Activités bénévoles du MRAP 35 : Lois, préfecture et transformation profonde de l’activité militante.

dimanche 2 janvier 2022
par  Amitié entre les peuples
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Activités bénévoles du MRAP 35 : Lois, préfecture et transformation profonde de l’activité militante.

Insensiblement, au fil des années, les pratiques du MRAP 35 se sont modifiées.

Il y a quelques années, l’essentiel de l’activité du MRAP 35 se tournait vers les Sans-Papiers : Faire le point sur leur situation, les informer de leurs droits, préparer leur dossier de demande de régularisation. Avec des succès et des échecs.
Puis accompagner ceux qui avaient reçu un refus vers le tribunal administratif. Avec là encore des succès et des échecs.
Les militants accompagnaient les exilé.es à la préfecture, assistaient à des audiences au tribunal, organisaient avec eux des mobilisation, les soutenaient dans les luttes.

Puis peu à peu, les exigences de la préfecture ont complexifié les démarches en exigeant la fameuse promesse d’embauche et les échecs sont devenus plus nombreux. Obligations de Quitter le Territoire, assignations à résidence, pointage à la PAF... Toujours plus de contrôles, même devant les associations caritatives.
Face à cette maltraitance préfectorale, les militants ont adapté leur stratégie en donnant des conseils de prudence. Ne pas se précipiter, attendre les 5 ans de présence en France… Tout particulièrement après le vote de la loi « Pour une immigration maîtrisée, un droit d’asile effectif et une intégration réussie » de septembre 2018, avec sa redoutable « Interdiction de retour sur le Territoire Français » qui condamne les victimes à rester en situation irrégulière pour une durée indéterminée.

- « Que puis-je faire pour régulariser ma situation ? »
- « Rien pour l’instant, attends. »
Tenter d’adoucir cette réponse brutale par quelques conseils : « Prépare ta future demande, collectionne les preuves d’intégration, cherche un travail bénévole, apprends le français… » Sachant que le seul élément vraiment efficient dans un dossier est la promesse d’embauche, si difficile à décrocher pour certain.es…

De plus en plus, les militants ont l’impression de ne délivrer que des messages désespérants. De recueillir des paroles d’angoisse :
« Mais pourquoi ils nous font ça ? »
« Je ne peux pas rentrer dans mon pays, mais je ne peux pas non plus construire ma vie ici, que vais-je faire ? »
« Je perds les meilleures années de ma vie à attendre. »
« Je veux juste pouvoir travailler pour vivre dignement, assurer une vie décente à ma famille »
ATTENDRE est devenu l’activité principale des exilé.es : Attendre un hébergement, attendre un rendez-vous, attendre une réponse.... Plus de 5 mois pour obtenir un rendez-vous, plus de 18 mois pour la réponse à une demande de titre de séjour.

Encore une fois, aux militants du MRAP de gérer l’angoisse, l’impatience, l’incompréhension et de plus en plus l’exaspération.
L’attente s’est accentuée avec la dématérialisation, rendant dépendantes de nombreuses personnes jusqu’ici autonomes. Les personnes en situations régulières qui doivent renouveler un récépissé, un titre de séjour… Des gens qui travaillent, qui craignent de perdre leur boulot si leur titre n’est pas renouvelé à temps, qui n’ont pas le temps de venir aux permanences, qui ne peuvent plus gérer seuls leur situation administrative… Des démarches longues, avec une liste interminable de documents à fournir comme pour les demandes de naturalisation. Des démarches compliquées avec certaines ambassades de France, comme les demandes de visas pour les réfugiés qui veulent faire venir leur famille, avec des consulats de France qui répondent en anglais (eh oui) d’autres qui demandent des paiements en ligne juste pour prendre un rendez-vous…

Et aussi, des gens venant avec des demandes variées qui ne font pas partie des missions du MRAP, ni des compétences des bénévoles : Renouveler l’assurance maladie, changer un permis de conduire, remplir une déclaration d’impôts, faire une demande de logement social, de bourse scolaire pour les enfants et mille autres démarches que même les travailleurs sociaux ne veulent plus accomplir et orientent vers le MRAP !

Au fil du temps, les MILITANTS du MRAP sont devenus des BENEVOLES, passant des heures devant leur ordinateur, faisant gratuitement un travail qui devrait revenir à des professionnels mais qu’il faut bien faire pour ne pas abandonner ces personnes dans ce labyrinthe de démarches dématérialisées qu’elles ne maîtrisent pas ou pour lesquelles elles ne sont pas équipées.
Accompagner les Sans-Papiers vers leur régularisation, c’est notre mission. Mais le fonctionnement actuel de la préfecture et des administrations nous oblige à consacrer l’essentiel de notre temps à accompagner des personnes en situations régulière, qui ONT DES DROITS mais ne peuvent y avoir accès car ces administrations et les services sociaux ne remplissent plus leur mission de service public.
Pourtant début octobre, la ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, Amélie de Montchalin déclarait dans Libé : « Ce quinquennat a restauré le service public dans nos territoires et en direction des publics fragiles, après des années de fermetures incontrôlées par la droite comme par la gauche. Loin du tout numérique qui éloigne les Français du service public, nous voulons un numérique qui les en rapproche ».
Qu’elle vienne assister à une permanence ! La fracture numérique est une véritable discrimination dont sont victimes tous les précaires français ou étrangers.
Notre travail d’accompagnement vers la régularisation est de plus en plus limité, de plus en plus voué à l’échec, et le reste n’est qu’un travail de saisie informatique, certes utile, mais peu gratifiant…
Pour traiter ces questions liées au travail, très complexe, un militant compétent est venu nous rejoindre, il y consacre beaucoup de temps, mais ne peut y arriver seul.
Nous n’avons cessé de multiplier les permanences au Blosne, à Maurepas, à Carrefour 18 tous les jours de la semaine et deux permanences mensuelles dans des structures amies. Nous sommes très sollicités par des travailleurs sociaux démunis face à la complexité des situations. Mais ça ne suffit toujours pas.

Que va t-il se passer si nous cessons ces activités rébarbatives pour nous recentrer sur nos missions initiales ?
Comme pour les cartes grises, des organismes privés proposeront leur service contre rémunération en faisant leur business sur le dos des plus précaires. Cette pratique se développe déjà en région parisienne, où la demande de titre de séjour est facturée entre 600 à 1500 € !
Par ailleurs, nous n’avons même plus de temps à consacrer à différentes manifestations, actions pédagogiques, festivités...
Nous avons de toute urgence besoin de recruter de nouveaux militants. Mais qui est prêt à nous rejoindre pour jouer les supplétifs d’un service public maltraitant et défaillant ?

MRAP 35 (de ce secteur d’activité)