Le relativisme culturel face à l’emprise du religieux . C Delarue

dimanche 16 août 2009
par  Amitié entre les peuples
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Le relativisme culturel face à l’emprise du religieux montant.

Essai publié le 7 juillet et modifié le 15 aout 2009

En réponse à mon texte « En défense de l’islam d’émancipation » sur Le Grand Soir j’ai le commentaire suivant : « Qui sommes-nous pour juger de ce que doit être l’Islam ou de ce qu’il ne doit pas être ? Une telle attitude ne fait que renforcer l’intégrisme... L’Islam est complexe et il appartient aux musulmans de régler eux-mêmes cette question... »

Réponse : Oui l’islam est divers. Oui ils interprètent comme ils veulent leurs textes religieux. Mais attention certaines pratiques issues de certaines interprétations, celles les plus rigoristes ne sont pas forcément tolérables. Il y a donc place au débat, qui est celui du relativisme culturel.

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Pour le relativisme culturel, non seulement il conviendrait d’être neutre mais en plus ce serait dangereux de ne pas l’être. Cette double position de distanciation recoupe celle du relativisme culturel. Elle incite à la mise en suspend du jugement devant la diversité culturelle à laquelle on ajoute la religion . Cela conduit à une attitude de compréhension bienveillante . Disposition intellectuelle estimable. Jusqu’où faut-il aller ? Reste à savoir en effet si cette attitude doit empêcher la critique , la critique des dispositifs d’oppression et notamment la critique des pratiques sociales les plus contraire aux droits des femmes, celles plus ou moins issues de l’interprétation des textes sacrés. Car en général ce sont les pratiques qui sont visées et non les textes ou la bonne adéquation de la pratique par rapport aux texte sacré.

* Esprit de compréhension et esprit critique. Quelle articulation ?

Dans un monde laïcisé les textes sacrés n’ont d’usage que privé, ils ne s’imposent ni à l’Etat, ni à la société et aux citoyens. Ils n’ont pour eux rien de sacré. Ils peuvent donc être critiqués. Et ce d’autant plus qu’ils sont sacralisés, fétichisés . On voit alors que l’esprit critique complète alors l’esprit de compréhension.

Une bonne méthode consiste d’abord à diriger la critique vers soi, le soi collectif. A ce titre sont évoqués généralement les résidus du colonialisme. Mais cette disposition d’esprit qui théorise le postcolonialisme ne saurait faire absolument l’impasse sur la critique de la barbarie maintenue sinon montante au sud. Cette critique vers l’autre signale une position non strictement « campiste » qui veut que l’on soit intégralement du côté des dominés du sud (ou de l’Orient).

La montée du religieux sous toutes ses formes surtout les plus contraignantes et austères est la suite pratique de la perte d’influence et de crédibilité du socialisme réellement existant et ce bien avant la chute du mur de Berlin. La montée du religieux patriarcal s’étend aujourd’hui sur la planète. La montée du religieux est défendue par le droit, autant celui des Etats religieux que du droit international (cf Durban II). Elle est défendue par le dogmatisme religieux dans les communautés religieuses mais aussi, et c’est moins perçu, par une philosophie du relativisme culturel chez les agnostiques ou les croyants modérés. Ce relativisme culturel ne spécifie pas le religieux au sein du culturel et donc pour lui, toutes les pratiques socio-culturelles y compris religieuses se valent.

* Différentialisme, relativisme et communautarisme.

Le différentialisme (l’acceptation et la défense des différences) s’avance comme un corps de valeurs fortes issue du relativisme culturel (égalité absolue des cultures toutes bonnes à priori) pour peu qu’il ne dégénère pas en communautarisme (qui consiste à vouloir donner des règles spécifiques à une communauté) et en sexisme (1). Le différentialisme défend jusqu’à un certain point le pluralisme culturel . Exemple : pouvoir se baigner nu mais aussi pouvoir au contraire se baigner caché. Un différentialiste rigoureux défendra l’un et l’autre. Le « se baigner caché » s’il débouche sur une revendication d’horaires spécifiques dégénère en communautarisme puisque l’on offre des règles particulière à une communauté ethnico-religieuse. Dire que les nageurs à grandes palmes veulent des couloirs pour eux n’est pas du communautarisme (s’il s’agit d’un motif de sécurité : nage rapide, palmes dangereuses). Les nudistes se baignent « à part » car la loi l’oblige. Ils peuvent aussi vouloir former une communauté particulière au moment ou ils vivent nu.

Le différentialisme non communautariste suppose le pluralisme des cultures qui lui à son tour pose la question de la mixité des cultures (pour ne pas figer côte à côte les cultures différentes et des communautés ethnico-culturelles différentes). Or certaines cultures tiennent à la non mixité culturelle, et même la non mixité de genre. Ce séparatisme pose problème car il ne reste alors dans le réel que le repli communautaire voire l’enfermement communautariste. Les limites tolérables du différentialisme et du relativisme sont atteintes quand l’oppression et la violence la plus crue surgie au point de ne plus pouvoir être justifiée par la différence culturelle.

De ce fait, la pensée de l’émancipation des oppressions qui est volontiers différentialiste et relativiste par principe connait aussi des exceptions fortes, notamment pour dégager le faible de l’emprise du fort. Les exceptions doivent le rester et faire l’objet d’un débat démocratique pour être validées.

* La dynamique de décentrement culturel et identitaire.

Tout individu est conditionné par le mode de vie ambiant de la société dans laquelle il vit. Plus cette société est fermée et obscurantiste et plus ce conditionnement sera fort. Le mode de vie vécu sera pris comme étant à la fois le seul, le vrai et le bon. C’est l’ouverture des frontières au monde qui génère un mouvement interculturel et même pluriculturel.

Les commerçants et les peuples nomades amènent leur propre culture même s’ils sont en général astreints à certains changements pour s’assimiler dans la nouvelle société. Alors apparait l’idée que les croyances et les coutumes sont variables historiquement, d’une époque à une autre, comme géographiquement d’une contrée à une autre. Un décentrement culturel porteur de compréhension de l’autre différent est alors possible. Même l’histoire de son propre pays peut alors être revue de façon moins ethnocentrique. Une telle perspective peut alors venir renforcer par élargissement aux autres, aux étrangers l’idée d’une commune humanité. Souvenons-nous du propos de Claude Lévi Strauss : « la notion d’humanité, englobant, sans distinction de race ou de civilisation, toutes les formes de l’espèce humaine, est d’apparition fort tardive ». Cette humanité commune se construit malgré la montée d’un relatif multiculturalisme potentiellement conflictuel .

Le multiculturalisme issu des migrations n’est plus aussi vrai que jadis car la mondialisation marchande qui n’est pourtant pas un phénomène récent tend désormais à promouvoir un mode de vie standardisé et uniformisé. Cette mondialisation qui modernise le monde à sa façon tient sa force de sa présentation soignée et de la sophistication de ses produits, et donc de son pouvoir de séduction qui délégitime les traditions culturelles plus austère et plus sobre. Ces modes de vie sont peu à peu ringardisés et folklorisés et tendent à disparaître. Ou alors ils sont repris et modernisés.

* La modernité ambivalente domine la planète

Même lorsque le combat contre la marchandisation du monde est engagé cela ne va pas jusqu’à anéantir la modernité occidentale car cette dernière ne se réduit pas à la marchandisation du monde. Cette dernière participe du rapport de domination à la fois en interne (au nord) et externe (au sud) . Une fraction des peuples dominants porteur de la modernité dévalorise la tradition locale interne au nord comme les traditions externes du sud. Mais cette dévalorisation s’opère « à son corps défendant », par simple effet de modélisation publicitaire et non par endoctrinement imposé.

En effet les « modernes », fondamentalement acquis à l’individualisme, se veulent tolérants. Ils ne souhaitent nullement en général imposer leur mode de vie. En fait l’imposition du modèle de la modernité se fait malgré les individus qui la portent. Elle est structurelle et structurante. Elle s’opère comme « une seconde nature ». Dans un cadre historico-géographique donné qui tend à imposer la modernité l’individualisme tolérant qui le caractérise affirme par exemple que chacun mange ce qu’il veut comme il veut et s’habille comme il veut, de façon « traditionnelle » ou « moderne ». Ce qui opère de façon souterraine c’est la logique marchande, la « main invisible » du marché et derrière le poids des firmes transnationales.

Le principe politique de liberté individuelle et de tolérance qui fait aussi parti de la modernité, peut avoir des exceptions, notamment quand intervient la religion lorsqu’elle est perçu comme conquérante, comme exerçant une emprise sur les humains, notamment les jeunes. On le voit en France avec le rejet massif du voile islamique que l’on ne saurait prendre pour un rejet de tous les musulmans. Ne pas confondre intégriste et culturel explique Caroline Fourest (2)

*La morale laïque altermondialiste.

Elle est éthique d’émancipation tout en se gardant du paternalisme. Mais l’objection de paternalisme n’est pas une raison pour brider la critique. Cependant la libre critique peut aller de pair avec la tolérance des pratiques, du moins jusqu’à une certaine limite. Le tout fait l’objet de vifs débats, de très vifs débats. Pour certains il devrait y avoir un « équilibre des tolérances » dans certaines situations, notamment en matière de prolongement de la liberté de conscience par la liberté d’affichage de sa religion. Une visibilité discrète se tolère plus aisément qu’un affichage ostensible.

La critique de la religion dans ce qu’elle a de plus rigoriste et excessif fait l’objet d’une critique variable au sein de l’altermondialisme. Certains admettent une tolérance des pratiques qui sont refusées par d’autres comme faisant le jeu du sexisme ou d’affirmation excessive du religieux et à travers elle d’une emprise de la religion sur l’Etat (emprise par en-haut) ou dans la société (emprise par en-bas).

Christian Delarue

Les « différences culturelles » peuvent-elles excuser le sexisme ? Janine Booth

http://sisyphe.org/spip.php?article2748

VIDEO Ne pas confondre culturel et intégriste Caroline Fourest dans « C’est dans l’air » le 26 juin 2008

http://carolinefourest.canalblog.com/

La même Caroline FOUREST souligne à propos de Durban II
Les Etats liberticides ont profité de l’après-11-Septembre pour faire évoluer l’ONU vers une vision différentialiste des droits de l’homme.

http://vigilance-laique.over-blog.com/article-19325231.html
Emprise du religieux « par en-haut » et « par en-bas ». Quelle laïcité ?

http://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/emprise-du-religieux-par-en-haut-59880


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