Les limites de la métaphore du bounty (chrismondial )

samedi 8 mars 2014
par  Amitié entre les peuples
popularité : 11%

LES LIMITES DE LA METAPHORE DU BOUNTY | 02 mars 2008

Les jeux dangereux de Pierre TEVANIAN (sur chrismondial 2008)

« A nos yeux, la pire forme du mal

consiste à juger un homme d’après sa couleur de peau »

Malcom X « Ultimes discours » Dagorno1993

Pierre TEVANIAN nous y invite dans son dernier ouvrage : parlons franchement de races . Le propos est osé . On comprend que l’auteur de « La République du mépris » n’ai pu poursuivre son militantisme au sein du MRAP association universaliste qui considère qu’il n’y a pas de races au sein du genre humain .

La ligne critique des « Indigènes de la République » ne manque pas d’intérêt puisqu’elle se propose de débusquer ce qu’il appel « le racisme métaphorique » partout y compris chez les antiracistes. On comprendra qu’il faille lire encore un auteur qui pousse si loin le combat antiracisme... Nous verrons que ce n’est pas sans danger : le racisme renversé. Que dit-il ? Quel est depuis plusieurs années la dynamique de son travail critique ? « Dans chacun de ces discours que je déconstruis (le discours pseudo-sécuritaire, pseudo-féministe, pseudo-laïque, pseudo-libertaire...), on prétend toujours parler d’autre chose que de race ou de groupes racisés : on prétend parler de la condition des femmes, de la laïcité, de « la question de la mémoire », de la « liberté d’expression »...(1)

La métaphore du bounty objet de ce texte s’inscrit dans ce dispositif critique . Le terme Bounty (et non boonty) - le fameux chocolat bicolore noir à l’extérieur et blanc à l’intérieur a fait notamment l’objet d’un usage métaphorique pour critiquer les positions de Malek Boutih au sein du PS il y a quelques années. Des critiques largement pertinentes sur lesquelles je ne reviens pas car le différent est ailleurs .

En fait l’expression s’est étendue à la critique des « intégrés » par les « indigènes de la République » dont le slogan du site est « va te faire intégrer ». Or c’est une chose de critiquer l’intégration c’en est une autre de stigmatiser les non-blancs « intégrés ». Car la formule souligne « une trahison » des individus de couleurs qui se comportent comme des blancs » (au-delà de leur positionnement strictement politique).

I - Ecartons l’interprétation première : le « racisme renversé » est toujours un racisme !

La métaphore du bounty prête aisément à croire que « tout ce qui est noir est bon et que tout ce qui est blanc est mauvais ». On est là dans une interprétation similaire à celle d’une certaine gauche qui dit que tout ce qui vient du peuple ou du salariat ou des ouvriers est bon et tout ce qui vient des dirigeants est mauvais (ouvriérisme culturel) ou à celle, plus actuelle aujourd’hui, qui renverse la valorisation en disant que tout ce qui est issu de l’élite et bon et ce qui vient du peuple est mauvais (corrélé avec l’apparition du terme de populisme).

- Cette première interprétation donne lieu à deux travers :

- La valorisation du « blanc » et la promotion de l’effort nécessaire du non-blanc !".

Un article de Pierre TEVANIAN critique cette sollicitation de l’effort de la part de NPNS (2). Or, le « vivre tous ensemble » et égaux selon la formule du MRAP implique un effort de tous mais n’implique pas de promouvoir un assimilationisme de compensation un assimilationisme suradapté et vouloir (comme je l’ai lu en commentaire) « que les enfants d’immigrés se comportent davantage en bons petits Français que les Français de souche » en somme pour rester dans la métaphore qu’ils soient plus blanc que le blanc !

- La valorisation du non-blanc et la critique du bounty !

Il s’agit alors à l’opposé du travers précédent d’un parti-pris systématique en faveur du non-blanc : « black is beautiful » (avec une possible logique communautariste différente du séparatisme des « black power » aux USA) . Ce fut en France, un temps la critique de la « beurette émancipée » (cf débat MRAP –NPNS sur chrismondial) reconduit plus tard en provenances de voilées sous le stigmate « les jeunes filles émancipées sont des putes ». Rien moins ! Une telle interprétation s’éloigne d’un positionnement universaliste et tend au mieux vers le communautarisme quand ce n’est pas, au pire, l’affrontement des « races » mais dans une situation très différente des USA du temps des « black power » (3).

- En sortir suppose une critique de l’intégration mais aussi une conception de l’émancipation.

L’intégration - telle que la pensait Durkheim - concerne l’ensemble de la société et non pas l’effort des seuls immigrés. La cohésion sociale ne devrait pas se concevoir comme une politique de répression sociale et policière mais comme une politique de répartition des richesses, de développement harmonieux du territoire, de luttes contre les discriminations racistes, le tout dans le cadre d’une société laïque. Prendre en charge la question sociale, celle de la laïcité , celle du droit des femmes et la question des discriminations racistes nous parait la voie la plus pertinente. A ce titre l’émancipation des non-blancs participe de l’émancipation sociale de tous et toutes à l’encontre de toutes les oppressions, dominations, exploitations, lesquelles ne sont pas le fait unique des blancs.

II - Contestons vigoureusement l’autre interprétation qui voit « les blancs tous malades de racisme »

L’autre interprétation de « bounty » relève plus de la sociologie de la domination que de la valeur identitaire posée à priori . « La remarque vaut aussi bien pour des hommes, des hétéros et des bourgeois » écrit P. TEVANIAN qui précise qu’il « ne s’agit pas de détester sa couleur ou de détester les siens, mais de détester son privilège, et le système social qui le fonde ». D’accord .

Si le rapprochement avec le peuple par rapport à l’élite a une certaine pertinence c’est surtout pour montrer qu’un parti-pris est sans doute possible mais en se gardant de caricaturer, d’essentialiser . Il s’agit prudemment de ne pas oublier qu’en général les noirs comme le peuple ou le salariat sont en position dominée en France et dans les pays du nord. Mais tous les non-blancs ne sont pas racisés et en position d’opprimés. Ils subissent bien souvent la discrimination raciste mais pas toujours. Reste, il est vrai, que les non-blancs qui ne subissent pas le racisme peuvent à tout instant le subir ! Nous sommes dans des sociétés ou le racisme n’est jamais réservé aux non-blancs d’en-bas ou aux non-blancs trop différents, non intégrés . Certes, le racisme ne demande qu’à s’étendre. Et les élites y poussent. Dont acte à ce stade. Avec néanmoins un risque de tendance à la victimisation non-blanc conforté par la stigmatisation du bounty intégré et l’insulte de celui qui y tend : « va te faire intégrer !. »

Ici il importe de remarquer que Pierre TEVANIAN va nettement plus loin. Il écrit : « Les Blancs sont malades d’une maladie qui s’appelle le racisme et qui les affecte tous, sur des modes différents, même quand ils ne sont pas à proprement parler des racistes » D’ou chez Pierre TEVANIAN l’expression de « racisme vertueux » pour les blancs qui sont « racistes anti-racistes ». Ce n’est même plus une idéologie du soupçon mais bien du racisme, une accusation raciste du blanc intrinsèquement raciste . C’est ce qu’a bien relevé avant moi Gérard KERFORN et la fédération des Landes du MRAP . Autant on peut admettre que « ce racisme consiste en une oppression systémique » autant on ne peut généraliser sur le blanc nécessairement raciste. Ici P TEVANIAN fait ce qu’il critique par ailleurs chez Redeker notamment : il essentialise un racisme blanc, qui est donc le mal-être blanc.

Mais le parallèle avec le salariat par rapport au patronat s’arrête là car pousser l’extrapolation plus loin tend à favoriser l’ethnicisation des problèmes sociaux et corrélativement à effacer la problématique issue de la dynamique des rapports sociaux contradictoires de classe entre les travailleurs salariés et le capital (ou plus largement entre le peuple et les dirigeants ou les élites). C’est une position qui tend aussi à transformer les discriminations racistes en discriminations raciales et à promouvoir la discrimination raciale positive comme aux USA. Cette racialisation est inadmissible et insupportable pour ceux qui fondent leur action sur l’universalisme qu’ils soient blancs ou non-blancs.

Christian DELARUE
Secrétaire national. du MRAP
Membre du CA d’ ATTAC France

1 Propos recueillis par Fatiha Kaoues du site Oumma.com.
http://www.geostrategie.com/113/un-racisme-metaphorique-entretien-avec-pierre-tevanian

2 Ce qu’on a pu voir, par exemple, le 4 mars 2004 à Fontenay-sous-Bois, était édifiant sur Bellaciao le mercredi 20 juin 2007 (22h21) :
Ni putes ni soumises, ou la parole confisquée , Fadela Amara, de Badinter à Sarkozy...

3 Sur le black power

http://www.jcr-red.1901.org/IMG/pdf/brochure_bp.pdf

4 Le mal-être blanc

http://libertesinternets.wordpress.com/2008/02/01/etre-blanc-en-france-aujourdhui/

Source chrismondial 2008 :

http://www.blogg.org/blog-44839-date-02-03-02-billet-768746.html