Admettre les différences sans différentialisme dogmatique. C Delarue

samedi 9 mai 2009
par  Amitié entre les peuples
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Admettre les différences sans différentialisme dogmatique.

Respecter les différences est une chose, les valoriser sans examen une autre que l’on nomme différentialisme. Toutes les différences ne sont pas également défendables. Certaines favorisent l’enrichissement humain à commencer par la différence des sexes mais toute différence n’enrichit pas. Certains sont oppressives voire dangereuses, d’autres, dans l’affirmation excessive, sont moins dangereuse mais source de conflictualité. Il faut savoir de quoi on parle.

Certaines différences, notamment religieuses, sont très défendues au plan international (cf Durban) alors que d’autres, comme l’homosexualité, sont stigmatisées car perçues comme dangereuses notamment par les religions. On ne s’étonnera donc pas que la dernière conférence de Durban ne dise rien sur l’homosexualité.

1) Le différentialisme.

Ce qu’on nomme le différentialisme, dit Jean-Yces Camus de l’IRIS (1) c’est le projet idéologique qui consiste à promouvoir une société dans laquelle l’unicité du genre humain, l’égalité juridique entre les individus et la citoyenneté disparaissent au profit de la valorisation de ce qui sépare, c’est-à-dire les aptitudes intellectuelles et physiques données comme innées, et aussi l’appartenance ethnique, raciale ou religieuse. Le différentialisme tel que définit ouvre sur la régression des droits humains. Ce n’est plus respecter ces mêmes droits.

En même temps on ne saurait se contenter d’une égalité formelle et d’un universalisme totalement abstrait conçu pour une minorité. D’ailleurs, à propos du texte cite (1) de JY Camus, il est difficile d’en rester là car à partir de son approche (que l’on peut estimer juste tant qu’une application concrète ne vient pas l’invalider) il critique tous azimut le mouvement altermondialiste . Des critiques de l’économie capitaliste aux indigènes de la République en passant par les défenseurs des partis islamistes radicaux, tout y passe des bonnes critiques aux plus douteuses au profit final d’une seule bonne solution, d’une « conversion de la gauche radicale alter ou anti-mondialiste au modèle de la République citoyenne et laïque ». Tendancieux ! Comme si ce rabattement sur une politique aussi modeste pouvait être de nature à aller vers un « autre monde possible » ! Le social-libéralisme organisateur de la soumission du peuple classe à sa bourgeoisie nationale serait l’avenir de l’altermondialisme ...

2) Refuser la dictature de l’identité et l’assignation aux différences.

La question des « différences » se pose aujourd’hui implicitement ou explicitement dans le cadre du « choc des civilisations ». La réponse n’est pas pour autant campiste en toute occasion. D’abord parce qu’il ne s’agit pas de l’Occident contre l’Orient ainsi que je le répète avec d’autres. Ce serait ignorer la collusion relative de beaucoup de classes dirigeantes au-delà de leur disputes publiques et ignorer aussi les liens internationaux entre les classes dominantes, celles qui disposent du pouvoir économique et qui font pression sur les politiques . Ce sont ces classes dominantes qui dénature la démocratie et qui dépossèdent les citoyens.

De même la solidarité est concevable entre les peuples-classes de tous les pays. Cette solidarité est empêchée par le nationalisme et la xénophobie mais pas par « l’embourgeoisement des couches moyennes » ainsi que Sophie Bessis a pu l’écrire (2). L’embourgeoisement relatif des couches moyennes se fonde certes sur des éléments factuels réels tel la consommation de masse . Mais cet aspect d’ailleurs très contrasté masque une évolution profonde marquée par un déclassement social des couches moyennes salariées et même un écart très important entre les plus riches et les couches moyennes aisées. A mon sens assimiler la famille aisée à la bourgeoisie relève du grossier mensonge médiatique Disposer d’un travail stable et bien rémunéré pour chacun des membres du couple vous permet d’acquérir un honnête pavillon en périphérie des villes, ce qui est évidemment mieux que de vivre avec le salaire médian ou moins encore mais ne saurait vous faire assimiler à des riches. Le terme d’embourgeoisement relève plus du stigmate lancé par le pauvre qui assimile son voisin aisé à un bourgeois que d’une catégorie scientifique pertinente.

La réponse n’est pas non plus absolument camp contre camp sur un autre terrain . Dans la mesure ou l’on se situe en solidarité avec les peuples du sud - ce qui est la position ici défendue - on ne saurait pour autant être acritique sur les conceptions patriarcales, machistes, anti-laiques qui sont dominantes voire hégémoniques dans ces pays.

Il faut cependant tout faire pour sortir de l’assimilation civilisation occidentale avec judéo-christianisme et de son équivalent déprécié Orient = Islam = inadapté à la modernité, à l’universalité. Et ce n’est pas ici le combat laïc qui doit être principalement mobilisé (surtout dans sa version fausse ie sélective) même s’il a sa place car la solidarité avec les peuples-classe du sud n’est pas acritique.

Il s’agit aussi de ne pas « sacraliser les différences pour les momifier, les sanctuariser » (2) surtout lorsque ces différences possèdent une forte dimension oppressive.

Christian Delarue

1) Altermondialisme et gauche radicale face au différentialisme

http://www.communautarisme.net/Altermondialisme-et-gauche-radicale-face-au-differentialisme_a868.html

2) Propos de Sophie Bessis in L’Occident et les autres, Histoire d’une suprématie


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