Bruxelles 18 dec 2010 : Racisme et migrations. C Delarue

samedi 18 décembre 2010
par  Amitié entre les peuples
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Racisme et migrations

Brève introduction à débat (donné à Dinan - France en oct 2010)

Un ouvrage collectif d’ ATTAC « Pour une politique ouverte d’immigration » mérite d’être signalé. Vous pouvez y lire notamment un argumentaire sur deux aspects en arrière-plan de notre sujet d’aujourd’hui : les migrations sont-elles une menace pour notre économie ? et les migrations sont-elles une menace pour l’identité nationale ?

Pour lancer le débat je vais essayer de rester entre migrations et racisme sans développer ni les migrations ni le racisme. On pourra ouvrir et développer ensuite dans le débat.

Le racisme se déploie beaucoup sur fond de criminalisation des migrants. Ce n’est pas la seule cause de racisme et de xénophobie mais c’est un vecteur important. Pour combattre ce racisme il faut aller à la racine du mouvement migratoire.

Tous les migrants ne sont pas bien attendus : les riches peuvent venir sans souci mais beaucoup moins les autres qui arrivent avec la volonté de trouver du travail pour de bas salaires et en sachant qu’ils devront se taire et rester soumis. Une partie du racisme vient de cette situation.
Au lieu de critiquer la législation, le patronat surexploiteur, les racistes portent leur haine sur les migrants victime du système.

1 - Motifs économiques et politiques des migrations.

Le système économique mondial hiérarchisé est l’une des causes des migrations. Les migrants aisés voyagent librement et les plus pauvres restent sur place à subir la misère des politiques impériales du Nord. Les plus vaillant(e)s hommes et femmes en capacité de partir le font pour aller ailleurs ou c’est mieux socio-économiquement que chez eux, pas nécessairement au Nord.

Il y a aussi les motifs politiques qui donnent lieu à l’exercice du droit d’asile. Il y a alors application d’un régime juridique international spécifique. Petite parenthèse : Un tel droit s’est bien dégradé dans de nombreux pays ce qui ne facilite pas l’intégration mais plutôt les situations ou le racisme s’exacerbe.

2 - Localiser les responsables du désordre économique et politique.

Mais il n’y a pas que les guerres localisées et les régimes politiques dictatoriaux qui génèrent de l’exile il y a aussi l’alliance entre gouvernants du Nord et du Sud pour l’exploitation économique des peuples et des territoires au profit des firmes transnationales du nord . Cette double exploitation des humains et de la nature s’est renforcée sous l’avènement du capitalisme néolibéral porté par la finance globalisée.

Les élites politiques du sud collaborent de façon plus ou moins volontaire selon les situations concrètes mais elles portent aussi responsabilité importante dans la dégradation de la situation de leurs peuples et de leur territoires. Cependant l’essentiel de la responsabilité revient aux Gouvernements occidentaux et maintenant chinois. On ne saurait oublier cela avant de porter sa haine contre les migrants.

Ce sont bien ces désordres politico-économiques qui sont à l’origine des mouvements de population du sud vers le nord. Il convient de préciser que ce n’est pas le Nord qui accueille toute la misère du monde car beaucoup de migrants arrêtent leur parcours migratoire dans les Etats- voisins . Il faut préciser aussi que ce n’est pas les plus faibles et les plus démunis au plan culturel et économique qui arrivent sur le continent européen.

3 - La criminalisation des migrants.

Une fois qu’on compris cela il devient plus difficile de ce montrer cynique et de criminaliser les migrants. Il devient plus aisé de reconnaitre qu’ils ont des droits. D’ailleurs l’article 13 de la DUDH déclare que migrer est un droit, ce qui devrait inciter à la dépénalisation du droit des migrants qui est pour l’essentiel un droit répressif qui pose beaucoup de conditions et d’interdiction mais peu de liberté. On parle d’ailleurs d’infra-droit ( Loschak) formaté à des politiques migratoires sécuritaires et utilitaristes ; sécuritaire avec un volet criminalisant et utilitariste car les migrants sont réduits à n’être qu’une variable d’ajustement des maitres du système capitaliste mondial.

4 - Le racisme anti-noirs, anti-arabes et anti-musulmans

Il faut en finir avec cette logique barbare qui ne saurait en rien se réclamer d’une quelconque politique de civilisation. De montrer du doigt quelques islamistes radicaux adeptes de la charia ne saurait servir d’amalgame pour toute une politique xénophobe de rejet des musulmans. Or c’est ce qui se passe. Le racisme entretient le racisme dans un cercle infernal qu’il faut rompre. On peut estimer que des islamistes sexo-séparatistes méritent critiques et pénalisation si délinquance avérée voire - cas extrême - interdiction d’accès du territoire national. Mais on ne saurait généraliser à partir de ces cas particuliers. Il faut donc refuser les mesures d’exception en faveur d’une politique globale qui doit se montrer ouverte, intégrative et égalitaire.

5 - Antiracisme et altermondialisme pour terminer.

La non violence et l’égalité sont des valeurs cosmopolites, universelles, transversales. C’est sans une once de racisme qu’il faut appliquer des mesures d’interdiction de la peine de mort dans chaque pays et contre tous les conservateurs de tout type, réprimer la violence à l’encontre des femmes, favoriser l’égalité de genre entre hommes et femmes. Lutter contre les fractures sociales internes à chaque pays et entre les nations et continents est aussi nécessaire. Ceci pour dire sans développer que relier le combat antiraciste au combat altermondialiste est nécessaire. Les bases du monde sont à changer pour vivre mieux tous et toutes.

Christian DELARUE

Exposé-débat donné initialement à Dinan octobre 2010