LE PLUS / Manuel Valls, améliorez l’accueil des demandeurs d’asile P Henry de FTA

mardi 30 octobre 2012
par  Amitié entre les peuples
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Manuel Valls, améliorez l’accueil des demandeurs d’asile

Par Pierre Henry
DG de France terre d’asile

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/676416-manuel-valls-ameliorez-l-accueil-des-demandeurs-d-asile.html

LE PLUS. Le 25 octobre, Manuel Valls a examiné en commission le budget « immigration, asile et intégration » du projet de loi de finances de 2013. Pour Pierre Henry, directeur général de l’association France terre d’asile, Manuel Valls n’a pas pris les bonnes décisions. Pierre Henry nous explique quels choix aurait dû faire le ministre de l’Intérieur.

DROIT D’ASILE. La semaine dernière, lors de l’examen en commission élargie du budget « asile, immigration », Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, a raté une nouvelle occasion d’afficher une nette rupture avec le gouvernement précédent.

Il aurait été pourtant facile de le faire tant l’arbitrage à rendre se prêtait peu à la polémique : celui-ci s’inscrit dans une logique humaniste à laquelle beaucoup, hors clivages politiques, adhèrent. À elle seule, cette logique fait faire des économies au budget de la nation tout en générant des emplois. Mais la centralité du ministre dans le gouvernement et l’opinion publique semble le conduire à réduire sa mobilité. C’est fâcheux.

De quoi s’agit-il ? Simplement de réorienter une partie des crédits dédiés à l’« Urgence » (hébergement d’urgence et allocation temporaire d’attente) pour créer des places supplémentaires en centre d’accueil pour demandeurs d’asile.

L’« Urgence », c’est le plus souvent un placement, que l’on soit seul ou en famille avec plusieurs enfants, dans un hôtel précaire à la périphérie des grandes villes. C’est recevoir quelques euros par jour pour survivre et se nourrir sans pouvoir cuisiner.

L’urgence, plus coûteuse que les dispositifs d’asile

L’« Urgence », c’est un dispositif sans perspectives et un dispositif des plus onéreux pour les caisses de l’État. Il est encore plus coûteux pour la société : la précarité génère des situations plus lourdes à prendre en charge quand il faut les réparer que lorsqu’on les prévient.

Oui, il est possible d’améliorer l’accueil des demandeurs d’asile, de préserver leur dignité et leur accès aux droits fondamentaux tout en économisant l’argent des contribuables. L’« Urgence » c’est 26,17 euros par jour. Le dispositif national d’accueil, qui comprend un accompagnement de qualité, revient à 24 euros par jour.

Si l’on fait le calcul, un simple transfert de 1.000 places d’urgence vers un dispositif pérenne permet d’économiser 800.000 euros chaque année et de créer de 70 à 80 emplois. Transférer sur les trois prochaines années 6.000 places d’urgence vers le pérenne nous paraît une option très raisonnable. Et simple.

Alors pourquoi le ministère est-il si réticent à mettre en œuvre ces mesures ? Serait-ce parce qu’il parie sur une baisse drastique de la durée d’instruction des dossiers qui rendrait inutile la création de nouvelles places ? Nous ne pouvons que rappeler sur ce point l’engagement d’un ancien Président de la république prononcé il y a dix ans : celui d’abaisser la durée de procédure à six mois.

La belle annonce connut le succès que l’on sait : la procédure dure aujourd’hui 18 mois. Maîtriser la procédure dans un délai d’un an serait déjà un immense progrès.

Réaménager le dispositif de rétention

Le progrès viendrait aussi du réaménagement du dispositif de rétention : le fonctionnement hôtelier des centres de rétention – hors coût d’entretien, d’éloignement, de prise en charge sanitaire et d’accompagnement juridique – revient à un coût par jour de 40 euros/personne, calculé pour près de 1.800 places.

Avec un taux d’occupation avoisinant les 50%, la fermeture d’un nombre significatif de places devrait être envisagée, sans que soit entravée la capacité de l’État à éloigner les personnes dont la présence est jugée indésirable sur le territoire. Ce serait là un signe symbolique fort de mise à distance du mensonge populiste et de sa fuite en avant sécuritaire.

En période de crise, les thématiques liées aux migrations, fussent-elles de droit, comme c’est le cas de l’asile, sont souvent instrumentalisées pour des raisons politiciennes. Est-ce une raison pour adopter une démarche à mobilité réduite ?

À défaut de remplir sa fonction, notre politique d’accueil en matière d’asile risque d’écoper d’une nouvelle règle d’or bien dommageable à tous points de vue pour la gauche au pouvoir : payer plus pour accueillir moins bien ! Ce n’est pas envisageable. Le gouvernement progressiste de Jean-Marc Ayrault doit s’engager à faire mouvement.