A propos des fondateurs par Pierre Khalfa, Julien Lusson, Christian Pilichowski, Annie Pourre

mardi 10 novembre 2009
par  Amitié entre les peuples
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A propos des fondateurs par Pierre Khalfa, Julien Lusson, Christian Pilichowski, Annie Pourre

Mercredi 8 novembre 2006, par Webmestre // Élections du CA d’Attac France décembre 2006

Pierre Khalfa, Julien Lusson, Christian Pilichowski et Annie Pourre répondent au texte, envoyé à tous les adhérents, « Pourquoi nous voterons non à la liste bloquée des fondateurs » au Conseil d’administration. Ils s’expliquent sur :
- la composition du collège des fondateurs
- le rôle des fondateurs
- la nécessité de leur présence au CA
- le projet pour Attac
- la question de la liste « bloquée ».

A propos des fondateurs

Pierre Khalfa, Julien Lusson, Christian Pilichowski, Annie Pourre

Le texte, envoyé à tous les adhérents, « Pourquoi nous voterons non à la liste bloquée des fondateurs » au Conseil d’administration (CA) est un condensé des allégations portées contre le collège des fondateurs depuis près de trois ans. Notons que ces attaques ont commencé au moment des élections européennes de 2004 lorsque la grande majorité des fondateurs, avec d’ailleurs une forte majorité des actifs du CA de l’époque, ont manifesté leur opposition à l’opération politique 100 % alter lancée par Bernard Cassen en liaison avec Jacques Nikonoff. Remarquons aussi que ces attaques se sont amplifiées lorsqu’une majorité de fondateurs et d’actifs ont remis en cause au CA les méthodes de direction de Jacques Nikonoff, déjà soutenu à l’époque avec constance par ceux que l’on retrouve aujourd’hui signataires de ce texte.

La composition du collège des fondateurs

« Les statuts prévoient que le Collège n’est pas fermé : au cours des années, et jusqu’en 2006, d’autres personnes et organisations y ont été cooptées. En d’autres termes, on peut être membre du Collège des fondateurs sans avoir été présent à la fondation d’Attac. »

Les auteurs de ce texte savent de quoi ils parlent. En effet sur les sept, quatre n’étaient pas membres du collège des fondateurs à la création d’Attac : les Pénélopes, ESCOOP, l’UFAL, Daniel Monteux. Leur intégration s’est faite après 1998, celle de Daniel Monteux datant de 2006, et chaque fois d’ailleurs à la demande de Bernard Cassen.

Sur le fond, nous considérons que le fait que la composition du collège ne soit pas fermée n’est pas, en soi, un problème. Cela peut permettre d’intégrer à Attac de nouveaux mouvements ayant décidé de s’engager dans notre association. L’important est que soit conservée la diversité actuelle du Collège des fondateurs. Le fait que les statuts actuels prévoient que toute intégration doit se faire avec l’approbation des 2/3 des fondateurs en est une garantie : des fondateurs divers au départ peuvent s’opposer à une tentative d’OPA quelconque et les élargissements intervenus témoignent que cette diversité a été maintenue. On peut y rajouter que, dans le futur, toute intégration nouvelle devrait faire l’objet d’une consultation des adhérents, ce qui donnerait une garantie supplémentaire. Dans le même état d’esprit, changer, dans le futur, le nom du collège pourra être opportun.

Le rôle des fondateurs au CA

« L’expérience des huit années écoulées nous a en effet convaincus que, pour rester fidèle à elle-même, Attac devait maintenant libérer sa direction de la tutelle des organisations membres du Collège des fondateurs »

C’est la thèse répétée ad libitum par Bernard Cassen et ses amis. Elle reflète plus la conception qu’ils ont de leur rôle que la réalité des faits. Car les faits sont têtus. Rappelons pour mémoire que Bernard Cassen s’est opposé pendant des années à toute réforme des statuts, à la reconnaissance du rôle des comités locaux et qu’il a fallu un vœu de l’AG de Saint-Brieuc pour qu’il accepte, contraint et forcé, la création de la CNCL. Tout le monde a le droit évidemment de changer d’avis. Mais le minimum que l’on peut attendre dans ce cas, c’est que les nouveaux convertis fassent preuve d’un peu de modestie et ne se mettent pas à donner des leçons de démocratie à tout le monde.

Sur le fond, les signataires de ce texte auraient du mal à donner un seul exemple où les organisations fondatrices ont exercé une « tutelle » au CA. Il n’y a aucun exemple de proposition venant des seuls « actifs » que des fondateurs aient bloquée. Les débats n’ont jamais opposé fondateurs d’un côté et actifs de l’autre. Ils ont été transversaux et lorsqu’il y a eu des votes, ceux-ci ont partagé les fondateurs et les actifs.

« Avec le recul, nous constatons qu’il a fait ce qu’il n’aurait pas dû faire (se focaliser sur le contrôle de la direction de l’association), et n’a pas fait ce qu’il aurait dû faire : proposer au Conseil d’administration les grandes orientations et lignes d’action de l’association (article 11 des statuts). »

Le propos est assez paradoxal : comment reprocher aux fondateurs en même temps d’exercer une « tutelle » et de ne pas avoir proposé les grandes orientations de notre association ? Gageons que si les fondateurs l’avaient fait, les mêmes y auraient vu une preuve supplémentaire de cette « tutelle »... Mais, surtout, les signataires de ce texte posent le problème qui leur importe le plus quand ils affirment que les fondateurs se sont focalisés sur le « contrôle de la direction de l’association ».

Car par direction, il faut ici entendre « présidence ».

En effet, depuis maintenant plus de trois ans, devant les dérives présidentialistes de Jacques Nikonoff, une majorité de fondateurs, avec d’ailleurs une majorité d’actifs du CA, a essayé de faire en sorte que les actes et expressions d’Attac restent ceux que le CA avait décidés. On comprend que les signataires de ce texte, qui n’ont cessé d’apporter à Jacques Nikonoff un soutien inconditionnel, s’en offusquent.

Sur le fond, quel doit être le rôle des fondateurs ?

« retirer à ses principaux membres leur « droit d’ingérence » dans la direction et la gestion d’Attac, et les encourager à jouer le rôle crucial auquel ils se sont jusqu’ici refusés : travailler entre eux à la définition de convergences et d’accords qu’ils mettront en débat devant les adhérents dans toutes les instances de l’association. »

Cette conception est, disons le carrément, un non-sens. Les organisations fondatrices n’ont pas besoin d’Attac pour se rencontrer ou définir des convergences et passer des accords entre elles. Des réunions unitaires et des actions communes ont eu lieu avant l’existence d’Attac. Le problème n’est pas de savoir comment les organisations fondatrices construisent « entre elles » des convergences dans une sorte de réserve à côté de l’activité réelle d’Attac, mais de faire d’Attac un lieu de dynamique altermondialiste, un lieu de convergences entre des organisations certes, mais pas seulement, un lieu de convergences durables qui regroupe des individus, des groupes de militants, des chercheurs...

Le problème n’est donc absolument pas que les organisations fondatrices se mettent d’accord « entre elles » sur des orientations qu’elles les proposeraient ensuite aux adhérents. Il est de construire tous ensemble, avec les adhérents, mais aussi avec les comités locaux en tant que collectifs militants, avec le Conseil scientifique et les commissions en tant que collectifs de réflexion, ces orientations. Il s’agit donc d’une co-construction. Que cela soit difficile, c’est évident, mais c’est le pari d’Attac.

C’est dans ce cadre que la présence des fondateurs au CA est utile car c’est le lieu, ou plutôt un des lieux, dans lequel ce travail de co-construction se fait. Une des possibles futures réformes des statuts serait d’ailleurs de modifier la composition du CA pour que l’ensemble des composantes y soit présent et pas seulement les représentants des adhérents individuels et du collège des fondateurs.

Cette perspective de co-construction des orientations dans une logique de convergences est fondamentale. Elle correspond, dans la période actuelle, à la nécessité de construire le rapport de forces le plus large possible contre la mondialisation néolibérale qui pousse les tendances du capitalisme au maximum.

Face à cette dynamique, les anciennes postures politiques ont échoué à s’opposer et à proposer des alternatives.

La perspective de construction de convergences s’oppose à l’idée de faire d’Attac un outil pour peser sur la recomposition du champ politique à gauche. Mais, encore plus fondamentalement, elle seule peut permettre de dégager les pistes d’action commune - sans préjudice des divergences qui demeurent -, pour organiser la résistance et la contre-offensive, et permettre ainsi à Attac d’être en position charnière au cœur du mouvement altermondialiste.

Quel projet pour Attac ?

« Si cette liste devait être ratifiée, sa composition monocolore installerait au Conseil d’administration l’hégémonie d’une conception d’Attac réduite à un lieu de convergence des mouvements sociaux, donc de plus petit dénominateur commun entre eux. Une telle situation hypothèquerait la capacité d’Attac de développer son projet propre, comme c’est le cas pour tous les autres mouvements d’éducation populaire. »

On traitera plus bas la question de la soi-disant « composition monocolore » de la liste présentée par le collège des fondateurs pour traiter ici la question du projet de notre association. Remarquons d’abord le paradoxe de l’affirmation de nos auteurs. La présence des fondateurs au CA empêcherait Attac « de développer son projet propre ». Or les fondateurs sont présents au CA depuis la naissance de l’association, ils y étaient même statutairement majoritaires. Et pourtant loin d’avoir été empêchée de se développer, c’est dans cette période qu’Attac a acquis la surface politique que nous lui connaissons et s’est le plus développée.

Plus globalement, quel est ce fameux « projet propre » d’Attac que les fondateurs empêcheraient de développer ? Nous ne le saurons jamais, car les signataires n’en disent pas un mot et n’en ont jamais dit un mot. Dans sa déclaration de candidature, la liste présentée par le collège des fondateurs indique qu’Attac développe « un projet original d’association d’éducation populaire tournée vers l’action (...), autour de trois axes : déconstruire l’idéologie néolibérale ; se doter d’outils permettant l’élaboration d’alternatives ; contribuer à construire les rapports de forces pour imposer des orientations nouvelles en termes sociaux, écologiques et démocratiques ». Sont-ils en désaccord avec ce projet ? Veulent-ils en développer un autre ? Nous ne le saurons pas. Ce projet se réduit-il, comme ils l’affirment, à être « le plus petit dénominateur commun » entre les fondateurs. Au-delà de la confusion arithmétique entretenue ici entre le plus petit commun multiple et le plus grand commun dénominateur, comment affirmer sérieusement que ces trois axes soient minimalistes ?

Attac serait-elle « réduite » à un lieu de convergence des mouvements sociaux comme nos auteurs nous en font le procès ?

La déclaration des fondateurs dit exactement le contraire. « Attac est une construction originale. C’est une association d’adhérents individuels dont une partie est regroupée au sein de plus de 200 comités locaux, souvent eux-mêmes constitués en associations ; ils agissent au contact des citoyens, au plus près du terrain. C’est également un Conseil scientifique dont les analyses et les travaux ont, dès l’origine de l’association, permis d’acquérir légitimité et reconnaissance en matière de contre-expertise et de travailler à des éléments théoriques pour l’élaboration d’alternatives. C’est enfin une association faite d’organismes divers, les « membres fondateurs » - journaux, associations de développement, associations féministes, syndicats, mouvement des « sans », mouvements écologistes, de l’économie sociale et solidaire, etc. -, regroupés en collège, intervenant sur des terrains différents, mais d’accord pour agir ensemble face à la mondialisation néolibérale. »

Il s’agit donc d’un mauvais procès. Mais si la grande majorité des fondateurs a mis l’accent sur la nécessité de maintenir Attac comme un lieu de convergences, c’est que la direction passée de notre association n’a eu de cesse d’en finir avec cela et a voulu transformer la nature d’Attac. Il faut relire à ce propos le texte de Jacques Nikonoff « La crise d’Attac et les enjeux des assemblées générales des 17 et 18 juin 2006 » dans lequel il s’en prend explicitement au projet originel d’Attac et refuse la notion même de convergence accusée de porter en elle « la dilution » de notre association.

Il est d’ailleurs significatif que la liste de candidats actifs « Avenir d’Attac », qui se réclame explicitement de Bernard Cassen et de Jacques Nikonoff, indique, dans son texte de référence, que les « désaccords doivent être approfondis ». C’est tout une conception d’Attac qui s’exprime là, dans laquelle l’objectif n’est pas d’arriver, par le débat, à construire des positions communes, mais au contraire de s’appuyer sur telle ou telle divergence momentanée pour essayer de l’approfondir, espérant ainsi délimiter dans Attac des orientations antagonistes dont l’une finirait par l’emporter sur l’autre.

La composition de la liste présentée par le collège des fondateurs

Celle-ci est accusée d’être « monocolore ». L’accusation est plaisante venant d’associations ayant des liens étroits entre elles. La société éditrice du Monde diplomatique, actionnaire de Politis, fait nommer à sa tête, Pierre Guiard-Schmid lequel représente ESCOOP dont une des fondatrices est Michelle Dessenne représentante des Pénélopes. Mais surtout, l’argument est spécieux : ces associations ont refusé de faire partie de la liste présentée par le collège des fondateurs et l’accusent maintenant d’être monocolore parce qu’elles n’y figurent pas !

Plus généralement, taxer de « monocolore » une liste qui va du Syndicat de la magistrature à Artisans du monde, comprenant des associations aussi diverses que Survie, la CG SCOP, le CRID, etc, en passant par la Confédération paysanne et des organisations syndicales aussi différente que Solidaires et l’Ugict-CGT, relève de la plaisanterie. Au contraire, les organisations présentes sur cette liste représentent une très grande variété de points de vue et de terrains d’intervention, mais ce qui leur est commun, c’est l’analyse de l’importance d’Attac dans le combat contre la mondialisation libérale.

Reste la question de la liste « bloquée » : les fondateurs sont-ils légitimes ou non pour désigner eux mêmes leurs candidats au CA ? Le fonctionnement par collège implique que chaque collège puisse désigner ses propres représentants. C’est ce type de fonctionnement qui permet d’intégrer dans notre association d’autres organisations, de faire en sorte qu’Attac soit bien plus qu’une association composée uniquement d’adhérents individuels. Refuser que les fondateurs puissent désigner leurs candidats au CA, c’est changer radicalement la nature d’Attac, c’est la construction originelle d’Attac qui s’effondre.

L’existence du collège des fondateurs est justifiée par la diversité même de notre association. C’est parce qu’ils sont eux-mêmes très divers et dans l’obligation de gérer cette diversité que les fondateurs peuvent garantir la pluralité d’Attac et empêcher ainsi la mainmise d’une sensibilité politique sur notre association qui signifierait, de fait, la fin d’Attac. Garant de la diversité d’Attac, le collège des fondateurs l’est donc de son indépendance. En étant présents au CA et en désignant leurs candidats, les fondateurs jouent donc par là une fonction essentielle pour la vie d’Attac.

Les adhérents directs sont-ils dépossédés de leur pouvoir de décision ? Bien évidemment non, car ils élisent leurs représentants au CA, représentants qui devraient y être majoritaires, et ils élisent aussi la liste présentée par le collège des fondateurs. Une des meilleures preuves de souveraineté des adhérents est le fait que nos auteurs puissent les appeler à rejeter cette liste. C’est donc bien, in fine, les adhérents qui décident.

Le rejet de la liste des fondateurs signifierait une transformation de la nature de notre association. Il n’y aurait plus de représentants des fondateurs au CA. La porte serait donc ouverte à la normalisation et à la métamorphose de notre association en une organisation traditionnelle souhaitée par les amis de Jacques Nikonoff.

A l’inverse, voter pour la liste des fondateurs signifie que le caractère inédit du projet d’Attac garde encore toute sa pertinence. Les adhérents sont donc devant un choix à historique pour Attac.