RN : Faux social, vrai classisme. Christian DELARUE

samedi 10 juin 2023
par  Amitié entre les peuples
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RN : Faux social, vrai classisme.

Intervention-contribution de Christian Delarue, MRAP, Conseil National, délégué à l’altermondialisme (attac, cadtm, forum sociaux)

De Guingamp avec un titre proche (mais contenu différent) "RN : Faussement social, vraiment classiste » (mais comme syndicaliste) à Rostrenen plus récemment comme MRAP il importe de répéter l’hypocrisie et les mensonges du RN qui est toujours classiste, soit en défense des classes dominantes et pour l’austérité à l’encontre de l’ensemble des classes populaires, les 90%, pas que les pauvres des 10 ou 15 % d’en-bas.

JPEG - 22.6 ko Le MRAP association universaliste qui réprouve l’essentialisation n’ignore pas pour autant la combinaison des formes d’oppressions, de discriminations et plus largement de dominations. Son "coeur d’activité" reste l’antiracisme. Mais il réprouve aussi le sexisme multiforme et le classisme, la domination de classe.

I - Racisme multiforme

Le FN puis le RN est la force politique la plus gangrenée par le racisme sous toutes ses formes. Cela va de l’antisémitisme qui perdure du FN au RN au racisme anti-noirs, anti-arabes et anti-musulmans mais aussi anti-asiatiques. Certains y voient les avatars du colonialisme et de deux guerres celle d’Indochine d’abord puis celle d’Algérie ensuite. La thèse de l’épuisement relatif (incomplet) et progressif , essentiellement du fait du décès ou de la marginalisation des "vieux colonialistes" du FN , s’oppose ici à la thèse de la maintenance forte et assurée de la grandeur coloniale de la France de jadis. On y voit pour preuve l’entretien de stèles de la France coloniale dans le sud de la France.

Quoiqu’il en soit de ce débat, mêlé d’histoires et de sociologies, il apparait au fil des procès que l’antisémitisme perdure ainsi que d’autres formes de racisme de type anti-noirs, anti-arabes et anti-musulmans mais aussi celui anti-asiatiques.

On peut remarquer que 10 ans après la fin de la guerre d’Algérie (que comme d’autres je nomme guerre) il y eu deux faits marquants qui montrent l’existence de "deux France " opposées : Une France antiraciste qui s’attache à promulguer la loi du 1er juillet 1972 contre le racisme dite loi Pléven pour mieux combattre le racisme en France et, moins de quatre mois plus tard, une France qui rêve toujours d’un Empire colonial avec des idées fascistes et racistes et qui crée en octobre 1972 le Front National.

Ces deux composantes de la société françaises sont en affrontement de 1962 ou le racisme était visible ("ici les chiens et les arabes sont interdits" devant un bar), puis 1972 (ou les formes les plus visibles furent interdites et sanctionnées pénalement), puis 1983 ou la célèbre Marche pour l’Egalité de Marseille à Paris montrait que la France n’en avait pas fini avec le racisme, 11 ans après la loi de juillet 1972. Et 40 ans après la Marche de 1983, en 2023, un bilan va être dressé : le racisme sous toutes ses formes perdurent. Le MRAP et d’autres organisations antiracistes vont s’attacher à renouveler ce combat contre le racisme, la fascisation et la barbarie montante et pour une civilisation de solidarité, d’égalité et de liberté.

Trois catégories de personnes subissant le racisme - arabes, noirs, musulmans - peuvent être regroupées par le RN sous un racisme anti-africain global lui même caché par un anti-immigrationnisme national-xénophobe. S’agissant des personnes qui demandent l’asile en France, ce n’est hélas pas le propre du RN mais c’est ce dernier qui porte avec le plus de force ce rejet xénophobe et raciste.

L’autre mode de rejet raciste passe par l’anti-communautarisme. Il y a une différence entre Zemmour et le RN mais il y a un même rejet . Zemmour pense que l’assimilation de population venue d’Afrique, installée en France, est impossible. Il faut enlever la nationalité et les renvoyer : c’est la remigration. Pour le RN, l’assimilation est possible et il faut la favoriser en interdisant constitutionnellement le communautarisme. Ce terme a pris une fonction de rejet en 1995. Il vise encore et surtout les populations africaines précitées mais plus nécessairement.

L’entre-soi communautaire et les signes religieux ostensibles seront interdits partout en public. Tout l’espace publique sera sous quasi-neutralité (petits signes non ostensibles autorisés : petite croix sur poitrine). Exception : les manifestions chrétiennes qui relèvent, pour le RN, de la culture nationale seront autorisées, tant les crèches de Noel que les processions religieuses publiques occasionnelles. Il y a là un saut qualitatif important par rapport à la législation existante : D’une part les textes imposent la neutralité aux fonctionnaires dans leur expression depuis fort longtemps (cf le gros livre tome I : "LE FONCTIONNAIRE Droits et garanties" de Marcel PIQUEMAL de 1973 page 350 avec distinction de la libre opinion autorisée et de sa manifestation publlique) et d’autre part la loi du 15 mars 2004 interdit les signes religieux à l’école publique. Il existe aussi des jurisprudences concernant les interdits dans les réglements intérieurs des entreprises.

II - Un classisme non réduit à de la pauvrophobie

On ne saurait réduire le classisme comme domination de classe sous divers aspects à de la pauvrophobie.

La pauvrophobie, lorsqu’elle n’est pas un une stigmatisation suivie d’un rejet des marginaux (cf "punk à chiens") s’apparente à une politique qui n’entend nullement résorber le défaut de pouvoir d’achat de la fraction la plus pauvre de la population . On vit déjà mal avec un SMIC alors avec moins qu’un smic c’est la galère. Nombre de personnes use de mal bouffe comme variable d’ajustement face aux dépenses contraintes.

De plus, avec l’inflation le nombre de pauvres augmentent. Et les couches sociales intermédiaires sont aussi frappées par ces politiques qui visent à maintenir la richesses des riches pour les riches et n’effectuer aucune redistribution vers les 90% d’en-bas. Soit sous forme de salaires plus élevés du fait d’un mécanisme d’indexation, soit sous forme de services publics gratuit ou à bas tarifs. La tarification publique ce n’est pas les prix de marché. La population des 90% d’en-bas va comprendre bientôt pour le gaz comme pour l’électricité qu’un système d’allocation fondé sur les prix et le marché est cher, beaucoup plus cher qu’un système d’allocation fondée par la maîtrise publique et une tarification publique qui permet la gratuité et les bas tarifs.

III - Ne pas oublier le volet anti-social et nettement classiste

Mais il y a tout un champ de critiques qui relève surtout des syndicats. Pas qu’eux cependant ! Ce sont surtout eux qui vont dénoncer le triple rejet courant des forces fascistes ou assimilées, soit 1 - l’interdiction du syndicalisme de riposte des classes sociales dominées face au classisme des classes dominantes ou, pour le dire autrement, du syndicalisme du Travail opposé au Capital, 2 - l’interdiction des grèves et 3 - des manifestations de rue.

Une République, fut-elle classée "de droite" dans ses instances et institutions, ne rejette pas, en principe, ces droits et libertés citées . Elle peut certes les « encadrer » et les réduire fortement, d’une façon ou d’une autre, et cela participe alors pleinement du processus de fascisation . La fascisation n’est pas le fascisme et la fascisation d’une société ne vient pas seulement du racisme et du sexisme mais aussi du classisme, soit de la domination et répression de classe contre le peuple-classe et les travailleurs-ses.

Ce refus des grèves et manifestations du monde du travail face au capital n’empêche pas le RN de venir s’incruster dans des rassemblement pour récupérer les contestations ouvrières à des fins anti-européennes ou anti-mondialistes . Les manipulations et instrumentalisations du RN sont une constante pour s’implanter et gagner du terrain sur le volet identitaire national. Le RN comme le FN défendent avant tout la nation et surtout derrière elle la classe dominante nationale. Il importe de comprendre que Le RN comme le FN est pro-capitalisme national avec ses inégalités sociales maintenues au profit des riches (1) et au détriment des classes modestes. Loin de s’en prendre aux super-profits et aux paradis fiscaux ils ciblent ceux d’en-bas, tantôt les migrants africains, tantôt les travailleurs français en grève participant au chaos urbain.

Christian Delarue

1) Waren Buffet 2005 sur le classisme au sens de domination de classe (et pas simplement discrimination ou mépris de classe) : "il y a une guerre des classes, c’est un fait, mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner"

Tableau VISA sur "Faux social, vrai classisme" (tableau stage Courcelle sur Yvette)

(Visa pour Vigilance et Initiatives Syndicales Antifascistes : https://visa-isa.org)