Islamophobie et antisémitisme (extrait bulletin 1 du NPA)

vendredi 26 juin 2015
par  Amitié entre les peuples
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Extrait du bulletin n1 du NPA (le demander)

ISLAMOPHOBIE ET ANTISÉMITISME

La lutte contre l’islamophobie doit en particulier être justement articulée à la lutte contre l’antisémitisme. C’est que l’anti- sémitisme et l’islamophobie s’entretiennent mutuellement. Ils sont instrumentalisés et attisés de façon à la fois parallèle et opposée, en particulier par l’État. L’islamophobie est promue en positif par l’État. L’antisémitisme, dans une dialectique perverse, est promue en creux par l’État, encouragé dans une lutte contre lui-même. Car les chevaliers de la lutte contre l’antisémitisme dans l’État, au CRIF ou à la LICRA, en jouant sur la culpabilité historique de la Shoah en Europe, en assimilant cyniquement antisionisme et antisémitisme, en faisant porter cet amalgame sur les musulmans et tous les contestataires de la politique d’Israël (en particulier l’extrême-gauche), sont en réalité et avant tout des défenseurs de l’impérialisme. Il s’agit donc d’une affaire politique et non religieuse, contrairement à ce que le choc des civilisations veut justement nous faire croire (ici Islam contre Judaïsme).

Ces chevaliers sont en même temps des pompiers pyromanes, contribuant à propager un antisémitisme qu’ils prétendent combattre plus ou moins sincèrement. Comment peut-il en être autrement quand on fait l’éloge de Marine Le Pen, comme l’a fait récemment le Président du CRIF ? Comment ignorer la colère qui se soulève chez les musulmans du monde entier lorsqu’un État colonial et raciste, point d’appui impérialiste majeur, est présenté comme une démocratie exemplaire ? L’an- tisémitisme ne date pas d’aujourd’hui. Pourtant il ne peut qu’être attisé chez les musulmans lorsque les juifs se trouvent ainsi utilisés comme boucliers humains par des bourgeoisies occidentales qui les livraient hier à leurs exterminateurs. En regard, la diabolisation des juifs par les régimes du monde arabo-musulman vise à détourner les populations d’une juste révolte contre l’impérialisme et ces mêmes régimes, dont certains en sont les supplétifs plus ou moins objectifs et zélés.

Et quand on impute (et surestime) finalement cet antisémitisme aux seuls musulmans, comme s’il était propre à un Islam intrinsèquement moyenâgeux et non pas le reflet d’une situation historique, la boucle est bouclée : on a justifié l’islamophobie au nom de la lutte contre l’antisémitisme... en attisant l’antisémitisme. L’antisémitisme n’épargne pas les quartiers populaires, mais on croirait presque qu’il a disparu du reste de la société, malgré toute l’évidence du contraire. La focalisation sur une certaine provenance de l’antisémitisme actuel a pour objectif que le « choc des civilisations » se produise avec notre soutien et notre participation, dans le cadre d’une guerre intérieure.

Quelle analyse socio-historique, et finalement quelle caractérisation de classe faisons-nous des quartiers populaires ? Lumpen-proletariat à tenir en respect ? Dans ce cas, on fait le jeu de cette nouvelle guerre intérieure, de cette nouvelle Union Nationale, en considérant les quartiers populaires comme perdus et dangereux.

Prolétariat qui s’ignore, à débarrasser de ses superstitions ? Dans ce cas, on reproduit un rapport de domination typique d’un marxisme prétendant révéler la vérité aux exploités et opprimés, rapport accentué par le statut de racisés de ces populations. Ou secteur spécifique de notre classe à unifier, luttant contre une oppression et pour une autonomie qui est une condition et une modalité de cette unification ?

Voilà bien LA question politique à se poser comme marxiste, la seule qui vaille en dernier ressort. Car une course de vitesse est en train d’être perdue. D’autres forces sont à l’œuvre dans les quartiers populaires : l’apathie et la dépolitisation avant tout, certains islamistes certes, mais aussi l’extrême-droite (même si elle progresse avant tout chez les blancs). Par exemple, en miroir complémentaire de tous les soutiens zélés d’Israël, Soral et Dieudonné attisent eux aussi l’antisémitisme en récupérant à leur profit l’amalgame entre antisionisme et antisémitisme. Là ou les premiers partent de l’antisémitisme à combattre pour l’assimiler à l’antisionisme qui faut (encore plus) combattre, Soral et Dieudonné (comme certains régimes du Moyen-Orient) partent de l’antisionisme et de l’anti-impérialisme spontané des quartiers populaires pour le faire glisser vers l’antisémitisme.

Pour saisir la conjoncture en général et les évolutions du racisme en particulier, et y apporter des réponses politiques et politisantes, la protestation générale et abstraite, impuissante, doit laisser place à l’analyse du caractère structurel et différencié – du caractère matériel du racisme. C’est pourquoi nous devons réaffirmer la place centrale de l’islamophobie dans la structure de la période, sauf à rater sa singularité et commettre une grave erreur stratégique dans l’analyse de ce qui est le ciment du choc des civilisations. Cela veut dire :
– reconnaître et dénoncer le statut et le traitement différenciés de l’islamophobie, en particulier face à l’antisémitisme. Oui, l’islamophobie est promue par l’Etat et ses appareils, alors que l’antisémitisme est combattu par l’Etat et ses appareils, bien que ce soit de manière perverse (islamophobe en l’occurrence).
– dénoncer ce combat pervers contre l’antisémitisme (qui ne fait que l’attiser dans les quartiers), refuser tout amalgame entre antisionisme et antisémitisme, dénoncer son instrumentalisation par les alliés d’Israël, analyser le conflit israëlo-palestinien comme étant de nature politique, et ainsi éviter toute réductionnisme religieux.