Précisions sur la fameuse déclaration d’Erdogan .

mercredi 16 décembre 2009
par  Amitié entre les peuples
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Précisions sur la fameuse déclaration d’Erdogan .

« Les mosquées sont nos casernes, les minarets nos baïonnettes, les coupoles nos casques, et les croyants nos soldats »

J’ai cité cette phrase dans diverses interventions pour distinguer des propos de type intégristes-bellicistes-terroristes des pratiques pacifiques, democratiques, laïques des musulmans ordinaires . Je faisais donc l’inverse de l’amalgame d’’extrême-droite qui assimile le musulman ordinaire à l’islamiste radical. L’intégrisme est une instrumentalisation du religieux a des fins politiques. Les musulmans ordinaires ne font pas une interprétation offensive et guerrière de l’islam.

CD

Un auteur, connu par son pseudonyme de « vieux singe », a retracé le contexte de cette déclaration qui n’est pas d’Erdogan même si ce dernier l’a employé. Voici son propos :

* * * * * * *

http://www.vieuxsinge.fr/article-nadine-morano-et-l-integration-41236212.html

La fameuse déclaration d’Erdogan est citée sur tous les sites d’extrême-droite, comme preuve du caractère agressif de l’islam. Cette fameuse déclaration a notamment servi d’argument aux islamophobes suisses pour leur campagne anti-minarets.
J’ai finalement fini par retrouver cette déclaration, replacée dans son contexte.
Recep Tayyip Erdogan était à l’époque des faits (1977) maire d’Istanbul, pendant la période où le mouvement islamiste turc évoluait vers une sorte de démocratie-musulmane, comme il y a une démocratie-chrétienne en Europe occidentale.
(Le Monde 23/04/1998)
Les gens peuvent évoluer, et personne n’aurait la cruauté de rappeler à Serge July son passé maoïste, ni à Eric Besson son anti-sarkozysme.
Le plus extraordinaire dans cette affaire est que si Erdogan a effectivement prononcé cette phrase :
« Les mosquées sont nos casernes, les minarets nos baïonnettes, les coupoles nos casques, et les croyants nos soldats »
elle n’est pas de lui.
« Comble de l’ironie, la citation était extraite d’un poème de Ziya Gökalp (1876-1924), qui est considéré comme un des principaux idéologues du nationalisme turc et un des précurseurs du kémalisme. »
(Le Monde 23/04/1998)
L’auteur est un nationaliste turc, qui considère l’islam (turc) comme un marqueur identitaire, et qui évoluera du pantouranisme au nationalisme « anatolien » kémaliste.

Après la révolution des Jeunes Turcs en 1908, Ziya Gökalp, pseudonyme de Mehmed Ziya, adhéra à un mouvement clandestin, la Société de l’union et du progrès, à Thessalonique. Dans cette organisation, dont les membres se retrouvèrent plus tard à la tête du pays, il joua un rôle de premier plan en tant que dirigeant intellectuel. Pendant cette période, il collabora aux journaux d’avant-garde Gench Kalemler (Les Jeunes Plumes) et Yeni Felsefe Mejmuasí (La Nouvelle Revue philosophique), qui propageaient les idées nationalistes révolutionnaires. Nommé en 1912 à la chaire de sociologie de l’université d’Istanbul, Gökalp adhéra aux idées du pantouranisme. Il croyait qu’un gouvernement ottoman fort et juste prendrait la direction du mouvement, pour unir les peuples turcs, de l’Europe de l’Est à la Chine. Plus tard, cependant, il abandonna cette vision panturque et limita ses espoirs de transformation aux Turcs de l’Empire ottoman, s’intéressant surtout à la modernisation et à l’occidentalisation de la nation turque.Au lendemain de l’armistice de 1918, Gökalp fut exilé à l’île de Malte avec un certain nombre de dirigeants politiques turcs. Libéré après la victoire nationaliste (1922), il s’installa à Ankara où il travailla pour le ministère de l’Éducation.[...]
Encyclopedia Univesalis en ligne.

Ce poême est d’un militant pré-kémaliste, comme était kémaliste le tribunal turc qui condamna Erdogan à quatre mois de prison pour l’avoir récité en public.
Eh oui, il y a en Turquie des gens qui croient aux racines musulmanes de l’identité turque, comme il y a en France des gens qui croient aux racines judéo-chrétiennes de l’identité française.