Quelle jupe ? Quel pantalon ? Déplacement d’une question politique. C Delarue

samedi 9 février 2013
par  Amitié entre les peuples
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Culture, moeurs et société.

Quelle jupe ? Quel pantalon ? Déplacement d’une question politique.

Ils y a toujours des « journées de la jupe » à organiser pour défendre le droit à la féminité, sexy ou non. Pas qu’à l’école pour les adolescents, comme à Etrelles près de Rennes, il y a quelques années, mais aussi au Parlement, eu égard au nombre de machos en place.

NPNS (Ni pute, ni soumise) créé aussi il y a quelques années, en 2003, a ouvert le temps de la pluralité des pratiques vestimentaires et relationnelles, en période dite de « démocratie sexuelle » (il s’agit d’un paradigme sociétal d’analyse qui n’a rien à voir avec le vote et l’élection), en permettant que l’apparence des femmes (la féminité) soit aussi droit d’existence sans avoir à subir insultes sexistes (« pute » précisément) ou des agressions.

La djoubba (arabe dialectal) est porté par les hommes et les femmes mais la jupe est vêtement féminin depuis longtemps. Des exceptions existent cependant.

Entre femmes couvertes (voile et burka) et feminité sexy ou sexualisante on trouve désormais en entre-deux l’apologie de la femme « neutre », avec une gamme « middle position » qui autorise le soft sexy (1) mais pas le hard. Ce qui n’est pas sans danger. L’idée de femme d’apparence neutre efface l’être d’apparence sexuée (féminité) pour ne laisser que l’être humain (humanité). L’enjeu porte sur la hauteur de la jupe, la hauteur des talons, l’ouverture du décolleté, la hauteur des boucles d’oreilles, l’aspect moulant ou non du pantalon, l’apparence faible ou pas du string, etc... Ce que Duncan Kennedy nomme le « sexy dressing » plus ou moins affirmé.

Séduction interdite ?

La jupe a été imposée aux femmes contre le pantalon jusque dans les années 60 mais quelle jupe ? Les hôtesse de l’air portent des tailleurs serrés et stricts, qui signent plus l’élégance que la séduction ou le sexy. Ailleurs, il faut dire qu’il s’agit de la jupe longue, celle en-dessous du genoux, voire à mi-mollets ou même aux chevilles.

Il en va du pantalon comme de la jupe. Le pantalon large n’est pas le pantalon moulant. Les censeurs du « correct » savent bien faire la différence. Les intégristes religieux aussi, en plus exigeant encore.

Paradoxalement, avant, c’était le butch, c’est à dire l’habit large, couvrant et neutralisant voire d’apparence viril porté par certaines femmes manifestant un refus volontaire ou contraint de la féminité, qui était critiqué par les hommes surtout mais aussi par des femmes. Maintenant s’écarter de ce modéle conformiste, intermédiaire entre « sexy » et couvert, c’est risquer de se faire traiter de « pute » ou des terminologies voisines plus euphémisées. Là le machisme s’appuie hélas sur un certain féminisme austère et autoritaire qui aboutit à stigmatiser les femmes sexy et même à donner des justifications à des agressions sexistes (circonstances atténuantes). Lire Duncan et ce que j’en ai dit.

A propos du sexy, et de la féminité sexualisante, la mini-jupe a été contestée jadis au temps ou les cheveux longs des jeunes hommes étaient aussi critiqués. Aujourd’hui la féminité sexualisante est toujours critiquée aussi bien par les hommes que par les femmes. Par contre pour les hommes c’est le port du costume par des non cadres qui est parfois critiqué. Mais qu’un homme porte un petit short en jean ras des bourses ou un string (mon cas dans les deux situations) et c’est aussi la critique assurée par les normopathes. Pire que de pratiquer le nudisme.

En 1964 apparaissent les premiers seins nus sur la Côte d’Azur, pas dans le reste de la France qui reste pudibonde. Certaines jettent leur soutien-gorge alors qu’aujourd’hui le soutien-gorge est un objet de confort mais aussi de séduction. Il peut être très sexy. Comme le string et les bas.

En juin 1964 Noelle Noblecourt, présentatrice de Télé Dimanche est licenciée pour avoir montré son genoux. Outré, de retour à l’antenne elle a montré 20 cms au-dessus du genoux le tout en toute sobriété par ailleurs. Le puritanisme de l’époque est fort et il n’est pas que religieux. Il est porté par les hommes mais aussi les femmes. Il est féroce quoique s’exerçant de façon différente, plus bruyant chez les hommes, plus proximal et insidieux chez les femmes.

Marchandisation et aliénation ?

Ni aliénation ni libération mais plutôt « quand je veux comme je veux ». Beau soutif et string ne sont plus à jeter tant ces artifices mobilisent de la puissance d’attraction et de plaisirs. Le corps naturel est accepté tel qu’il est mais il est magnifié par le culturel même si le culturel est aussi marchand. Il n’y aura jamais de service public pour les artifices de séduction. Et la séduction est un élément de la vie.

Il reste toujours la bataille : aliénation et perversité pour les un(e)s, séduction ordinaire pour les autres. Mais la règle du jeu change. En plus du « quand je veux comme je veux » il y a « tu regardes mais tu ne touches pas et tu ne dis pas de bêtises sexistes ». Une éducation féministe avance sur ce point. Il y a encore du travail, y compris au Parlement !

Le terme de « proie sexuelle » associe mini-jupe et provocation sexuelle et abonde dans l’idée de l’homme prédateur des femmes à apparence trop sexuée et de là à la légitimation inconsciente ou non de l’agression masculine. Car ce serait aux femmes de se couvrir de n’être qu’être humain et pas être sexué. Or il faut bien tenir ici, bec et ongles, que le regard passager n’est pas le regard insistant et surtout que le regard n’est en rien remarque de « mec lourd » ou insulte sexiste.

Mgr André Vingt-Trois sur Radio Notre-Dame, le 6 novembre 2008, à propos du rôle des femmes dans la célébration des offices dit ceci : « Le plus difficile, c’est d’avoir des femmes qui soient formées. Le tout n’est pas d’avoir une jupe, c’est d’’avoir quelque chose dans la tête ». Il a obtenu le « Macho d’or » des Chiennes de garde. Une riposte à la hauteur de la bêtise sexiste prononcée.

N’en déplaise à Bourdieu, ce qui est codé féminin n’est pas systématiquement dépourvu de pouvoir. Nombre d’hommes déclarent aimer être subjugué par l’érotisme féminin. C’est autre chose que d’avoir « les yeux qui brillent », bien qu’ils puissent effectivemen briller. Il y a là comme dit Souchon « la seule chose qui tourne sur terre ». Ces hommes s’agenouillent d’admiration de l’être aimé et valorisé. Et ils considèrent que c’est le plus grand plaisir de la vie. Pour autant, ils n’en défendent pas moins l’égalité et le respect dans la différences des apparences.

Christian Delarue

1) Emission avec Caroline BALY qui explique ce qu’est le « sexy dressing » soft.

caroline baly - dressing sexy - Vidéo Dailymotion

http://www.dailymotion.com/video/xttge2_caroline-baly-dressing-sexy_webcam

Lire ici : « Ce que soulève la jupe » par Christine Bard Ed Autrement Coll Mutations/sexe en tout genre 2010

Mathilde Froment et Lucie Oriol « La mini-jupe fête ses 45 ans dans la sérénité » France soir 2009.

Eugénie Lemoine-Luccioni La robe, essai psychanalytique sur le vêtement Le Seuil 1983-

aussi sur :

http://association.pour-politis.org/space/autre-monde/content/quelle-jupe---quel-pantalon—_4C5B2F65-7890-4E85-9A48-9F04B1E327F2

http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-delarue/141212/quelle-jupe-quel-pantalon


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