Le sujet altermondialiste. C. Delarue

dimanche 21 juin 2015
par  Amitié entre les peuples
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Le sujet altermondialiste : construire un vaste mouvement.

Ce texte fait l’impasse sur l’histoire, déjà écrite, de l’altermondialisation, du mouvement altermondialiste. Il s’agit simplement de prendre acte ici qu’altermondialisme ce n’est pas l’antimondialisation unilatérale bien qu’il peut y avoir cet aspect, notamment en termes de relocalisations d’activités, de nationalisations, etc.

Ce texte se concentre sur une question théorique, celle du « sujet altermondialiste ». Il y a plusieurs façons d’aborder ce thème et nous-même l’avons fait sous des angles différents :
- Sujet alter : De la multitude au peuple-classe.
http://amitie-entre-les-peuples.org/Sujet-alter-De-la-multitude-au
- Le peuple-classe comme cadre d’alliance pour l’alternative !
http://amitie-entre-les-peuples.org/LE-PEUPLE-CLASSE-COMME-CADRE-D

Quel est le « sujet » collectif porteur des luttes dites altermondialistes, des luttes ayant la perspective d’un autre monde possible (et nécessaire) au plan économique, politique, social, écologique, sociétalet culturel (féminisme, antiracisme, anti-intégrisme, etc.) ?

Un sujet individuel ou collectif est un acteur luttant contre une ou plusieurs dominations. C’est un vaste mouvement portant plusieurs changements avec fatalement des contradictions internes. Se poser la question du sujet c’est alors évoquer celle du groupe pris dans des rapports objectifs mais luttant pour en sortir. Il y a donc une dimension « émancipation ». Mais le contenu de l’émancipation est constamment soumis au débat, non pas pour l’annuler mais pour montrer sa pluralité. Il est aussi « problématisé » car le débat sur les fins ou les perspectives, pose aussi celui des moyens, des actions. A l’alternative globale, qui reste toujours à penser, comme obligation mais sans certitude dogmatique (l’écosocialisme est une perspective non dogmatique par exemple), on trouve les alternatives concrètes et pratiques locales, des « praxis », qui sont autant de chemins qui convergent (ou non : la convergence étant problématique) vers le changement, vers la sortie du capitalisme dominant, vers la sortie du productivisme, la fin des oppressions sexistes, racistes, intégristes religieuses aussi.

Globalement, on évoquera le peuple-classe multicolore contre un en-haut nommé caste, ou oligarchie, ou classe dominante, ou même plus massivement « 1% » en fonction des références théoriques, selon les paradigmes. Car il s’agit de montrer un « en-haut » et de le désigner comme dominant ou prédateur au plan économico-social et environnemental . On ne peut éviter de le faire même si le dominant et le prédateur n’est pas que en-haut . Si la domination est aussi en-bas alors le sujet d’en-bas sera fatalement porteur de contradictions, de projets différents. Peux-t-on conserver alors le terme de sujet ? Ne faut-il pas parler de cadre d’alliance ?

Parler de peuple-classe multicolore ce n’est donc pas nier la diversité des mouvements souvent de petits formats n’ayant guère de chance de gagner du fait de leur aspect de « micro-sujet » social ou sociétal, c’est au contraire les rassembler dans une vaste composante admettant la diversité. Il s’agit cependant d’un « collectif pluriel » qui refuse les entités englobantes porteuses de Majuscules sacralisantes, fétichisantes, le 100% de la Nation ou le 100% de l’Europe, le 100% de l’Entreprise, bref qui refuse de « mélanger le loup et l’agneau ».

I - De l’acteur (1) individuel à l’acteur collectif, susceptible de porter le projet altermondialiste ?

L’altermondialisme se propose de changer le monde, d’aller vers un autre monde. D’emblée deux grande questions se posent : celle du trajet vers le but avec ses jalons et celle du sujet qui porte le projet.

Evoquer le sujet altermondialiste dans sa dimension individuelle et collective c’est intéresser aux acteurs de l’émancipation humaine. Il ne s’agit pas ici de caractériser le seul « mouvemement des mouvements » ou la « mouvance alter » mais de repérer les différents acteurs sociaux agissant pour l’émancipation humaine ou la transformation sociale.

Si l’individu-citoyen est une avancée par rapport à l’individu ethnique (2) ou l’individu-masse il n’en demeure pas moins que reste masqué le fait que le « un homme = une voix » cache rapports sociaux (dans et hors la production) et rapports de genre et rapports d’exclusion raciste. Et n’oublions pas les résidents étrangers extracommunautaires qui n’ont pas le droit de vote !

II - Altercitoyen.

ATTAC dès sa naissance a remis à l’ordre du jour une conception offensive du citoyen contre les pouvoirs dominants. On peut y voir une façon de sortir du « logiciel collectiviste » ainsi que le dit son auteur Philippe Corcuff. Poser un sujet citoyen c’est déjà peu ou prou choisir entre ethnos et demos au profit de ce dernier mais ce n’est pas tout. Evoquer une conception offensive du citoyen laisse entendre qu’il ne s(agit pas seulement de s’adresse à un individu démocratique qui participe à la votation dite citoyenne et qui retourne ensuite à sa vie quotidienne composé de travail intensif et de surconsommation.

Cette conception aujourd’hui dominante est celle de la démocratie libérale . Elle fait une large part au marché et à l’individualité passive. Cette démocratie libérale tend à produire une individu-masse à savoir un individu atomisé, replié-sur lui-même, peu relié au monde, et susceptible de laisser prise aux discours de peur de type sécuritariste ou ethnique. A l’inverse l’individu alter se comprend comme relié, avec de multiples appartenances sociales. Il participe volontiers à des groupes organisés que ce soit le syndicat, un parti, ou une association. Son mode de socialisation est avancé. Son intégration sociale est plurielle. C’est avec la question des appartenances que se pose le sujet collectif. On retrouve ici la distinction de la classe en soi et la classe pour soi.

III - Quels déterminants d’un sujet collectif ?

La société à dominante capitaliste est clivée par des rapports sociaux dont le principal est celui capital-travail. Il est accepté aujourd’hui que la classe ouvrière n’est plus réduite aux seuls ouvriers de l’industrie. Les ouvriers n’ont pas disparus en devenant une simple catégorie sociale au sein du salariat opposé au capital. La question du sommet du salariat pose problème dans la mesure ou certains sont les faisant fonction du capital. Ils sont aussi bénéficiaires de revenus « salariaux » très importants qui choquent les prolétaires au sens de ceux qui ont des fins de mois difficiles.

La question des revenus a pris de l’importance avec la montée des politiques d’austérité. Une approche stratificationniste est venue compléter l’approche en terme de rapports sociaux. Avec la marchandisation montante et le recul de l’Etat social le marché est vu comme un rapport social d’accès difficile voire d’exclusion des individus non solvables. La notion de prolétaire s’est dédoublée : tantôt on évoque du côté de la production l’individu qui est contraint de vendre sa force de travail à un patron pour vivre (patron privé ou patron-Etat) ; tantôt on évoque du côté de la consommation l’individu qui voit l’épuisement de son salaire ou revenu en fin de mois. Ici le prolétaire face au marché peut être un salarié (option de complément au prolétaire face au patron) ou un indépendant (option purement stratificationniste).

Le sujet collectif réellement agissant dans la rue et pas seulement dans les urnes dépend aussi de son cadre quotidien. Cet aspect n’est pas explicité ici. On remarque que l’institution d’une protection contre la mise au chômage ou contre la dégradation des conditions de travail ainsi que la présence syndicale forte détermine un niveau plus élevé de participation aux manifestations. De ce fait les fonctionnaires sont souvent plus présents dans les manifestations que les travailleurs du privé. Il faut aussi ajouter qu’en France la jeunesse - qui ne forme pas une classe sociale - est très souvent mobilisée contre les réformes réactionnaires.

IV - Quel sujet collectif ?

On le voit dans la sphère altermondialiste, on évoquera, outre masse (rare) ou multitude (humanité-classe), tantôt les travailleurs salariés notamment chez les syndicalistes, tantôt le peuple-classe chez ceux qui considèrent que la classe dominante constitue le clivage fondamental. Ce « classisme » ne signifie pas nécessairement oubli des autres rapports de domination et d’oppression. Un altermondialiste a le souci de l’émancipation humaine ne saurait laisser agir des dominations en les caractérisant de secondaire.

Le rapport à l’Etat met en scène un autre acteur social collectif : la société civile. Ici il faut voir qu’elle est elle-même clivée en rapports sociaux capital-travail, ville-campagne, propriétaire-locataire,etc... Du coup si l’on évoque les organisations de la société civile comme vecteur de socialisation il importe de repérer les contenus programmatiques des dites associations nationales ou internationales agissantes pour le projet altermondialiste.

Christian DELARUE

1) sujet est ici compris au sens d’acteur.
voir cependant : Sujet et assujettissement : « Un sujet est toujours produit dans et par la subordination à un ordre, des règles, des normes, des lois... C’est vrai pour tous les sujets. Etre sujet et être subordonné à un système de contrainte sont une seule et même chose. Mais ce l’est encore plus pour les sujets auxquels une place intériorisé est assignée par l’ordre social et sexuel (...) »

Didier Eribon dans Réflexion sur la question gay. Fayard 1999.

2) Quand le peuple « demos » supplante difficilement le peuple « ethnos ». C Delarue

http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article919


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