Populisme de droite et de gauche : une distinction obsolète ?(I) C Delarue

mercredi 8 juillet 2015
par  Amitié entre les peuples
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Populisme de droite et de gauche : une distinction obsolète ? (I)

article publié sur Médiapart jadis, « remonté » en ligne pour cause de rapprochement indigne entre MLP et JLM

La dégénérescence de la démocratie en gouvernance et de l’Etat social en Etat libéral sécuritaire a abouti à l’abandon du peuple et à laisser apparaitre une double critique de cet abandon dénommée populisme. La catégorie est certes ambiguë : instrumentalisation du peuple mais aussi défense du peuple . Quel peuple ? (1). Un travail critique est nécessaire.

L’antifascisme contemporain se doit d’étudier la recrudescence du nazisme en Grèce et celle du populisme d’extrême-droite comme des différentes formes d’intégrisme religieux.

A propos du populisme, reprenons le débat en deux temps, celui des deux populismes (ici en I et II) et de sa possible remise en cause (III et autre texte à suivre).

I - La distinction théorique des deux populismes.

Il faut de façon critique distinguer ce que les dominants tendent de façon récurrente de confondre, de mettre à l’identique.

- En positif, le populisme se dédouble dans sa référence au peuple et à la critique de la démocratie représentative.
Les deux grandes sortes se présentent comme une double défense de deux variétés de peuple : le peuple nation (versus extreme-droite) et le peuple-classe (versus extreme gauche)

- En négatif, comme critique et stigmatisation, il valide ce que l’on nomme le « cercle de la raison » (bien pensante) qui signifie démocratie restreinte et défense du capitalisme libéral.

Les élites dominantes ignorent le peuple au profit d’un langage technocratique (les critères économiques de l’Union européenne par exemple) qui fait le jeu de la finance. Cette élite favorise la gouvernance de l’oligarchie politico-financière, pas l’intervention du peuple, du peuple-classe. Elle porte surtout des politiques austéritaires, anti-sociales.

Au plan de la pratique politique, il s’agit, comme critique toujours, de défendre l’alternance des modérés (droite contre PS en France) contre les autres solutions dites extrêmes et placées sur des plans équivalents .

L’alternative de gauche ou alternative systèmique - qui ne se réduit pas au PG - fait pièce à l’alternance intra-systèmique mais aussi à la solution nationaliste et xénophobe de l’extrême-droite. Son angle d’attaque est la solidarité interne du peuple-classe contre la triple prédation de l’oligarchie :

1 anti-sociale (privatisation de l’Etat social, politique d’austérité dans l’Union européenne),

2 anti-démocratique (choix de la gouvernance élitaire voire autoritaire),

3 anti-écologique (refus de la transition écologique).

Avec d’autres dynamiques comme l’antiracisme, l’antisexisme, l’anticolonislisme.
Le peuple-classe est son cercle, son espace de débats des mouvements sociaux.

II - Le contenu pratique validé en France en 2011-2012 :

On a pu en 2011 et 2012 distinguer, dans le réel, le « populisme social » (de gauche) du « populisme identitaire-national » (d’extrême-droite) (2). Ici on peut dire : « Le populisme c’est comme le cholestérol, il y a le bon et le mauvais. » (C Delarue) On dit aussi (cf JC Michéa) à propos d’Hugo Cavez, de « populisme au bon sens du terme ».

Brièvement, et malgré une contestation (Les mésusages politiques du populisme - A Collovald) distinguons :

Le populisme de droite de M Le Pen est pervers. Il surfe sur une crispation identitaire forte de haine des musulmans. Le FN défend aussi un peuple nation sans les résidents extracommunautaires . Elle défend surtout du capital national d’abord.
Sa critique de la démocratie dite représentative ne vise nullement à la rénover dans le sens d’une plus grande démocratisation. Elle tend à refuser les conflits de classe et les syndicats de travailleurs, comme toutes les dictatures avant elle (Portugal de Salazar, Espagne de Franco, Grèce des colonnels, etc...).

Le populisme de gauche de J-L Mélenchon est vertueux . Il est fondamentalement anti-austéritaire, donc social, car il a défendu surtout un peuple-classe avec ses résidents étrangers à qui des droits citoyens seront donnés . Il s’oppose bec et ongle à l’oligarchie financière, à la bourgeoisie, et ce au profit du peuple-classe. Il s’agit d’un populisme socialiste voire écosocialiste. Il est aussi antiraciste et antisexiste. Il avance l’idée d’une démocratie participative avec une dimension écologique.

III - Retour de l’ambiguité des contenus ?

Un tel retour entrainerait une invalidation, une remise en cause de la distinction ci-dessus. Ou du moins sa marginalisation. Historiquement les populismes (3) ont montré des ambiguïtés qui bousculent la distinction nette ci-dessus.

Il existe en effet une forme de populisme qui mélange les genres, y compris quand il est perçu comme « à gauche » : Il y aura alors défense de la nation mais aussi de l’Etat social avec une évocation ambiguë du peuple. Ce sera un peuple français contre l’impérialisme des USA par exemple. Ou contre l’Europe.

On constate un retour des catégories englobantes . En ce cas, la bourgeoisie est réintroduite dans ce peuple nation mais avec, néanmoins, une tonalité sociale de gauche dans le discours . Mais la portée de ce discours de gauche est souvent limité socialement et démocratiquement (Cf JP Chevènement).

La diversité des groupes et des ambiguïtés empêche un exposé bref. Une analyse concrète est alors. nécessaire. La crise fait apparaitre en Italie par exemple, avec le M5E de Beppe Grillo (4) et son antimondialisme, son anti-corruption et son écologie ce type de populisme ambigu. Des points positifs (anti-corruption) voisinent avec des plus négatifs. Tout cela sera à vérifier et développer dans un autre texte. Evoquer un Coluche italien donne une image parlante mais ne suffit pas.

In fine, il faut repérer pour l’analyse critique la place donnée aux migrants, au petit patronat (donc quelle législation du travail), ainsi que les autres propositions sur la démocratie, le droit des femmes, le nucléaire, etc. A chaque fois, un balayage du programme avec la batterie des critères est nécessaire.

Christian DELARUE

NB : Il existe depuis très longtemps au MRAP une commission « extrême-droite » qui mutualise les analyses et contributions afin d’intervenir au mieux.

1) Une triple critique du peuple : peuple-souverain, peuple-nation, peuple-classe. C Delarue

http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article1750

2) Populisme social (de gauche) et populisme identitaire-national (d’extrême-droite).

http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article1773

3) Boulangisme, populisme russe.

4) Sur Beppe Grillo

- DÉBAT • Beppe Grillo, le populisme libertaire | Courrier international

http://www.courrierinternational.com/chronique/2013/03/04/beppe-grillo-le-populisme-libertaire

- Beppe Grillo, le populisme à la parmesane | Causeur

http://www.causeur.fr/beppe-grillo-le-populisme-a-la-parmesane,17940

- Incertitudes et crise politique en Italie après les élections Ciro Tappeste

http://www.legrandsoir.info/incertitudes-et-crise-politique-en-italie-apres-les-elections.html

- D’Hugo Chávez à Beppe Grillo : des populistes « au bon sens du terme » ? - Idées - France Culture

http://www.franceculture.fr/emission-du-grain-a-moudre-d-hugo-chavez-a-beppe-grillo-des-populistes-au-bon-sens-du-terme-2013-03-

Sur : http://www.legrandsoir.info/populisme-de-droite-et-de-gauche-une-distinction-obsolete.html

Suite en II)

Populisme contre le peuple-classe ou populisme en défense du peuple-classe.

http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-delarue/190313/populisme-contre-le-peuple-classe-ou-populisme-en-defense-du-peuple-classe