Racisation : Personne racisée, personne réduite à une « race » supposée.

mercredi 3 avril 2019
par  Amitié entre les peuples
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RACISATION : Personne racisée, personne réduite à une « race » supposée.

Contribution pour un antiracisme non campiste.

Il s’agit des premières idées sur le sujet. D’autres viendront.

- La racisation fait des victimes : les racisé.e.s

Le concept de « racisation » a été forgé en 1972, par la sociologue Colette Guillaumin à la suite de Frantz Fanon, pour saisir de façon critique les processus d’infériorisation contre les personnes non blanches. Mais une autre interprétation est possible qui signifie qu’une personne racisée est juste une personne victime de racisme . Il n’y a alors aucune couleur de peau présupposée .

D’ailleurs, il peut y avoir - on le sait - des « Blancs racisés » (si l’on accepte très provisoirement ici de diviser les humains en « races » (les Blancs, les Jaunes, les Noirs, les Arabes ) : les juifs à peau blanche, par exemple, peuvent faire et font régulièrement l’objet d’une réduction - raciste - à un attribut négatif, ce qui montre que la couleur de peau n’est pas un critère.

- La lutte contre le racisme

D’ailleurs, la même année - en juillet 1972 - une loi dotait la France de moyens juridiques pour lutter contre le racisme, contre tous les processus de racisation, toutes les formes de racisme. Une personne ne saurait - en France - être réduite à une « race » supposée.

La racisation relève - pour moi militant antiraciste - d’un tel processus de réduction (à la race supposée) et c’est interdit en France, tant dans le verbe - son apologie - que dans la pratique (forger des groupes racisés et séparés des autres : logique de micro-apartheid). La racisation théorique ou pratique est une forme de racisme.

J’ai pu parler, jadis, de « double regard » (un procédé pour voir la personne et sa dignité) pour lutter contre cette réduction qui focalise sur un aspect particulier (couleur de peau, vêtement particulier) au lieu de voir la personne globale. Le processus vaut pour le racisme mais aussi pour le sexisme. Ainsi, la voilophobie et la stringophobie sont deux réductions symétriques de la personne humaine à la « qualité » (son défaut le plus souvent) de son vêtement (voilage de la tête au pied d’un côté ou quasi nudité de l’autre) . On peut vouloir interdire à l’école publique - loi de mars 2004 - le voile mais c’est alors au titre de signe ostensible de religion, comme la croix ou la kippa . L’interdiction du string seulement dans les piscines n’a pas de réelle justification puisque les « organes sexuels primaires » sont cachés. Les fesses et les seins ne sont pas nécessairement à cacher. Les gens devraient faire comme ils veulent en piscine comme sur le bord de mer (ou c’est déjà autorisé sur les plages).

- L’approche décoloniale utilise le mot « racisé ».

L’antiracisme universaliste ne saurait laisser les termes « racisé » et « racisation » à ce courant particulier du fait des risques du « guerre raciale » ou identitaire (et raciste) qu’il promeut . L’approche décoloniale est passible de critiques comme toute autre approche. D’autres que moi peuvent mener cette critique de façon scientifique et systématique.

J’observe pour ma part, par exemple, que certains défendent les musulmans et musulmanes comme un bloc communautaire quasi homogène - tous et toutes dans le même sac (communautaire) - sans jamais distinguer entre eux les « intégristes musulmans » des autres. C’est une forme de racialisation ! Et c’est une vision fausse qui ne trompe personne !

L’islamophobie c’est un procédé qui essentialise les musulmans qui sont divers. Et pas simplement « divers » de façon naïve et sans jugement ethico-politique : certains sont extrêmement réactionnaires au nom de la religion ou d’une culture très référencée à la religion. Les religions ont quasiment toutes des courants très conservateurs, réactionnaires, en défense d’un hyper-patriarcat et d’un ordre du monde très hiérarchisé. On y trouve des progressistes. Mais souvent - selon le contexte - ils sont minoritaires.

- Critiquer son camp ou ne pas avoir de camp !

Dans ce courant dit « décolonial », je n’entends pas les critiques contre les « campagnes d’hidjabisation » des femmes par les islamistes (politiques) et autres intégristes religieux (agissant dans la société civile comme contre-mouvement réactionnaire sexyphobique et sexoséparatiste).

L’approche décoloniale est aussi volontiers néo-campiste. Elle défend surtout un camp et pas l’autre. Mais elle n’est pas la seule sur ce registre opposé à l’universalisme.

Si l’on admet que les évangélistes (blancs ou non) disposent d’une forte fraction réactionnaire aux Etats-Unis et en Amérique du sud dont le Brésil de Bolsonaro qu’il faut combattre au nom de l’émancipation des femmes et des hommes alors on devrait pouvoir critiquer et combattre les intégrismes musulmans qui sont divers mais nuisibles et réactionnaires. Ils ne supportent pas le « patriarcat réduit » de la « seconde modernité », tel qu’il est devenu à la suite des combats féministes. Ils veulent tous un hyperpatriarcat ou les femmes sont couvertes de la tête au pieds (sexyphobie forte). En plus ils sont très souvent sexoséparatistes : les femmes doivent être séparées des hommes .

- Une autre approche critique, altermondialiste

Cette approche altermondialiste - qui allie justice sociale et justice climatique (appel dans Libé que j’ai signé) - voit dans tous les pays, de façon transversale, transnationale, trans-identitaire, trans-communautaire, des individus en défense d’un réel progrès social et économique pour les couches sociales populaires ayant des fins de mois difficiles (à l’heure des Gilets jaunes), en défense aussi d’un humanisme sans racisme, ni sexisme, ni LGBTphobie, ni xénophobie ! Dans chaque Nation, région, continents on voit aussi hélas l’inverse, soit la montée des contre-mouvements réactionnaires !

Christian DELARUE
Membre du CN du MRAP
et du groupe « démocratie-discriminations » d’ATTAC
(Courte expression personnelle sur un débat)