Populisme social (de gauche) et populisme identitaire-national (d’extrême-droite). C Delarue

mercredi 8 juillet 2015
par  Amitié entre les peuples
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Populisme social (de gauche) et populisme identitaire-national (d’extrême-droite).

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Le populisme est-il passible d’une même opprobre malgré la diversité de ses manifestations ? Sans doute pas. Le populisme apparaît souvent sous le signe de la résistance et comme un « négativisme » idéologique : anticapitaliste, anti-impérialiste, antiurbain, antisémite, xénophobe, etc... que comme un corps de doctrine à l’instar du communisme ou du socialisme. Certains négativismes se complètent d’autres non.

I - A propos de la distinction.

Les formes qui relèvent du populisme social et celles proches du populisme identitaire national constituent deux grands types de populisme radicalement différents le plus souvent. Ils ne sont donc pas à confondre.

La distinction Populisme social / populisme identitaire-national est faite par Pierre-André TAGUIEFF (1) dans les termes suivant : « l’un protestataire ou, plus précisément, protestataire-sociétal, l’autre identitaire ou identitaire-national, qui définit le noyau dur du national-populisme au sens strict ».

Il arrive que les deux champs peuvent exceptionnellement se recouvrir. A propos du Non au projet de traité constitutionnel européen dit TCE le 29 mai 2005, on a pu voir tout à la fois un refus des gens de gauche et un refus des gens de droite, et ce face à une classe politique droite et PS unie pour défendre l’Union européenne libérale ou social-libérale. Mais au-delà de l’apparence il y avait ceux qui défendaient une préférence sociale et ceux qui défendaient une préférence nationale. La défense de la Nation n’est cependant pas le propre de la droite. Les chevènementistes articulent le social au national. Mais ils sont très critiqués à gauche.

Le populisme indexé à un usage du mot « peuple ». Ce mot employé sans autre précision est riche de résonance rhétorique et à ce titre très prisé du politicien mais « source profonde d’exaspération pour le politologue » dit Margaret Canovan. Une grille permet un repérage et un classement qui ne saurait être absolu. On distinguera ici d’un côté le peuple ethnos du peuple démos et de l’autre un peuple socio-économique de surface variable - plèbe versus couches sociales populaires ou peuple-classe - en lien ou nom avec la référence républicaine. Derrière un même mot, la référence au peuple est donc très différente entre les deux types de populisme.

Populiste ! Il existe aussi un mésusage politique du terme populiste prévient A Collovald (2) qui incite à une confusion des genres entre celui dangereux et celui qui fait parti de la vie démocratique ordinaire. D’où notre propre essai de clarification après bien d’autres beaucoup plus développés. C’est que le terme populiste fonctionne au stigmate car il accuse des formations autoritaires qui instrumentalisent la référence au peuple. Ici la stigmatisation est légitime. La critique vient alors du peuple et vise à le protéger. Elle l’est moins dans d’autres cas. D’où les questions à poser : Protéger le peuple de qui ? De ceux d’en-haut, de ceux d’en-bas, d’une menace extérieure ? Voilà le second enjeu.

Manipulations sémantiques. Pour ne rien simplifier, il est vrai qu’un populisme identitaire-national (ou régional) peut se donner un contenu social mais l’important restera l’affirmation identitaire et/ou nationaliste. Le « social » d’un groupe national-populiste est quasi systématiquement articulé au rejet des immigrés. De même le populisme social peut s’inscrire dans un cadre national pour défendre un Etat social fort mais le national n’est ici qu’un cadre d’exercice et non une idéologie nationaliste de rejet de l’Autre.

II - Chacun son contenu !

- Le populisme identitaire-national est plutôt d’extrême-droite. Il se fonde sur un peuple-ethnos plus que sur un peuple demos (3). La droite a parfois des accents populistes ethno-identitaires. Ainsi N Sarkozy lors des élections de 2007 a pu évoquer la France éternelle de Jeanne d’Arc . Il s’agit alors pour elle de prendre des voix au FN. Le populisme identitaire national fait appel dit PA Taguieff « au peuple tout entier, sans distinction de classes, de tendances idéologiques ou de catégories culturelles : l’objet de la visée populiste est de réaliser un rassemblement interclassiste dans le cadre national ». Mais à y regarder de plus près, le peuple tout entier ne l’est pas puisque les résidents étrangers en sont exclus. Et d’autres cibles donnés au ressentiment et à l’exclusion apparaissent selon les époques : les travailleurs « bras cassés », les « assistés », les fonctionnaires, les homosexuels, les femmes « célibataires », etc...

- Le populisme social est plutôt de gauche car contre l’oligarchie ou la classe dominante. Il est dirigé vers le haut et non vers le bas. Ce populisme du peuple trouve face à lui un populisme des élites privilégiées menacées qui répondent par une rhétorique de stigmatisation complétée par de soutien de la démocratie réellement existante (on invoque alors la formule de Churchill « La démocratie est le pire des régimes à l’exception de tous les autres ») et de l’ordre social existant notamment à propos des fortes inégalités de revenus et de patrimoines.

Ce populisme est historique dans la mesure ou derrière le peuple national ou le peuple-nation il y a toujours une composante socio-économique. En ce sens il s’appuie sur une tripartition du peuple entre le souverain, le social et le national (4) . Il défend soit le petit peuple soit plus largement le peuple-classe .

Ce populisme social peut ou non s’inscrire dans le cadre des institutions républicaines laïques et démocratiques. Le populisme social des anarchistes refuse ce cadre. Le populisme social de gauche vise lui à conforter des alliances de couches sociales pour tirer la République à gauche. « Sans la République, le Socialisme est impuissant, sans le Socialisme, la République est vide » disait Jaurès. Dans ce cas ce populisme passe aussi bien par « la rue » que par « les urnes ». Il y a une interaction complexe entre les manifestations le plus souvent défensives et les élections démocratiques. Si ces élections ne sont pas radicalement repoussées en théorie et en pratique elles sont quand même très souvent critiquées et à plusieurs titres (déformation de la représentation, coupure entre citoyens et élus, etc...). Ces critiques sont bien souvent justifiées.

Le populisme social peut donc porter de fortes exigences démocratiques, et le plus souvent en complément du parlementarisme contemporain. Il se montre favorable à une forte démocratisation des institutions et de la société en lien avec la promotion d’un Etat social qui devrait fournir des droits sociaux efficaces au peuple-classe. L’extension des droits sociaux et démocratiques est envisagée au plan continental. Mais il y a là matière à débat.

Reste qu’on ne saurait qualifier pareillement un populisme social qui entend améliorer la démocratie d’un autre qui entend la détruire au profit d’une élite politique qui n’a plus en face d’elle des citoyens mais une masse d’individus soumis ou subjugués à un leader.

Christian DELARUE

Notes :
1) POPULISME, Deux types de populismes : le protestataire et l’identitaire - Encyclopédie Universalis
http://www.universalis.fr/encyclopedie/populisme/3-deux-types-de-populismes-le-protestataire-et-l-identitaire/

2) Les mésusages politiques du populisme - A Collovald
http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article459

3) PEUPLE : Retour sur une distinction majeure : Peuple « ethnos » et peuple « demos ».
http://www.attac.org/fr/blogs/delarue-christian/6-11-2009/peuple-retour-sur-une-distinction-majeure-peuple-ethnos-et-peuple

4) Une triple critique du peuple : peuple-souverain, peuple-nation, peuple-classe. C Delarue
http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article1750