Racisme anti-chrétien - Le MRAP et R REDEKER en octobre 2006. C Delarue

mardi 2 août 2016
par  Amitié entre les peuples
popularité : 6%

Un racisme antichrétien

La question a été posée en 2006 au sein du Mrap à la suite du communiqué « REDEKER »

Le MRAP et R REDEKER en octobre 2006.

Je reprends ma réponse légèrement modifiée en quatre points

Ce racisme anti-chrétien (ou anti-catholique ou anti-protestant ou contre les chrétiens orthodoxes d’Orient) suppose :

1) de « raciser » les chrétiens, donc de les constituer en essence fixe et immuable, ou pour le dire dans un langage moins philosophique, de les constituer en une fraction très très homogène de l’humanité. L’essentialisation d’un croyant d’une religion ignore la diversité interne de sa religion, et notamment du point de vue des pratiques induites la présence de progressistes relatifs, de conservateurs ou d’intégristes voir pire encore.

2) de les inférioriser, par un discours très négatif sur la religion chrétienne attribué à tous et pas qu’aux intégristes (c’est l’attribution généralisée qui est condamnable plus que la stigmatisation de la religion), ainsi que Redeker l’avait fait à propos de l’islam et des musulmans en 2006 et Geert Wilders pareillement dans sa vidéo Fitna.

3) éventuellement - ce n’est pas nécessaire à la définition -, de montrer comparativement que que les autres sont supérieurs car ils ont la bonne religion. En disant par exemple que le Coran intègre la Bible et que la troisième religion du Livre est supérieure aux deux premières. Et que les croyants sont globalement ce que dit le Livre.

Un racisme anti-catholique ou anti-protestant est pareillement concevable.

4) Une christianophobie est non raciste s’il s’agit d’un rejet des seuls intégristes chrétiens. Mais le terme christianophobie est contestable. Mieux vaut dire rejet des intégristes religieux ou intégrismophobie. Cette critique vaut pour d’autres religions ! En ce cas il n’y a pas un essentialisme du chrétien car on voit sa diversité et on cible les plus réactionnaires, ceux qui font une interprétation très réactionnaire des textes religieux..

On peut lire utilement LES INTEGRISMES de Daniel BERESNIAK ( Ed Jacques GRANCHER mars 1998).

Le rapport comparatif à une autre religion peut se faire sans essentialiser, donc « scientifiquement ».

La loi interdit toutes les formes de racisme. La critique est libre.

Christian DELARUE

° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° °

Déclaration du CA du MRAP du 14 octobre 2006

« à propos de « l’affaire Robert Redeker »

Robert REDEKER, professeur de philosophie, a subi des menaces de mort après avoir publié dans Le Figaro du 19 septembre 2006 une diatribe extrêmement violente contre l’islam et les musulmans. « haine et violence habitent le livre dans lequel tout musulman est éduqué, le Coran (...) Quand le judaïsme et le christianisme sont des religions dont les rites conjurent la violence, la délégitiment, l’islam est une religion qui, dans son texte sacré même, autant que dans certains de ses rites banals, exalte violence et haine (...) Exaltation de la violence : chef de guerre impitoyable, pillard, massacreur de juifs et polygame, tel se révèle Mahomet à travers le Coran. »

Quelle que soit la teneur de cet article et si durement qu’en ait été ressenti le contenu par un certain nombre de personnes de religion musulmane, de telles menaces sont absolument intolérables et doivent être condamnées. Le MRAP dénonce de même d’autres menaces de mort qui visent des militants antiracistes.

Les libertés démocratiques se sont construites depuis plus de deux siècles sur la conquête et la défense des droits humains individuels et des libertés fondamentales, parmi lesquels la liberté d’opinion,

d’expression et le droit de libre examen et de libre critique. Dans une société laïque et démocratique il n’existe pas de sujet tabou ; en l’espèce la critique des religions s’inscrit dans le cadre de cette

liberté d’opinion et d’expression qui n’a pour limites que celle prévues par les lois sur la presse et en particulier la loi française de 1972 contre le racisme.

C’est la raison pour laquelle le MRAP, en son temps, a dénoncé la proposition de loi d’un député UMP visant à ajouter à notre code pénal un délit de blasphème. De même le MRAP est opposé à toute loi spécifique

sur l’islamophobie, dans la mesure où la République est dotée de la loi de 1972, plusieurs fois complétée depuis, qui fait de toute discrimination, et notamment en raison de la religion, un délit.

Cela étant dit, le texte de Redeker s’inscrit en droite ligne dans la thèse du « choc des civilisations », thèse inventée à la Maison blanche après les attentats du 11 septembre 2001. Thèse qui a servi de

justification, au nom de la « croisade contre le mal », à la guerre contre l’Afghanistan et contre l’Irak ainsi qu’à des menaces d’agression contre l’Iran. C’est pourquoi Redeker utilise le vocabulaire cher à Philippe de
Villiers, tel que « islamisation des esprits », « diktat de l’Islam », « l’Occident héritier du christianisme », etc.

Le texte de Redeker constitue bien une accumulation de propos violents, haineux et racistes, opposant de façon simpliste et binaire l’« ouverture à autrui propre à l’occident » et un islam qui « tient la générosité, l’ouverture d’esprit, la douceur, la liberté de la femme et des mœurs, les valeurs démocratiques pour des marques de décadence ». Au-delà de son inscription dans la grille d’interprétation du monde connue sous le nom de « choc des civilisations » (cf. S Huttington), c’est bien la « barbarie » que Redeker attribue à l’islam qui rejaillit sur l’ensemble des musulmans puisque « haine et violence habitent le livre dans lequel tout musulman est éduqué ». Ce texte prolonge ce qu’il avait écrit il y a près de cinq ans dans le même Figaro, « l’islam installe au plus intime de chaque musulman la paralysie de l’intelligence »

Sous prétexte de critiquer radicalement l’islam, Redeker propose une double vision typiquement raciste :
- d’une par celle essentialiste « du » musulman, qui donc globalise les musulmans en évacuant la diversité des croyants et de leurs pratiques
-d’autre part, celle d’infériorisation - via les « défauts » attribués à l’islam - qui complète nécessairement la racisation précédente des musulmans pour aboutir à une forme avérée de racisme. L’engrenage du racisme est désormais en route.

C’est un choix délibéré de susciter le racisme que Redeker effectue dans son texte (cf. extrait ci-dessus). Ce faisant, il ignore que de même qu’il existe des christianismes forts divers, qui vont du fondamentalisme des évangélistes à la théologie de la libération, il existe des islams très divers, des plus obscurantistes aux plus ouverts. Quant aux croyants eux-mêmes, l’immense majorité des musulmans de France ne se reconnaitront pas dans l’islam que décrit Redeker, comme un sondage récent vient de le confirmer. De plus, dans les pays où règne une dictature islamiste, comme en Iran , par exemple, des hommes et des femmes musulmans, au courage extrême, résistent aux ravages de cet islam radical dont ils sont les premières victimes. En vérité, Redeker tente de légitimer le racisme antimusulman au lieu de dénoncer le fondamentalisme islamique.

Au lendemain de l’anniversaire du 11 septembre, les travaux des Nations-Unies et de son rapporteur spécial sur la réalité du racisme antimusulman, ainsi que ceux de l’Observatoire des phénomènes racistes et xénophobes de l’Union européennes, ne peuvent que nous inciter à lutter contre ce phénomène létal qui s’étend dangereusement sur l’Europe toute entière.

Paris le 14/10/2006

JPEG - 2.6 Mo