L’attitude intégriste : repli communautaire ou groupal ? C Delarue

dimanche 5 octobre 2014
par  Amitié entre les peuples
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Essai

L’ATTITUDE INTEGRISTE : REPLI COMMUNAUTAIRE ou D’UN GROUPE ?

L’intégrisme se rapporte à la religion catholique et vise, pour le laique (1), des positions conservatrices ou réactionnaires en matière de moeurs surtout (2). Le terme s’est étendu aux autre religions. On trouve aussi d’autres extensions de sens : "intégrisme laiciste ou séculariste, intégrisme du marché, intégrisme sportif, etc... avec des significations de moins en moins rigoureuses. Ce qui est problématique. Cependant, ici on va prendre le risque de parler au sens large - malgré ce qui vient d’être dit et donc avec le sentiment de non orthodoxie - de l’attitude intégriste. Des considérations générales avant d’aborder d’autres points dans un prochain billet notemment sur marxisme et christianisme.

I - Remarques générales .

Il faut un corpus doctrinal qui n’appelle aucune exception, aucun assouplissement !

A - Intégrisme et repli agressif.

a - L’attitude intégriste fonctionne au rejet et à l’opposition.

Mais toute opposition (religieuse ou non) n’est pas intégriste. Il y a des oppositions qui excluent le dialogue et d’autres qui l’admettent. Mais on peut admettre un dialogue de circonstance dans une opposition maintenue ou s’inscrire dans un dialogue plus durable, plus soutenu, ce qui laisse entendre que l’autre n’est plus un ennemi voire qu’il est un ami. Tout dépend ce qu’il fait par ailleurs.

Mais en matière d’échanges durables c’est peut-être que chacun a alors fait un pas pour écouter l’autre plus longtemps : l’un s’est approché et a commencé à parler, l’autre a parlé aussi mais à un moment donné il est allé plus loin . Exemple : elle a même un jour enlevé son voile religieux en signe d’adelphité. Pas définitivement mais cela a permis à l’autre un rapprochement complémentaire. Autre exemple : L’autre a cessez de pratiquer des harcèlements au travail, ou d’autres formes d’agressions. Il a cessé de tenir des propos sexistes ou racistes, de la médisance, des gestes de mépris ou considérés tels, etc. On ne peut en effet dialoguer longtemps de façon authentique si l’autre maintient des pratiques jugées dominatrices ou indignes (de son point de vue qui n’est pas nécessairement celui de l’autre).

b - Précisons cette notion d’attitude intégriste.

Trois éléments : L’attitude intégriste ne se définit pas uniquement en fonction d’une doctrine (religieuse, marxiste, autre..) ou d’une conception rigide des relations humaines mais aussi et surtout en fonction d’une communauté ou d’un groupe humain particulier qui incarne la conception ou les « valeurs » défendues. C’est un second point important. On évoquera là selon les enjeux soit la « communauté musulmane pro-voile » ou soit la « communauté nationale séculière » ou soit le « parti de la classe ouvrière » ou d’autres groupes plus petits encore en fonction des enjeux (comme la marginalisation d’un individu au travail par exemple). Ce passage des conceptions et des valeurs à la communauté ou au groupe conduit aisément à une opposition dure entre deux camps. C’est le troisième élément.

B - Intégrisme et dialogue

C’est cette opposition de camps rigides sur les fidélités qui favorise les rejets, les séparatismes durs, et donc le refus du dialogue. Le refus du dialogue va du refus de dire bonjour au bref dialogue de circonstance dont le contenu est superficiel, de type « café du commerce », qui n’engage pas les individus sur des enjeux qui implique de la confiance et des formes de respect plus développées. Chacun s’est approché mais reste sur son « quant-à-soi ».

d - Dialogue profond : avancer sans arme.

Ce qui est refusé c’est un dialogue profond qui nécessite plus de temps et une capacité d’ouverture qui elle-même sous-entend de lâché des peurs, des craintes, des préventions. L’inconvénient de ce relâchement c’est que l’on pourra être surpris par une attaque insidieuse. Les individus combattant, non ouverts, sont prêts eux à la riposte. Ceux qui s’engagent sans arme psychologique ou intellectuelle ne remarquent qu’ensuite les attaques sournoises. Ils risquent d’être plus circonspect à l’avenir. Pourtant, c’est l’ouverture qui permet d’avancer. Ouverture ce n’est pas du masochisme. Il est possible de repousser de façon assertive et respectueuse ce qui nous a défini à tort. Cette assertivité n’est pas le masque avant-coureur d’un repli définitif sur soi ou sur le groupe. On peut montrer que l’on est prêt à poursuivre le dialogue, après un moment de repli. Ce repli est annoncé comme tel avec franchise. Ce n’est pas un geste de manipulation qui laisse entendre un repli durable ressemblant à un rejet.

Le dialoque profond manifeste un intérêt et une attention à la vie de l’autre, autant ses joies que ses malheurs, et cela peut déboucher sur une attention soutenue et vive source de joie si réciproque. Ce dialogue-là n’est pas que verbal car il est fait aussi d’échanges de micro-signes corporels plus ou moins visibles (assez peu visible pour beaucoup de gens) qui passent par la voix et le regard dans le sens d’un adoucissement. Les individus se rapprochent au lieu de rester éloignés, comme si une agression devait se réaliser. On repère aussi quelques paroles sympathiques, lâchés spontanément, qui montrent qu’un lien fort s’est crée et qu’un mur s’est écroulé.

e - Degrés de fermeture

Ainsi donc la fermeture complète (d’un individu ou d’un groupe) s’apparente au refus de voir l’autre, de rester avec lui le temps d’un échange, voire de le saluer (néantisation). Il peut y avoir acceptation de le saluer mais pas plus. Certains hommes refusent de tendre la main à des femmes. Il peut n’y avoir aucun signe de sympathie alors que l’individu vient demander de l’aide dans une permanence sur les droits humains. Il y a aussi acceptation de se saluer mais aussi acceptation d’un échange de simple convenance. Tout cela on l’a vu diffère d’un véritable dialogue avec l’autre ou les autres (de l’autre communauté ou de l’autre groupe) car là l’autre est pleinement accepté tel qu’il est. Ce qui n’est pas toujours aisé.

Christian DELARUE

1) Un laique n’ira pas dans le détail des doctrine dire ce qui intégriste, fondamentaliste, orthodoxe, etc.. Il se place du point de vue des discours sur la liberté et l’égalite homme-femme (refusée ou non) et sur les comportements d’intolérances associés

2) Il y a aussi souvent un volet anti-démocratique

Un II devrait suivre.