IntégrisMophobie ou intégrisTophobie.

mardi 27 octobre 2015
par  Amitié entre les peuples
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« IntégrisMophobie » ou intégrisTophobie.

Double contexte : Le meeting contre l’islamophobie du 6 mars avec l’UOIF, PSM et le PIR et le projet d’interdire le voile islamique à l’Université.

Pour aimer les humains et leur dignité, il faut haïr le racisme et les autres oppressions. Jusqu’où aller contre les intégrismes ? Distinguons ici intégrismophobie et intégristophobie.

Contre la peste intégriste, cette emprise des courants réactionnaires des grandes religions sur le corps social qui concernent les aspects politiques et de moeurs (volet « sociétal »).

Le terme « peste » vient en mode relativement « vulgaire » de la critique freudo-marxisme du fascisme , le terme « peste émotionnelle » étant lui plus élaboré (par Reich) et moins mobilisable par les militants antifascistes. Invoquer aujourd’hui la peste sexoséparatiste c’est critiquer ce qui heurte frontalement une certaine idée du vivre ensemble par des signes ou des symboles réactionnaires, qui ramène la société en arrière, à plus de patriarcat, plus d’hétéronomie, moins de liberté des femmes, plus d’inégalité entre hommes et femmes. Il s’agit de faire accepter des façons de se plier à une autorité dite supérieure (Dieu, un dieu conforme aux diktats des pires fondamentalistes) et de perdre ainsi son autonomie. Relisons ici peut-être Castoriadis.

Ce point introduction n’est pas nécessaire à la compréhension de la suite.

La haine des intégrismes des religions visent les discours essentialistes, les justifications dogmatiques venues des religions alors que la haine des intégristes portent sur des personnalités qui tiennent les discours ou pire commettent les actes de haine. L’un se focalisera donc sur des pratiques, sur les comportements ou les logiques societales alors que l’autre prendra pour cible un auteur. Tariq Ramadan est par exemple, selon les critiques, tantôt un intégriste tantôt un conservateur. Les deux peut-être selon l’époque et tout dépend du moment ou de son public.

Pour ma part, je vise rarement des personnes. Sauf si actualité oblige. Par contre je pointe des logiques politiques ou celles de moeurs. Je me suis surtout intéressé aux activités concernant les moeurs, notamment le sexoséparatisme (qui peut être non intégriste mais aussi intégriste). « Qu’est-ce que tu regardes dans les piscines ? Tu ne dois pas voir ce que tu vois. » est un discours sexoséparatiste typiquement intégriste. Mais peu importe qui le dit. Ce qui compte (pour moi) est la critique de ce discours, surtout s’il est entendu, massif, car il a des effets nuisibles dans la société. Il empêche la fluidité relationnelle et entérine un rapport de prédation entre les sexes en posant le sexoséparatisme en norme.

I - Un ou une intégriste au plan religieux a la haine des :
- mécréants : athées surtout,
- des homosexuels , hommes et lesbiennes,
- musulmanes non voilées ou dévoilées
- toute femmes trop sexy (et il suffit de peu, pas besoin d’être nudiste !)
- des femmes DRH qui mènent un entretien d’évaluation professionnel
- des lieux mixtes comme les piscines, pas que (les places publiques sont réservées aux hommes dans les sociétés hyperpatriarcales.
- de l’égalité hommes-femmes
- de la liberté des femmes
- etc (non exhaustif)

L’intégriste sexoséparatiste (juif haredim ou musulman ou autre) va indiquer avec précision comment doit s’habiller une femme pour qu’elle soit totalement non désirable. Il n’y a pas que le voile qui doit cacher les cheveux et le cou, il y a aussi les manches longues, la jupe longue qui doit cacher les chevilles, l’absence de décolleté et d’habit près du corps. Cette tenue dit être constamment portée. Pas de liberté. La séduction, même légère, par le corps est interdite (sauf pour le mari). En mode plus offensif la femme doit rester à la maison et ne sortir qu’accompagnée du frère ou du mari.

Ce type d’intégriste agit dans le cadre de la société civile et vise une hégémonie de sa culture hyperpatriarcale. Hyperpatriarcal signifie en rajouter en domination sexiste sur le patriarcat existant et subsistant, celui qui a subi des restrictions face à la montée des féminismes historiques.

II - Un intégriste agissant au plan politique a la haine de  :
- la démocratie
- la laicité
- la raison
- les livres (sauf Le Livre)
- les symboles relativement sacrés du monde laique ou sécularisé.
Il veut conquérir le pouvoir d’Etat pour changer l’ordre global.

III - L’excuse de la misère.

Un(e) intégriste peut vivre dans la pauvreté et la misère (soit au nord soit au sud). Ils ne sont pas tous chômeurs ou précaires ; certains sont aisés, riches même. En tout cas, cette mauvaise situation économico-sociale n’est pas une excuse pour accepter les violences sexistes. C’est mon point de vue. Par contre il faut se garder d’une « intégristophobie » sévère car il faut répondre au déficit social et promouvoir des droits sociaux et des services publics pour les mettre en oeuvre.

Dans Pas « client » Patric Jean écrit : « On me dit qu’il faut parler des miséreux avec respect, et donc éviter certains mots. Je n’ai aucun respect pour la misère. Elle est laide et brutale. Celles et ceux qui sont tombés durablement dans ses mains en sortent broyés, défigurés, absents à eux-mêmes, et donc parfois brutaux, égarés, terrifiants… » (p13). Il faut lutter contre la misère et donc lutter contre le néolibéralisme. Un féminisme qui oublie de riposter aux dérégulations politiques fait le jeu des conditions sociales productrices de violences. Dire cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de violences sexistes au sein des couches sociales aisées. On sait que le sexisme est partout.

Christian DELARUE

11 mars 2015

INTEGRISME DES RELIGIONS : PROPOSITION AU CS d’ATTAC - Amitié entre les peuples

http://amitie-entre-les-peuples.org/INTEGRISME-DES-RELIGIONS