Pluri-émancipation II : Classisme et impérialisme plus racisme, sexisme et intégrisme religieux

vendredi 9 mars 2018
par  Amitié entre les peuples
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Pluri-émancipation II : Classisme et impérialisme plus racisme, sexisme et intégrisme religieux

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En 2010, en même temps que Gus Massiah écrivait son livre « stratégie altermondialiste » je défendais, en tant que responsable national du MRAP , l’idée d’articuler une triple lutte d’une part contre le classisme (aspect économico-social mais aussi économico-politique et idéologie-médiatique ), et d’autre part, sur la face dite souvent « sociétale », contre le racisme et le sexisme. Nous avions là le triptyque de la domination.

S’y rajoutaient souvent d’autres champs de dominations ou d’oppressions : l’impérialisme et le néo-colonialisme, l’homophobie et la transphobie, les intégrismes religieux, la domination de la nature (productivisme) et pour certains le spécisme.

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Ne pas s’en tenir à des définitions trop réductionnistes, mais néanmoins ne pas les oublier.

On ne saurait s’en tenir à des définitions réductionnistes, de type mépris (dans ces trois champs, mais surtout dans le classisme), sans voir et comprendre que chacune fait à sa façon système, système de domination et ou d’oppression.

Reprenons les deux grands ordres qui rassemblent des problématiques et notons que le djihadisme et les intégrismes religieux permettent de les articuler de façon complexe.

I - CHAMP ÉCONOMICO-POLITIQUE ET SOCIAL

Ici il s’agit d’insérer le classisme entendu comme domination de classe ou comme politique de la classe dominante dans un cadre géopolitique mondial : cf Impérialisme, colonialisme, néocolonialisme C Delarue
http://amitie-entre-les-peuples.org/Imperialisme-colonialisme

- L’IMPERIALISME est de moins en moins défini à partir de Lénine comme « stade du capitalisme ». Ce n’est pas que Lénine n’ai plus rien à nous dire sur l’impérialisme, notamment avec son lien au capitalisme (à mon avis - ce point serait à développer ailleurs) que d’aucuns l’oublient, c’est que c’est une définition plus sobre mais aussi plus extensive qui a été adoptée massivement : domination d’un Etat et de sa classe dominante, en général du Nord, sur une autre société, une autre nation, au plan militaire mais aussi économique (présence des firmes - FMN ou STN), politique (présence de corps de contrôle) et enfin culturel.

- Le néo-colonialisme est lui une forme de colonialisme maintenu par divers moyens après les indépendances politiques ne débouchant pas sur une réelle souveraineté nationale et encore moins populaire.

- Les classes dominantes compradores au Sud  : Avec le néo-colonialisme est apparu le phénomène de « compradorisation ». Les pays dominés du Sud par les Etats et ou les FMN du Nord disposent en leur sein, à leur sommet des « bourgeoisies compradores » autrement dit des fractions de classe dominante à objet politico-économique tournée vers les marchés mondiaux, vers la captation de richesse, vers les classes dominantes du Nord et du monde avec lesquelles elles étaient en collusion de domination, y compris de domination forte de leur propre peuple.

-  Le CLASSISME relève d’une politique de classe de la bourgeoisie ou de l’oligarchie ou des classes dominantes regroupées sous le chiffe 1%. Le classisme n’est donc pas que le mépris de classe (et ses effets discriminants), de ceux tout en haut (dans le 1%), ou des cadres (dans le 10% d’en-haut), ou, hélas, de ceux d’en-bas juste plus haut que l’autre (alors souvent pris comme bouc-émissaire), ou même du bas vers le haut, mais là ce « classisme inversé » n’est alors plus du classisme au sens de ce concept lié à la domination de classe et dans la mesure ou par définition le classisme se rattache à un ciblage de ceux d’en-haut vers ceux d’en-bas, soit le peuple-classe globalement (peuple 99%), soit des fractions plus ciblées du peuple-classe .

- Au classisme se rattache spécifiquement des problématiques particulières comme le productivisme (produire n’importe quoi pour produire encore et vendre et faire un profit) ou le travaillisme (entendu ici comme exploitation de la force de travail publique ou privée et refus de partager le travail par RTT (SPS pour les 99%)

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Le djihadisme et les intégrismes religieux, notamment musulman mais pas seulement, sont à l’articulation des deux ordres de distinctions le I ci-dessus et le II ci-dessous sur les problématiques dites « sociétales » ou culturelles. Il se dessine une position géopolitique non campiste.

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II - CHAMP dit SOCIETAL ou CULTUREL

Sans abandonner une perspective géopolitique, on va noter que la question des intégrismes religieux s’est trouvé au coeur de trois combats : celui antiraciste, celui anti-sexiste (ou féministe) et celui laïque.

- Le racisme ne vise pas des idéologies (ex athéisme) ou des religions mais des individus, des individus qui deviennent racisés . Le racisé n’est tel que par l’action du racisme .Il n’est pas non plus que la haine et la stigmatisation des individus même si cette composante existe. Il tend à distinguer, inférioriser et exclure de façon globale. Il existe une « mécanique raciste ». Par rapport au classisme qui vient d’en-haut de nombreux observateurs évoque un racisme d’Etat ou du moins de certains appareils d’Etat plus fortement impliqués dans une répression ciblée. Et il peut y avoir plusieurs cibles : les Rroms, les Noirs, les Arabes, les Juifs, etc

Depuis quelques années on distingue l’antiracisme universaliste lui-même divisé en diverses orientations et groupes (le MRAP n’est pas la LICRA qui n’est pas SOS Racisme) et l’antiracisme politique. Le MRAP est tout à la fois le plus proche en pratique - manifestation contre le racisme avec des jeunes racisés et discriminés qui ne viennent pas au MRAP - et avec une défense maintenue de la perspective universaliste . La critique de l’antiracisme politique portent contre plusieurs points : le (néo) campisme, l’oubli des intégrismes religieux, la distinction blanc-non blancs (quid des juifs blancs victime d’antisémitisme), etc. Ce qui ne signifie pas que la position universaliste est aisée à défendre. Malgré ces contradictions, du fait des faiblesses de l’antiracisme universaliste , deux membres du MRAP - Augustin Grosdoy (co-président) et moi-même (ex membre du bureau exécutif ) avons participé, avec des représentants de l’antiracisme politique, au livre « Urgence antiraciste - Pour une démocratie inclusive » (1) sous la médiation de Martine Boudet (qui vient d’écrire un texte d’articulation (en 2).

- L’intégrisme religieux ou plutôt les intégrismes religieux des différentes grandes religions constituent un autre champ de domination ou d’oppression à bien appréhender de façon spécifique car il accroît la répression du fait de sa force de légitimation , dans la mesure ou c’est bien une interprétation de la religion qui sert à légitimer des faits de violence et de dominations qui autrement ne seraient pas aussi nettement ou aussi crûment assumé. Les intégrismes religieux militent pour un hyperpatriarcat. Ce sont des contre-mouvements très réactionnaires qui ne supportent pas les conquêtes féministes de la période du « patriarcat réduit » (patriarcat toujours là mais moins puissant que jadis du fait des droits conquis), celui dit de la « seconde modernité » (De Singly).

- Le djihadisme et la question du curseur. Le fait de vouloir réduire ou éliminer le phénomène djihadisme tant au sud qu’au nord a pour effet quasi-direct avec des effets nuisibles - mais « on ne fait pas d’omelette sans casser d’oeufs » disent les cyniques - de générer une politique d’intervention extérieure (ex au Mali) et une politique sécuritaire ici dans les quartiers populaires. Comme on assiste à de véritables « campagnes d’hidjabisation » des islamistes en Algérie (2018) et en Turquie (2017 et 2018) et ailleurs, sauf en Iran (mouvement inverse du foulard blanc levé), on voit des mouvements féministes pro-égalité hommes-femmes, sur une base de combats laïque et social dirent, haut et fort, « qu’il n’est pas question de baisser la garde face aux dangers que constituent les dérives intégristes de toute religion, dont l’islam » (Alice Picard p 101 auteure d’orientation P Tévanian, V Geisser, R Liogier- 1) . C’est que ces campagnes autoritaires accompagnent tout un discours ainsi que des pratiques dès plus réactionnaires. Les propos d’Erdogan largement diffusés sont très évocatrice d’un retour à l’ordre moral islamique de facture intégriste pour ne pas dire pro-charia. Les jeunes-filles et les femmes en font directement les frais. Mais au final, c’est toute la société qui recule, qui régresse.

Dans ce contexte la laïcité est bien un dispositif d’émancipation de l’Etat républicain universaliste et laïque qui défend la liberté de religion mais aussi et surtout la libre conscience, laquelle est menacée par les intégrismes religieux.

- Le sexisme n’est pas seulement le lot d’injures sexistes et de violences portées par les hommes contre les femmes, il est aussi un système de domination dit patriarcal qui pose les femmes comme naturellement inégales, inférieures, soumises.

- Au sexisme s’ajoutent l’homophobie et la transphobie. La proposition et la légalisation d’un mariage gay a provoqué en France un mouvement homophobe venu de la droite et des secteurs conservateurs des religions.

Je n’ai rien dit ici de l’anti-spécisme et du mouvement VEGAN qui est montant chez les jeunes.

Christian DELARUE


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