L’écume du racisme en France. C Delarue (Témoignage chrétien)

dimanche 18 septembre 2016
par  Amitié entre les peuples
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Ce texte qui a été publié sur Témoignage chrétien (n°3429) en janvier 2011 (juste avant une AG du MRAP) évoque le sieur Zemmour. Cinq ans après, il reste valide. CD

Vents mauvais, l’écume du racisme en France.

Comme suite à une série de débats en 2009 et 2010 sur l’identité nationale, les minarets suisses et le voile intégral on a assisté à une libération de la parole raciste. Le racisme, sous la forme du discours raciste (l’écume) ou sous la forme des discriminations dures (la vague), perdure en France. L’actualité le confirme.

Ainsi Eric Zemmour a déclaré (1) : « Les Français issus de l’immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes...C’est un fait ». » On retrouve là les ingrédients bien connus du discours raciste : une tare, un groupe racisé, une attribution au groupe. Un tel propos s’appuie sur un regard racisant (noirs, arabes, « français issus de l’immigration”) qui d’emblée lui confère un contenu raciste. Le racisme vient de l’attribution d’un stigmate - la délinquance - conçu comme biologique, allant de soi, pour le moins très généralisé. Sous l’emprise d’un tel discours ainsi martelé, on ne saurait même plus percevoir tous les »français issus de l’immigration« - groupe racisé - qui respectent le droit, tout comme le respectent tous ceux »de souche« qui n’y contreviennent pas non plus. Le discours raciste est donc non seulement stigmatisant et brutal mais aussi erroné. Ce regard falsifié ne saurait prétendre à la moindre véracité à l’aune d’une prétendue évidence que ne confirme aucune science. Marine Le Pen manie elle aussi la même évidence contre les musulmans. Elle pointe des faits (prier dans la rue), un groupe racialisé en fonction de la religion (les musulmans) et une qualification stigmatisante : prières »d’occupation« , sans »blindés« ni »soldats« , mais d’occupation tout de même » et, comme si cela ne suffisait pas, en renvoyant à la Seconde guerre mondiale !

Serait-ce à dire que le discours antiraciste est trop naïf ? Dans ces deux cas précités il y a bien un autre discours et une autre action possibles qui ouvrent sur d’autres pratiques. D’abord, au lieu de se focaliser sur un « coupable » racisé ou ethnicisé, les politiques s’attacheront à trouver des solutions aux problèmes qui se présentent. Car la délinquance est une question de société qui exige traitement. Mais, la réponse policière peut devenir à son tour problème lorsqu’elle est instrumentalisée à des fins politiques et idéologiques. La voie juste tient à ne pas occulter les problèmes mais se garde de les surdimensionner pour faire diversion ! Pour le dire abruptement, face à la crise globale et multiforme qui la frappe, la société française a d’abord besoin d’un Etat social et un Etat démocratique et non d’un Etat policier.

Le fait de prier dans la rue mérite également analyse. Ne pas disposer de lieu de culte – outre un danger évident de gêne publique - présente d’abord un grave inconvénient pour les croyants eux-mêmes contraints de prier dans la rue. On sait que la seconde religion de France ne dispose que de peu de mosquées ou de centres cultuels. On trouve alors, sur initiative publique, la création de centres culturels qui ne sont pas des mosquées bien que l’on y prie. La solution n’est pas simple mais il importe de sortir l’islam « des caves » comme des rues. C’est une question de dignité à la fois pour les musulmans pratiquants et pour les citoyens laïques soucieux de l’application des principes républicains.

L’autre aspect à prendre en compte c’est une sorte de néo-racisme construit sur l’amalgame entre les islamistes radicaux et les musulmans « ordinaires », c’est-à-dire modérés comme le sont dans la société française d’aujourd’hui l’immense majorité des fidèles du judaïsme ou du christianisme . Ce sont les discours d’acteurs politiques qui n’ont cessé de « communautariser » les musulmans dans un même ensemble homogène contre la vérité têtue des faits qui contredisent au quotidien ce discours. Il faut évidemment savoir que divers groupes idéologiques constitués se sont employés a diffuser sur le web les pensées et les pratiques des intégristes, tant au plan des mœurs rigides que du refus démocratique, en cherchant à les imputer à tous les musulmans. C’est grave ! Dounia Bouzar (2) spécialiste de la question concluait récemment : « A droite comme à gauche, les politiques valident la définition de l’islam porté par les radicaux ». Une clarification s’impose avec urgence car c’est un peu comme si on assimilait en France tous les chrétiens aux chrétiens « intégristes ». Mais cette clarification n’est pas aisée car on ne saurait attribuer une pratique sociale contestable à un courant religieux bien spécifique. C’est que les frontières sont poreuses. Cependant, il n’est pas nécessaire au citoyen de bonne volonté d’être spécialiste de l’islam pour savoir que l’extériorisation d’un islam « réactionnaire » n’est, en réalité le fait que d’une minorité.

La lutte contre le racisme sous toutes ses formes est centrale pour qu’enfin des politiques publiques d’égalité et de non-discrimination soient mises en œuvre dans tous les domaines et qu’aucun propos raciste ne soit toléré.Il en va de la pérennité des valeurs républicaines qui cimentent la société française.

Christian Delarue
Responsable associatif
à participé à « Pour une politique ouverte d’immigration » (livre d’ATTAC Ed Syllepses).

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publié ici :
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