénigrement préalable d’une religion signe un changement de nature du propos. A suivre.

1 - Défense d’un antiracisme universaliste non campiste.

Le jeu des racismes opposés n’est pas nouveau : On a eu sur les réseaux sociaux en cette mi-décembre 2020 d’un côté l’antisémitisme contre une Miss Provence juive (père israélien) qui n’est pas le fait d’un seul individu et de l’autre un racisme anti-arabe réactionnel qui n’est pas plus le fait d’un seul individu. Les deux formes de racisme ne sont pas acceptables : Ni racisme anti-juifs, ni racisme anti-arabes, ni racisme anti-musulmans.

Un antiracisme universaliste strictement non campiste est nécessaire ! Il diffère d’un antiracisme préférentiel en défense d’abord de son identité et de sa communauté, y compris en défense des indéfendables de sa communauté. Cet antiracisme préférentiel peine à voir les injures racistes faites à l’autre communauté.

On peu évidemment critiquer les secteurs très réactionnaires de chaque communauté (car ce fut fait immanquablement) car évidemment il y en a : on trouve effectivement des islamistes barbares d’un côté et on trouve tout aussi effectivement des sionistes barbares de l’autre . Mais encore faut-il bien préciser qu’il s’agit de secteur particulier de la dite communauté afin de ne pas assimiler les éléments les plus réactionnaires ou barbares aux autres (amalgame) .

Il n’en demeure donc pas moins que l’on ne saurait mettre l’antisémitisme sur le dos des arabes ou des musulmans bien que des arabes et des musulmans peuvent évidemment être aussi antisémites que des individus d’extrême-droite. L’extrême-droite reste antisémite même si elle a ajouté d’autres rejets à ses haines, dont les musulmans et derrière eux les Arabes.

Dire ainsi que « les arabes sont massivement biberonnés à l’antisionisme » apparait très tendancieux à plusieurs titres car l’antisionisme est universel autrement dit partagé ou partageable (comme refus d’un type de domination ) par tout type de population y compris des juifs et ce partout dans le monde et pas que chez les Arabes, ensuite mettre un trait d’égalité entre antisionisme et antisémite c’est aller un peu vite en besogne même si des passerelles existent et qu’il importe d’observer une grande prudence en la matière.

2 - Prolongation de la réflexion sur les contre-mouvements réactionnaires du moment.

Sur le point 1 ci-dessus je suis affirmatif et péremptoire, sur ce point 2 je pose des éléments de débats

Un contre-mouvement est très souvent réactionnaire mais passons ! Il s’oppose aux Lumières, à la sécularisation, à la Raison, aux hiérarchies sociales, au progrès humain pour tous et toutes, pauvres et riches, hommes et femmes, etc.

Les forces de progrès sont prises entre deux feux, deux chocs des barbaries, ce à quoi il convient d’ajouter le thème de la « double impasse »

Ces contre-mouvements réactionnaires ont à minima une double origine : ils proviennent soit du fascisme à contenu identitaire national fétichisé source de racisme et de xénophobie (voir le RN et les Identitaires) ou soit des intégrismes religieux et culturels (autre versant). Une troisième origine me semble venir de ce qu’un auteur (M Berr) nomme « l’intégrisme économique » qui forge une « extrême-droite économique » ultralibérale porteuse de fortes inégalités sociales et de ploutocratie politique mais cette hypothèse - qui évoque « la double impasse » de Sophie Bessis - est citée ici que pour mémoire et sort de mon propos d’essence antiraciste, antifasciste et anti-intégriste religieux (et culturel).

Sur ce dernier versant j’ai lu sur Mediapart de Haoues Seringuer le propos suivant :L’action publique, l’action de l’État est tellement tendue par la lutte contre le terrorisme que l’État, ce faisant, croit pouvoir le contenir ou le combattre efficacement en voyant dans le conservatisme religieux musulman un signal faible, le terreau fertile de la violence. Or un musulman, y compris ultra-conservateur, rigoriste, condamne souvent avec énergie la violence au nom de l’islam. C’est fort juste mais il faut aller plus loin car les deux niveaux sont intolérables

Un intégriste religieux voileur sexyphobe, sexoséparatiste, rigoriste et autoritaire chez lui et dans son quartier, haineux des femmes, des athées, des homosexuels, peut effectivement trouver pire que lui en voyant un musulman terroriste armée passer à l’acte. Ces deux types de musulmans sont objets de haines islamophobes courantes fort compréhensibles pour peu qu’on ne fasse pas d’amalgame avec un musulman qui ne présentent pas ces tares de conservatisme religieux et culturel !

Il pourrait s’agir d’une autre religion - juif haredim ou catholiques réac - que ce serait pareil. Un groupe sectaire inconnu théoriserait une forme para-religieuse avec un contenu identique que ce serait aussi à refuser.

Christian Delarue

MRAP - Mi décembre 2020