La mobilisation intégriste chez Frank Fregosi. C Delarue

samedi 26 décembre 2015
par  Amitié entre les peuples
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La mobilisation intégriste chez Frank Fregosi.

Dans une étude de 2009 intitulée « Formes de mobilisation collective des musulmans en France et en Europe » (1) le sociologue Frank Frégosi distingue les trois types de mobilisations collectives suivantes 1) les religieuses, 2) les sociopolitiques, 3) les identitaires. Au sein des « mobilisations religieuses », il distingue la cultuelle, l’associative, la spirituelle alors que dans les « mobilisations collectives » il distingue la civique, la nationalitaire, la radicale. Dans le troisième groupe des « mobilisations identitaires » il distingue la républicaniste, la mémorielle (cf aux Indigènes de la République), la laïciste radicale.

En fait, nous n’avons pas lu l’existence d’une mobilisation intégriste dans cette étude mais le chapitre sur la mobilisation spirituelle évoque bien certains éléments que nous mettons sous ce terme. Frank Frégosi souligne « la prédication » et « l’islamisation par le bas » qui est bien le mode d’action typique des intégristes. Ce n’est pas le seul.

On peut noter en quelques lignes que l’imposition de normes conservatrices ou réactionnaires passent aussi par la famille et les groupes religieux et portent différemment contre les filles plus surveillées que contre les garçons, plus libres. L’éducation n’est pas - de façon progressiste - à l’usage progressif d’une liberté dans l’égalité hommes - femmes mais dans le danger naturel des jeunes hommes plus libres et le repli obligé des jeunes femmes. Il y a là acceptation d’un ordre du monde patriarcal vu comme immuable et naturel. Cet ordre est même accentué et défendu par les intégristes religieux - pas que musulmans - qui le justifient par recours au texte sacré ou à la tradition religieuse.

Reprenons l’idée d’action par en-bas. En référence à la différence entre société civile et société politique qui est aussi celle d’une certaine conception de la laïcité, je nomme action dans la société civile (quartier, famille, mosquée, groupe communautaire, école, etc) ce type de mobilisation « éducative » « par en-bas » (pas nécessairement collective cependant), à la différence de ceux qui agissent surtout « par en haut », politiquement, en ayant un projet de conquête politique visant l’Etat afin d’installer la charia ou, pour employer une terminologie plus adaptée à la notion globale d’intégrisme (d’abord catholique puis étendue aux autres religions) un ordre moral très rigoureux quant au moeurs et qui est dans l’islam mais aussi chez les juifs haredim de nature sexoséparatiste, soit hard (femmes recluses à la maison), soit soft (femmes constamment sous vêtements hypertextiles).

Je réserve le terme spirituel à une démarche d’approfondissement et de recherche personnelle de nature non autoritaire, non prosélyte, non offensif qui refuse l’emprise de sa religion sur la société, qui débouche plus sur un comportement de tolérance, de non imposition de pratiques sexoséparatistes, et in fine de douceur des moeurs. Je refuse évidemment le terme spirituel à celles et ceux qui sont en fait dans la construction d’un ordre moral rigoriste et sexoséparatiste, donc sexiste car assurant la « prééminence de l’homme », tel qu’évoqué au-dessus.

Le réformisme puritain n’est pas que salafiste dans la mesure ou Tariq Ramadan - cité dans l’article de M Frégosi - relève bien de ce rigorisme conservateur de moeurs et n’est pas musulman salafiste. Comme il défends un net sexoséparatisme entre hommes et femmes pour les piscines tout comme une certaine tradition le faisait dans l’islam pour les prières (séparées) et pour le devoir de rester à la maison (sexoséparatisme fort ou hard) je le classe dans le groupe des intégristes musulmans.

En fait, mon approche est transversale et non pas communautaire - du moins pour introduire le sujet - car je distingue les intégristes religieux de plusieurs religions (pas que les musulmans) des autres croyants qui ne sont pas tous en distance de la religion mais qui sont progressistes sur les principes et valeurs humaines à défendre mondialement. Les femmes sont ici aussi libres que les hommes et les hommes et les femmes sont égales.

La dignité et le respect est du à toutes, les hypotextiles comme les hypertextiles. Il n’y a pas à imposer des vêtements hypertextiles aux femmes, et pas plus de l’hypotextile évidemment. Cette imposition est typiquement réactionnaire. Chacun et chacune doit pouvoir se vêtir librement. La haine des femmes et de ce qui est féminin doit être refusée. Refuser les stéréotypes de genre ce n’est pas haïr la séduction féminine. En fait, il y a de quoi agir pour que chacune puisse déambuler librement sans harcèlement de rue, sans violence à la maison, que ce soit dans les pays ayant connu la « seconde modernité » (De Singly) ou non. Bien sûr, les intégristes religieux et d’autres réactionnaires non religieux ne supportent pas les conquêtes féministes de cette « seconde modernité ».

Christian DELARUE

Formes de mobilisation collective des musulmans en France et en Europe - Cairn.info
https://www.cairn.info/revue-internationale-de-politique-comparee-2009-1-page-41.htm