Non, le populisme de gauche de JLM n’est pas une maladie honteuse . D Collin

samedi 12 août 2017
par  Amitié entre les peuples
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Non, le populisme de gauche de JL Mélenchon n’est pas une maladie honteuse .

Je publie sur amitie-entre-les-peuples.org ce texte « Le populisme est-il une maladie honteuse ? » de Denis Collin. On comprendra avec cette introduction que j’ai quelques désaccords, non pas sur les « rescapés du trotskysme  » - car j’ai voté JLM pour ne pas rater ce qui a été largement perçu comme une parole populaire critique de l’ordre dominant et ce bien que je sois altermondialiste (mais plus sur une base Marx-Gramsci que sociologue libertaire façon P Corcuff), mais plutôt sur une définition exclusivement communautaire du peuple car le peuple démocratico-citoyen est aussi communautaire que le peuple-nation et le peuple ethnique. Mais je n’ai rien contre le cadre national de l’exercice de la lutte de classe comme de la constitution de services publics ou d’autres institutions pouvant servir un intérêt général non calé sur celui de l’oligarchie et des 1% d’en-haut .

J’ai critiqué ailleurs ce format peuple-totalité (I Temba) - pour ne pas dire le peuple tout entier - qui m’apparait encore plus un «  leurre  » que les 99% critiqué par Serge Halimi (Monde Diplomatique d’aout 2017) ! Je fustige le sac communautaire englobant du peuple-nation ou dominants et dominés y sont amalgamés ; tout comme d’ailleurs le sac communautaire religieux qui place lui côte à côte le progressiste et les intégristes (sans parler des guerriers de Dieu) . Il s’agit bien là d’une démarche critique (qui va derrière l’apparence des choses) de ces peuples à format communautaire car ils sont trop souvent instrumentalisés par le « bloc élitaire » de droite et du centre de chaque nation autour de la bourgeoisie et de sa garde rapprochée le 1% d’en-haut .

On pourrait aussi évoquer aussi les « rescapés du stalinisme » que sont le PRCF et leur national-populisme mais je laisse à d’autres le soin de cette critique. En tout cas, ce n’est pas pire que le « communisme d’accompagnement du capitalisme dominant  » façon Braouezec. On comprendra que pour moi la bonne voie soit ailleurs. C’est à débattre avec respect.

Christian DELARUE

Le populisme est-il une maladie honteuse ? D Collin

L’accusation de « populisme » est devenue un figure obligatoire des « analyses » journalistiques et du « débat » politique. Je mets des guillemets à « analyses » et à « débats » car ces nobles mots ne semblent guère convenir pour caractériser la bouillie idéologique diffusée par la caste. Donc Trump est populiste, comme Kazincsky et Mélenchon, Le Pen et Iglesias, Grillo et Orban, et ainsi de suite. Une terme de si vaste emploi est suspect. Chose curieuse, non seulement les porte-voix stipendiés des classes dominantes n’ont eu de cesse de renvoyer dos-à-dos les « populismes » de droite et de gauche, mais l’extrême-gauche elle-même s’est emparée de la question.

Pour Marlière et autres idéologues du multi-culturalisme gauchiste, Mélenchon et la France Insoumise ne sont que d’horribles populistes (nationalistes). Ayant été qualifié par Philippe Marlière, docte professeur de politique à Londres, de « national marxiste réactionnaire », je ne m’étonne pas des noms d’oiseaux dont ces gens affublent la France Insoumise. Mais on retrouve aussi cet anti-populisme et cet anti-mélenchonisme hystérique chez quelques rescapés du trotskysme dont les prétentions théoriques vaniteuses n’égalent que l’impuissance rageuse face aux événements qui déjouent malicieusement toutes leurs prédictions.

Je voudrais ici montrer simplement que le populisme n’est pas une maladie honteuse, mais une attitude politique louable. Dans populisme, il y a évidemment peuple qui se dit en grec « demos » - il y a un autre mot grec pour désigner le peuple, c’est « laos » qui désigne le peuple en tant que masse désorganisée. Quand le « laos » est rassemblé dans « l’ecclesia » il devient précisément « demos ». Ou comme le dirait Rousseau, l’institution politique est justement ce moment où le peuple se fait peuple ! « We, the people… », tel est le célèbre commencement de la constitution américaine, une constitution dont la devise est « E pluribus unum », de la pluralité, de la multitude, faire un. On peut tourner le problème dans tous les sens. La démocratie (dont tous se réclament, tous prêts à crier plus fort les uns que les autres), c’est la question du peuple. Et donc dire « vive la démocratie » et « à bas le populisme », c’est un peu louche.

Le terme de démocratie peut s’entendre en trois manières : primo, comme le pouvoir du peuple tout entier, de l’assemblée des citoyens, ou du « corps politique » ; secundo, comme le pouvoir de la partie la plus basse du peuple, la plèbe romaine contre les optimates ; et tertio, comme le respect des droits individuels. Normalement, ces trois définitions devraient se compléter, mais dans les faits ce n’est pas souvent le cas. À Rome, la république avait fini par prendre en compte la nécessité que la partie inférieure du peuple puisse se faire entendre en instituant le tribun de la plèbe, personnage sacré qui jouera un rôle central dans les luttes de classes dans la Rome antique. De nos jours, c’est aussi ce deuxième moment qui semble problématique. Que la partie inférieure socialement puisse se faire entendre et faire prévaloir ses intérêts, ce fut toujours la hantise de ces démocrates pour qui la démocratie devait se résumer à la démocratie de la « race des seigneurs », les citoyens étant soigneusement divisés entre citoyens actifs et citoyens passifs. Précisément, le populisme est apparu comme le courant qui réclamait que soit entendu le peuple, le « bas peuple », celui à qui les belles gens veulent interdire la parole, parce qu’il n’est pas instruit, se laisse guider par ses passions – pour ces belles gens la passion de l’argent et de la domination n’est pas une passion, cela va de soi… Aux États-Unis, le populisme, incarné un temps par le « parti des fermiers » a été cette protestation contre la confiscation de l’espérance démocratique par les aristocrates. Il faut lire et relire Christopher Lasch qui, sur ce sujet, a produit les mises au point indispensables (voir mon article sur le livre Le seul et vrai paradis). L’apparition du populisme en Europe correspond exactement à cette même révolte contre la confiscation de la démocratie par la caste médiatique, financière et eurocratique.

Si le populisme est indissolublement lié à la démocratie, il l’est donc tout naturellement à la république. C’est Machiavel qui part du constat que dans toute république, il y a deux classes : les grands qui veulent gouverner et cherchent à dominer le peuple, et le peuple qui ne veut pas gouverner mais veut ne pas être dominé. Et donc toute république digne de ce nom est conflictuelle. Machiavel fait l’éloge des républiques tumultuaires où les révoltes populaires furent immanquablement favorables à la liberté. J’ai eu l’occasion d’exposer tout cela en détail dans mon livre sur Machiavel (Lire et comprendre Machiavel, Armand Colin, 2e édition, 2008). Je ne vais pas développer plus ici. Mais cet auteur est véritablement un des pères fondateurs de la pensée politique moderne et on ne comprend guère Spinoza (qui parle du « très pénétrant florentin ») ni Rousseau en oubliant qu’ils sont des bons lecteurs de ce penseur éminent. En tout cas, le populisme, tel qu’il est théorisé de nos jours par des gens comme Laclau ou Chantal Mouffe, part de Machiavel.

Donc, le populisme a de belles lettres de noblesse à faire valoir et l’on comprend mal que tant de professeurs de politique si fiers d’eux puissent en faire une caractérisation injurieuse. On ne demande bien où ils ont décroché leurs diplômes de « science politique ». Est-ce cela qu’on apprend à Sciences-Po (que d’aucuns surnomment « Sciences-pipeau ») ?

Si on comprend ce qu’est le populisme, on se gardera donc de le confondre avec l’ochlocratie, le pouvoir de la foule qui suit uniquement ses passions excitées par les démagogues. La populace – le popolaccio dont parlait Machiavel – ce n’est pas le peuple. On voit ainsi très clairement ce qui distingue le populisme de Mélenchon ou d’Iglesias de la démagogie des partis « identitaires » xénophobes, même si ces derniers essaient d’exploiter à leur profit les réactions populistes et y parviennent, au moins partiellement, quand le peuple se sent abandonné et méprisé par les grands.

Je reviendrai bientôt sur les rapports entre le populisme et la nation et sur la question de la lutte des classes.

23 juillet 2017 – Denis COLLIN

http://la-sociale.viabloga.com/news/le-populisme-est-il-une-maladie-honteuse


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