Construire la démocratie populiste de gauche - C Delarue

jeudi 24 novembre 2016
par  Amitié entre les peuples
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Construire la démocratie populiste de gauche

A titre d’essai théorique, intégrons sous ce titre l’apport de la théoricienne Chantal MOUFFE sur le populisme de gauche opposé au populisme de droite extrême. Nous n’avons pas nécessairement l’intention de conserver cette formule à l’avenir. Nous soumettons simplement cette formulation théorique au débat.

https://blogs.mediapart.fr/christian-delarue/blog/241116/construire-la-democratie-populiste-de-gauche

Jusqu’à présent c’était l’alterdémocratie comme projet lié à l’alternative extrasystémique (et non l’alternance intrasystèmique) qui était développée dans ATTAC (commission démocratie - Christian DELARUE) et non la « démocratie populiste de gauche » (comme ici à titre d’essai), et ce bien que référence soit faite au peuple-classe comme base à mobiliser et au renforcement des acteurs de mobilisation comme moyen d’y parvenir (les syndicats de travailleurs, les partis politiques de gauche, le mouvement social de transformation - altermondialisme ou autre).

C’est le mode de mobilisation qui fait la différence entre populisme de gauche (vraiment à gauche) et populisme de droite-extrême (ou d’extrême centre - 1) et ce mode de mobilisation populaire est lui-même très lié à la façon de « construire le peuple » pour le dire comme Chantal MOUFFE.

Chantal MOUFFE théorise utilement certains aspects qui ne figurent pas de façon aussi nette dans la théorisation du peuple-classe. Une théorisation - il faut le rappeler - qui s’oppose à l’oligarchie d’une part (un eux-nous donc) mais aussi contre d’autres types de peuple à frontières différentes (les peuples construits par le populisme de droite extrême). Lire cette théorisation en note 2 (sur Mouvements 2012 - Christian DELARUE).

Concernant Chantal MOUFFE voire la vidéo "Faut-il construire un populisme de gauche ? » ou elle explique ses bases théoriques .
https://www.youtube.com/watch?v=rl36XZ5LTJk

I - Contre un faux « Nous » (hypocrite) et un faux « eux-nous » (mortifère), un autre eux-nous populiste de gauche.

Elle précise notamment le terme populisme en se référant à Laclau (et moi aussi, comme elle) et affirme qu’il s’agit d’une logique de construction de la frontière politique. Ce n’est ni une idéologie ni un régime. C’est important d’avoir ce premier point en tête. Y adjoindre un projet politique comme vecteur de construction est-ce alors incompatible avec cette construction ? Si oui il faut alors abandonner le terme « démocratie populiste de gauche » pour revenir à alterdémocratie. Tout comme « démocratie populaire » n’était pas exactement jadis l’identique de « démocratie socialiste » (pour ressortir un vieux débat entre marxistes du XX ème siècle !).

La seconde chose importante tient en la présupposition théorique de ce populisme d’émancipation (ou de gauche) : la société est fondamentalement divisée par un conflit (et non pas dans une harmonie naturelle ) . La société déploie donc son activité dans la conflictualité antagonistique qui fournit un eux et un nous. Mais la conflictualité économico-sociale, celle entre peuple-classe et oligarchie (cf firmes multinationales, finance prédatrice, bancocratie) ou celle entre travailleurs et patrons (lutte de classe théorisée par un marxisme plus classique) n’est pas celle du populisme du FN entre nationaux et immigrés ou entre France sécularisée de subculture catholique et résidants de culture musulmane sur le territoire national. C’est que le populisme d’extrême-droite mobilise surtout sur la base d’un clivage ethnico-national ou ethnico-culturel quand « la gauche » (pas le PS ) mobilise elle sur la base d’un clivage social et économique, ceux d’en-bas contre ceux d’en-haut et sur la base d’un projet d’émancipation (ajout qui ne vient pas de C Mouffe).

Cela signifie de donner, par divers mécanismes (élection, tirage au sort, mobilisation sociale des syndicats de travailleurs), plus de pouvoir au peuple entendu comme peuple-classe (et non comme peuple ethnique ou ethnico-national) donc moins de pouvoir à l’oligarchie et à la classe dominante. Pour diminuer la force du néolibéralisme et aussi la force du national-populisme il importe de mobiliser le peuple-classe sur d’autres valeurs d’émancipation .

II - Quid du projet, de la perspective d’alternative à montrer ?

La référence au projet fait quitter la théorisation de Chantal MOUFFE pour emprunter ici à Roger MARTELLI (qui se distingue de Chantal MOUFFE sur cet aspect et d’autres). On pourrait aussi prendre référence à Philippe CORCUFF sur les émancipations plurielles.

Roger MARTELLI met l’accent sur le projet communiste ou socialiste qui est non seulement un « liant » entre les couches sociales du peuple (du peuple-classe aussi) mais aussi un « projet » de rupture (ruptures diverses) avec l’ordre dominant. « Partir du « nous » (du peuple-classe) opposé au eux mais sans y rester (dit-il en se référant à Jaurès) ». Question critique : N’y a-t-il pas un Jaurès qui emmenait (trop) vite la classe ouvrière vers un projet flou, notamment une République trop peu sociale, loin du socialisme ou du communisme ? Il semble qu’il faille conserver la distinction eux-nous (peuple-classe contre oligarchie) mais en la fécondant d’un projet qui la tire à gauche et qui pourrait être l’alterdémocratie, soit une démocratie très différente de celle « réellement existante » qui permet le maintien du capitalisme financier global.

Dans l’alterdémocratie les acteurs de mobilisation l’économie non marchande (services publics, sécurité sociale) ont notamment plus de place pour construire une République d’émancipation populaire. La République cesse d’être instrumentalisée par les relais des firmes multinationales et les acteurs de la finance privée, la bancocratie privée pour empêcher la socialisation des banques privée. Qui dit alterdémocratie dit tôt ou tard débat public large, bien au-delà des sphères militantes, sur nationalisation, appropriation publique, appropriation sociale, socialisation des banques et de certaines grandes entreprises privées (eau, transport, énergie, etc). Cela suppose que ces acteurs fassent autre chose que de constamment résister aux attaques de l’oligarchie dans les lieux de production. Cela suppose la possibilité de mettre en oeuvre la double besogne de la Charte d’Amiens notamment. Ce qui n’est pas si facile.

Avec C MOUFFE, partons du peuple-classe, montrons l’activité néfaste de l’oligarchie et le poids nuisible des firmes multinationales qui s’attaquent violemment, via les politiques de marchandisation ou d’austérité, aux couches sociales modestes (avec l’appui de l’Etat policier - connivence ici) mais aussi avec d’autres théoriciens montrons un projet d’une émancipation plurielle (pas que socio-économique mais aussi antisexiste, antiraciste, anti-intégrisme religieux).

Christian DELARUE

1) Pierre MANENT a parlé (dans l’ouvrage collectif « Le peuple existe-t-il ? ») de « fanatisme du centre » car il y a aussi un « populisme d’extrême-centre » qui se pose comme élite néolibérale méprisant les acteurs de la mobilisation populaire (les « corps intermédiaires ») de transformation sociale et sociétale (les autres émancipations). Et l’on pourrait aussi mobiliser, après l’usage du 49-3 de la loi travail 2016 et les primaires à droite 2016, la catégorie de « néolibéralisme autoritaire du centre » agissant au service des firmes multinationales et de la finance et des grands créanciers (tout en « draguant » le petit patronat à des fins manipulatoires pour élargir sa base sociale et sa légitimité) notamment avec la volonté d’imposer un surtravail (passage de 35 hebdo à 39 H au lieu d’une nouvelle RTT vers les 30 H hebdo et passage de 62 à 65 ans comme seuil de la retraite)

lire Emmanuel Macron ou le populisme d’extrême-centre
http://www.latribune.fr/economie/presidentielle-2017/emmanuel-macron-ou-le-populisme-d-extreme-centre-617015.html

2) Classe dominante et oligarchie contre peuple souverain et peuple-classe.

http://mouvements.info/classe-dominante-et-oligarchie-contre-peuple-souverain-et-peuple-classe/


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