Le populisme de gauche : le bon et le mauvais. C Delarue

jeudi 16 janvier 2014
par  Amitié entre les peuples
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Le populisme de gauche : le bon et le mauvais.

initialement sur http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-delarue/051013/le-populisme-de-gauche-le-bon-et-le-mauvais

Distinctions de base :

- Les trois populismes de M WIEVIORKA (il ajoute le populisme bouffon : Beppe Grillo, Coluche, aux deux autres formes)

http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article3715

- Le populisme c’est comme le cholestérol, il y a le bon et le mauvais- C Delarue

http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article2216

I - Le passage obligé par l’analyse du populisme de droite, celui qui ethnicise le social et le démocratique.

I - Le passage obligé par l’analyse du populisme d’extrême-droite, celui qui ethnicise le social et le démocratique.

L’analyse du populisme se réfère d’abord au populisme d’extrême droite ou de droite extrême (selon les origines du discours et selon les analystes). Ce populisme critique l’Etat social, la fiscalité qui lui sert d’appui surtout, et ce faisant il est bien marqué à droite, aux côté des classes sociales privilégiées. Son classement vers l’extrême-droite vient de son nationalisme virulent et de sa xénophobie, de son thème de prédilection pour la « préférence nationale » avec son rejet global de l’Europe et son mépris pour les peuples du sud.

Exemples de préférence nationale à forte charge xénophobe et raciste (hors FN) : Nick Griffin : « Put the Briish people first » ou pour le Vlaams Blok « Eigen volk eerst » soit « Notre peuple d’abord » ou « Osterreich zest » soit « L’Autriche d’abord »

Le populisme de droite extrême réfute aussi la distinction droite-gauche pour lui préférer celle élite (mondialisée) / peuple (véritable). Le thème sécuritaire et répressif, partagé à droite, est orienté contre les étrangers, qui semblent être les seuls délinquants. Cette ethnicisation lourde et récurrente du peuple participe de sa caractérisation de populiste.

II - Son extension occasionnelle à droite.

Ce populisme d’extrême-droite est aussi régulièrement présent au sein de la droite libérale, pour des raisons tactiques (alliances politiques) ou par collusion idéologique. Le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy du 30 juillet 2010 en est un exemple pris au plus haut niveau.

Notons que, pour partie, la position de l’Etat français, réaffirmée depuis ce discours, reste la reconnaissance de la diversité (thème consensuel sauf aux extrêmes) clairement combinée au net refus du multiculturalisme. Le discours de Grenoble a donc subi des atténuations pour l’accommoder à une base idéologique républicaine plus consensuelle. C’est ainsi que fut proposée la doctrine de Sarkozy - non réfutée par la gauche gouvernementale - de l’acceptation d’un « islam de France et non d’un islam en France ». Cette distinction n’est pas forcément parlante si l’on n’a pas en tête le contexte, outre le thème très porté alors de « l’échec du multiculturalisme » (Angela Merkel 2010, David Cameron 2011). Il s’agit chez N Sarkozy d’une conclusion prise à la suite de son propre « compromis républicain » (décalé vers la droite populiste) :« la prière (dans la rue) n’offense personne mais nous ne voulons pas (...) d’un prosélytisme religieux agressif ».

Ici N Sarkozy prenait appui, sans le dire, sur une forte subculture nationale séculariste. Les populistes, eux, disent haut et fort, se référer à un « peuple véritable », qui signifie référence à un peuple ethnique ou ethno-culturel, à un ethnos et non au demos. Le peuple démocratique et citoyen a pu lui s’être majoritairement détaché des conceptions historiques fermées de sa nation d’appartenance pour s’adjoindre d’autres appartenances ou par simple orientation d’ouverture. Nombre de français se déclarent par exemple ouvert au droit de vote pour les résidents étrangers extracommunautaires (de l’Europe). N Sarkozy ajoutait, pour préciser la doctrine nationale, que « bien sûr il faut respecter chacun dans ses différences, mais nous ne voulons pas, en tout cas ce n’est pas le projet de la France, d’une société ou ou les communautés coexistent les unes à côté des autres ». Propos qui ouvre la porte à l’interculturel. Ce n’est pas cette porte qui a été ouverte.

III - Les deux populismes de gauche : Quelle extension à gauche sans amalgame ?

Une double critique de « Populismes : la pente fatale »

Outre le populisme d’extrême-droite et ses reprises euphémisées à droite on évoque aussi un populisme de gauche. Ici il faut distinguer celui qui défend le peuple-classe dans une perspective émancipatrice clairement classée à gauche ou provenant de l’altermondialisme de celui qui, à partir d’une position classée à gauche (un membre reconnu d’un parti de gauche par exemple) remplace la question sociale par la question nationale, voire qui mélange le rouge et le brun de par l’ajout de propos anti-immigrés ou anti-Roms voire avec du racisme antisémite clairement brun.

Dominique Reynié a écrit (2) un chapitre a souligner pour son biais portant amalgame. Il s’agit de « le populisme de gauche réussit quand il est xénophobe ». De plus, il ne dit rien - c’est ma seconde critique - du "populisme social et démocratique, ouvert et non xénophobe. Celui qui peut stopper la pente fatale qu’il décrit.

Amalgame insidieux

Il est pour le moins fort surprenant de voir qu’il évoque pour sa critique du « populisme de gauche » des personnalités de type « rouge-brun » du monde postcommuniste avec d’autres qui ne le sont pas. Il cite Andrzej Lepper en Pologne membre de Samoobrona (Autodéfense) qui est xénophobe et antisémite, puis Roman Dmowski (de la Ligue des familles polonaises), nationaliste, ultracatholique et antisémites. De vrais rouges-bruns. D Reynié cite le SMER slovaque de Robert Fico ou encore le roumain Vadim Tudor qui défend une doctrine associant communisme et nationalisme avec un projet de « Grande Roumanie » sans les Roms et les Tziganes. Il a été fortement antisémites (cf à une culture mondiale sans Juifs) avant de se repentir, et même de tenir des propos philosémites, ce qui pour le coup le ramène dans le racisme, sous une autre forme. D Reynié cite encore dans la foulée, sans paragraphe de distinction, Oskar Lafontaine auteur d’une phrase certes criticable sur la concurrence entre les travailleurs nationaux et les travailleurs étrangers. Vient ensuite le titre : « le problème Mélenchon » avec sa réponse sur les Lituaniens (de peu d’intérêt politique) et celle sur la « Turquie, bête d’appoint du dumping social en Europe »" (RTL 17/12/2004).

Aveuglement sur la gauche d’alternative.

Option centriste pro-alternance.

Notre seconde critique va au fait qu’ il ne distingue pas un populisme néomarxiste de défense du peuple-classe face à l’oligarchie d’un populisme qui ethnicise le social et qui nationalise le démocratique, le démos. La gauche sociale souhaite l’ouverture de la citoyenneté aux résidents étrangers extracommunautaires. La gauche sociale n’ignore pas que face aux privatisations Des services publics, l’Etat social est en quelque sorte « la chose » du peuple-classe. Ce qui n’empêche pas de vouloir une autre Europe (sociale, écologique, démocratique, non raciste, non sexiste, etc...) et un autre monde.

La référence au peuple reste pertinente pour améliorer la démocratie rabougrie par l’oligarchie qui pense gouvernance. Elle reste pertinente pour faire converger les différentes couches sociales du peuple-classe en défense d’un Etat social ouvert, qui note comme lui « l’impossible refus de l’immigration ». D’ailleurs, son chapitre final évoque un « vivre ensemble » bien moulé dans l’alternance et pas dans l’alternative anti-systèmique. On ne peut, expérience militante aidant, que remarquer in fine que l’orientation théorique de cet ouvrage, fort riche par ailleurs, laisse prise à un usage idéologique du populisme qui permet la critique des extrêmes au profit d’une défense du centre et de l’alternance des modérés qui veulent le maintien du capitalisme dominant. C’est le principal défaut de ce livre.

Christian DELARUE

1) Que reste-t-il des « gros » mots du discours de Grenoble ? | Rue89

http://www.rue89.com/2011/07/29/securite-que-reste-t-il-des-gros-mots-du-discours-de-grenoble-215982

2) in Populismes : la pente fatale Ed Plon coll Tribune libre (fev 2012)

3) A propos de l’auteur :

a) Reynié est le créateur de la formule « populisme patrimonial » qui se réfère à deux aspects - remis en cause - du patrimoine des Européens le niveau de vie (aspect matériel) et le mode de vie (aspect culturel).

lire par exemple : « L’avènement du populisme patrimonial » (avril 2011)

http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/04/07/l-avenement-du-populisme-patrimonial_1504203_3232.html

Reynié cite Pim Fortuyn (assassiné par un écologiste défenseur de la cause animale) comme le leader du populisme patrimonial.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Pim_Fortuyn

b) Mais ces deux aspects cités peuvent être dissociés notamment afin d’une critique du néolibéralisme (anti-social) qui permet de relativiser la question ethnique.

c) Ou l’on peut lire que Reynier défend le système capitaliste, un capitalisme ouvert aux immigrés certes mais avec une injustice sociale qui perdure comme marque du capitalisme, et ce en France et en Europe.

« Disons adieu au socialisme », par Dominique Reynié

http://www.lemonde.fr/politique/article/2013/04/30/disons-adieu-au-socialisme_3168934_823448.html