Lettre d’un musulman progressiste, M Nasser Ramdane Ferradj, contre l’islam politique.

dimanche 17 septembre 2017
par  Amitié entre les peuples
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Lettre d’un musulman progressiste, M Nasser Ramdane Ferradj, contre l’islamisme.

Lettre ouverte de M Nasser Ramdane Ferradj à M Joffrin (sept 2017)

Cher Monsieur Joffrin,

Je suis Nasser Ramdane Ferradj, fondateur du collectif des musulmans progressistes et laïques. Je suis aussi un militant antiraciste. J’ai d’ailleurs consacré plus de 20 ans de ma vie et toute l’énergie de ma jeunesse à SOS Racisme dont j’ai été vice-président et par ailleurs toujours adhérent. Peut-être vous en souvenez-vous mais je suis aussi l’ancien porte parole des grèves lycéennes de 1990, premier mouvement social en France qui avait à sa tête un « beur » représentant toute une classe d’âge. J’avais été reçu par François Mitterrand qui avait donné satisfaction à toutes nos revendications et j’ai donc après un mois de mouvement et de grèves d’un million de lycéens, négocié avec Michel Rocard et Lionel Jospin les droits des lycéens (droit d’association, de réunion, d’expression et de presse) et des moyens supplémentaires conséquents pour les lycées défavorisés.

Je suis donc aux antipodes de ce que certains de vos journalistes nomment la « fachosphère » pour désigner un certain nombre de laïques. Non pas que cette fachosphère n’existe pas, bien entendu, mais nous la combattons autant que les islamistes avec lesquels ils partagent les ressorts communs pour diviser notre pays.

Depuis un an que j’ai initié ce collectif, nous sommes forts de milliers de partages de notre Appel dont la vidéo de présentation a totalisé 25.000 vues sans aucun support médiatique, ce qui est nettement plus que la plupart des productions du CCIF ou n’importe quelle autre association islamiste française. Toute cette année, nous avons mené des batailles contre les intégristes. Notre parole de musulmans laïques et progressistes n’a rien de commun avec l’extrême-droite. Elle a d’ailleurs été tant réclamée à chaque lendemain d’attentat. Malgré l’absence d’informations à vos lecteurs de notre initiative, nous sommes parvenus à nous faire entendre sur les dangers que représentent les connivences avec des militants politico-religieux face auxquels nous avons un rôle indispensable à jouer. Nous, nous en sommes conscients. Mais votre rédaction, à tout le moins une partie d’entre elle, semble convaincue que l’islam intégriste nous représente alors qu’il est minoritaire auprès des musulmans de France dont la pratique religieuse se déroule dans l’intimité de nos foyers et sans prosélytisme outrancier...

Ces intégristes soutenus par votre journal sont aussi les premiers pourfendeurs des journalistes de Charlie Hebdo que vous aviez hébergés et qui ont pour beaucoup été assassinés. Vos amis de Charlie Hebdo qui sont toujours en vie sont leurs ennemis à abattre. Dans tous les sens du terme.

Depuis le basculement de Libération dans le camp des amis de nombreuses personnalités islamistes et communautaristes, il ne reste plus un seul journal de Gauche dans lequel nous pourrions nous exprimer. Et oui, je suis de Gauche et aussi ancien maire-adjoint chargé des Conseils de quartier dans ma ville, Noisy-le-Sec en Seine-Saint-Denis.

Bien que le numéro 2 de Libé m’ait retoqué en octobre dernier une de mes contributions au débat me signifiant clairement que vous aviez déjà « trop traité » ce sujet, j’ai trop de fidélité à la lecture de votre journal pour abandonner tout espoir que vous réalisiez à quel point il est abject que votre journal continue à traiter sous l’angle du racialisme (traitement du festival Mwasi...) et de l’obscurantisme à peine travesti les thématiques associatives, religieuses et antiracistes. Il suffit que trois intégristes s’auto-proclament antiracistes et féministes pour que plusieurs de vos journalistes les érigent en égérie de ces combats. Et vous vous gardez bien d’utiliser avec nous les musulmans ce pluralisme si cher à n’importe quel média de bonne foi. Quand des intégristes musulmans sont interrogés sur leurs combats, jamais nous ne sommes invités à décrypter leurs offensives, tandis que les articles qui leur sont consacrés sont trop souvent au mieux neutres, au pire élogieux.

La laïcité et la lutte contre l’islam politique, ce n’est pas du néo-colonialisme. En revanche, nous tenir loin de cette liberté que nous avons (ici), c’est incontestablement une méthode coloniale qui nous désigne des chefs de communauté. Nous avons le droit et surtout le devoir à l’émancipation, mais manifestement pas dans vos colonnes.

Nous continuons pourtant d’exiger du pluralisme et de pouvoir leur répondre contradictoirement, comme le fait Naëm Bestandji en vous proposant « un droit de réponse à Lallab », l’association féminine des Frères musulmans, en vous proposant sa tribune.

D’ailleurs, vous remarquerez à quel point cette demande m’est cruelle. Il y a encore quelques années, jamais je n’aurais cru que des progressistes devraient se contenter d’un droit de réponse dans Libération suite à une prise de position telle que celle de votre journal à l’endroit de « Lallab ». Je me souviens d’une époque où Libération militait en faveur de l’émancipation de la jeunesse sans aucune ambiguïté.

Cher Laurent Joffrin, j’ai espoir que vous fassiez entendre à votre rédaction que soutenir l’islamisme ce n’est pas être de gauche ou progressiste, c’est de la complaisance à l’égard d’une des pires formes de fascisme qui soit. Nous sommes prêts au débat face à eux, et vous ?

Nasser Ramdane Ferradj

Fondateur du collectif des musulmans progressistes et laïques « ils n’auront pas notre silence complice – les islamistes »

Ancien Maire-adjoint PS de Noisy-le-Sec Ancien vice-président de SOS Racisme Porte parole des grèves lycéennes de 1990

NB :

- La video :

Les islamistes - ils n’auront pas notre silence complice - YouTube
https://www.youtube.com/embed/op2sthvElkg

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