François Hollande ou un antiracisme « soft » et à dominante ! C Delarue

vendredi 29 août 2014
par  Amitié entre les peuples
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François Hollande ou un antiracisme « soft » et à dominante !

Les dernières positions de François Hollande montrent ce mois de juillet 2014, tout à la fois un très fort soutien à Israel via une allégeance incroyable à Benyamin Netanyahou (1) et un discrédit donné aux mobilisations tout à la fois contre la guerre et contre le colonialisme des Israéliens contre les Gazaouis et Gaza (par assimilation à de l’antisémitisme) . Cette position « droitière », du côté des dominants, des colons, des militaristes a été abondamment critiquée. Qu’en est-il de ses positions antiracistes ? Son refus nécessaire de l’antisémitisme autorise-t-il une expression anti-sionniste judéo-compatible ?

L’antiracisme de François Hollande commence - du point de vue de sa participation au mouvement antiraciste global de France - en 1984. Les premiers points montrent une instrumentalisation politicienne de l’antiracisme qui a freiné l’antiracisme comme mouvement autonome en France. Cette réalité d’un mouvement pluriel et autonome de la lutte antiraciste est récente en France. Cf mon texte sur : Le mouvement antiraciste français

http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-delarue/130714/le-mouvement-antiraciste-francais

I - Un antiracisme politisé, instrumentalisé

1 - Un antiracisme historique de soutien à SOS Racisme.

Selon Serge Raffy (2) François Hollande a alors suivi de très près la naissance en 1984 de SOS Racisme et ce sur injonctions de François Mitterrand.

2 - Un premier antiracisme « moral » .

Il s’agit au début, il y a 30 ans, d’un antiracisme « moral » s’appuyant sur des valeurs aisément adoptables par et pour les jeunes. La fameuse « petite main » ainsi que les concerts ont grandement aidés à la mobilisation de la jeunesse des années 85 - 90.

3 - Un antiracisme historique dérivatif des exigences sociales abandonnées.

Ce point caché n’est que la suite du point précédent. On ne saurait oublier - mais un auteur le souligne récemment (3) - que cet antiracisme moral était d’autant plus visible que le volet social était absent. Cet antiracisme était « dégagé des contingences économiques » (Philippe Velilla). Parlant du racisme montant qu’il fallait combattre et réduire par le poids des idées antiracistes dans la rue et les concerts on ne parlait plus de la montée du chômage.

Il est évident qu’il existait et existe encore un antiracisme plus « politique » (sans être politicien) qui combine les aspects éthiques et économiques. Le MRAP était nettement dans ce registre. La question de l’insertion économico-sociale était opposée au thème de l’assimilation ou le retour au pays d’origine du FN. Au congrès de juin 1985, le MRAP ajouta en plus la revendication de citoyenneté (droit de candidature et droit de vote) pour les résidents étrangers durablement installés sur le territoire national.

4 - Un antiracisme de contre-feu surtout électoral du FN montant

Cet antiracisme disposait d’une nette composante ant-fasciste mais la motivation se rattachait non pas à des causes économico-sociales mais à la simple montée en puissance du FN crée en 1972 . Et même à des considérations électorales - qui se comprennent mais qui réduisent la portée de l’antiracisme nécessaire : En 1983 le PS et le PCF ont perdu 31 villes de plus de 30 000 habitants !

II - Positions contrastées

Continuons sur la longue période, sans penser détenir la vérité sur ces points : deux (5 et 6) apparaissent positifs mais avec une position récente en retrait (7). A confirmer !

5 - Un antiracisme actuel « sans communautarisme ».

- Refus du clientélisme tribal ou communautaire.

Ce clientélisme identitaire renforce l’emprise rigide de la référence à une naissance, une origine une religion. Le refuser est donc positif.

F Hollande est ici opposé au communautarisme de son prédécesseur N Sarkozy qui pratiquait directement ou indirectement un clientélisme politique de type communautaire et bien ciblé et pensé, (y compris à l’égard de l’UOIF censé faire barrage à l’islamisme radical !). Pour F Hollande « La France n’est pas une addition de communautés » (cf congrès de Dijon du PS en 2003). Ce qui ne signifie pas que des membres du PS se soient abstenus de tout clientélisme religieux.

- Communauté nationale des « papiers officiels » : au-delà ouverture !

Si communauté il y a pour F Hollande c’est celle obligée de l’Etat qui définit obligatoirement et officiellement une communauté nationale avec ses membres qui sont les nationaux. Ces derniers disposent en ce sens d’une carte d’identité nationale, qui ne dit rien de la libre subjectivité individuelle et donc des identités réelles des individus considérés comme « nationaux ».

Outre les cultures « régionales » historiques plus ou moins vivantes, il existe de multiples diasporas dans tous les pays parce que les migrations, voulues ou contraintes, sont un phénomène mondial. Ces migrants peuvent s’intégrer dans le pays d’établissement sans pour autant oublier qu’ils viennent d’ailleurs, et que cet « ailleurs » n’est pas pour eux sans importance.

- Droits citoyens aux résidents non nationaux

Hollande n’abandonne pas l’idée d’adopter une loi donnant le droit de vote (et de candidature) aux résidents extracommunautaires (UE) ayant vécu suffisamment longtemps sur le territoire national. Cela le distingue aussi de son prédécesseur qui défendait une conception fermée de la citoyenneté.

On ne trouve donc pas de postures ou crispations identitaires nationalistes, patriotes et xénophobes chez F Hollande ! Positif !

6 - Un antiracisme dans un cadre laique.

Ce point est le complément du précédent. Il écrit dans La Vie le 8/12/2011 : « Quand les expressions religieuses tentent d’investir l’espace public, le risque existe du différentialisme. La laïcité n’est pas une religion de plus. Elle seule nous permet de garantir un mode de vie commun dans le respect des convictions de chacun. » (3)

III - Conjoncture ou non ? Un antiracisme difficile !

7 - Un antiracisme très relativement universaliste !

L’expression « relativement universaliste » est contestable. Adopter une position universaliste, c’est là une tendance qui a ses limites. Une lutte antiraciste universaliste lutte certes contre toutes les formes de racisme - c’est la base théorique - mais aussi avec la même vigueur - c’est ce point de « pratique réelle » qui donne souvent du « relatif » à la position universaliste . Mais il peut y avoir un décalage léger ou au contraire plus lourd entre « le dire » et « le faire », décalage qui n’est d’ailleurs pas toujours volontaire.

Cette expression se comprend donc dans la mesure ou l’on trouve chez F Hollande un universalisme affiché et sincère (point 6) mais pas toujours suivi en pratique par un égal combat de toutes les formes. Pour François Hollande la dominante est à la lutte antisémite. Et cette dominante s’explique non pas par inconscience de la nuisance du racisme anti-arabe, anti-maghrébin, anti-noir, anti-musulman ou autre forme de racisme mais par le fait qu’il existe un anti-sionisme cache-sexe d’un antisémitisme. Ce qui est certes incontestable. Cependant je n’ai jamais entendu ou lu de F Hollande - mais ce peut être un oubli de ma part - qu’une critique du sionisme pouvait se mener sans aucune haine des juifs ni volonté de discriminations des juifs de France.

Le CRIF- qui ne s’y trompe pas - ira jusqu’à reconnaitre chez F Hollande cet anitisémitisme particulier qui se double d’un soutien à Israel.

Christian DELARUE

1) Communiqué Elysée du 9 juillet 2014 :

http://www.elysee.fr/communiques-de-presse/article/entretien-avec-le-premier-ministre-israelien/

Hollande va plus loin que Sarkozy dans le soutien affiché à la droite et l’extrême droite israéliennes !

2) Serge Raffy Le Président, François Hollande, itinéraire secret Pluriel 2012

3) La Republique et les tribus : Essai sur le communautarisme politique par Velilla, Philippe Ed Buchet Chastel fevrier 2014

http://www.furet.com/la-republique-et-les-tribus-2500220.html