Les faiblesses criantes de la gauche contemporaine par F Flipo

jeudi 26 octobre 2017
par  Amitié entre les peuples
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Le populisme renouvelle-t-il le discours de transformation sociale ?

Les combats émancipateurs aujourd’hui.

Rappel des faits. Le concept de populisme est apparu dans la dernière période pour qualifier une nouvelle stratégie politique à gauche. Permet-elle de construire une véritable alternative ?

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Les faiblesses criantes de la gauche contemporaine par Fabrice Flipo, philosophe

En théorie politique, la notion de populisme est revenue via les analyses d’Ernesto Laclau (la Raison populiste, 2008) et de Chantal Mouffe qui s’en sont servi de deux manières : d’une part, pour réinvestir ce mot contre ceux qui l’utilisent pour disqualifier les tentatives de remise en cause de l’ordre établi ; d’autre part, pour rénover la conception gramscienne de l’hégémonie qui restait ancrée dans la lutte des classes, et l’amener à prendre en compte le pluralisme des mouvements sociaux. Ce double mouvement fait fond sur un projet de « démocratie radicale » comprise comme rejetant la démocratie libérale formelle tout en cherchant à en réaliser les promesses, et rompre avec les socialismes historiques qui n’ont souvent pas fait grand cas des libertés politiques, en pratique.

Le populisme a un sens vulgaire, qui renvoie à la démagogie et à la propension à passer en dehors des cadres établis de la politique, qu’il s’agisse de court-circuiter les partis, à petite échelle, à l’image de Podemos, ou de suspendre l’état de droit, à plus grande échelle, à l’instar des révolutions.

Dans le sens défini par Laclau et Mouffe, le populisme est une relation hégémonique au cours de laquelle un contenu particulier (par exemple : « grève générale ! ») exprime la plénitude communautaire absente (« communisme ! »). La nouvelle situation est celle d’un pluralisme de mots d’ordre et d’adversaires – le capitalisme, le productivisme, le patriarcat, le racisme etc. – s’accompagnant d’un pluralisme d’utopies positives : la société écologique (ou décroissance), la « réciprocité multiculturelle textile » (C. Delarue), etc.

Si ces analyses ont connu un certain succès, notamment du côté de Podemos ou de la France insoumise, c’est parce qu’elles soulignaient certaines faiblesses criantes de la gauche contemporaine : difficulté à dialoguer avec les masses (refus de la communication politique), tendance à rester dans l’entre-soi des groupes militants (purisme) plutôt qu’à organiser la rencontre avec les citoyens, volonté de rester fidèle à un héritage devenu largement inaudible (par exemple, le marxisme classique), position défensive de citadelle assiégée, attitude défaitiste devant les diverses dominations, dogmatisme sans concession (Lutte ouvrière) ou pragmatisme éclectique (le PCF, dans une certaine mesure) ne traçant pas de ligne stratégique claire. Les fondateurs de Podemos ont tout pris à revers, faisant des émules au passage : vocabulaire choisi à l’aune de son efficacité communicationnelle, refus de la politique « par le haut » des accords entre organisations, appel à la créativité populaire, etc. Et ainsi la gauche (« de gauche ») est-elle revenue dans le paysage.

Le populisme n’est pas l’arme absolue pour autant. La démocratie radicale demeure peu définie, en pratique ; on peut le mettre au crédit de la contingence chère à Laclau et Mouffe, mais concrètement, le problème se pose. Le populisme peut également poursuivre d’autres buts que ceux de l’émancipation, et Mme Le Pen a su l’utiliser pour cliver la société et tenter de trouver des boucs émissaires, bien qu’elle ait le plus souvent frôlé la simple démagogie. La frontière entre les deux peut parfois paraître bien mince, y compris à gauche.

L’équipe de Jean-Luc Mélenchon n’a qu’à moitié incarné les analyses proposées par Laclau et Mouffe, qui insistaient sur le pluralisme des leaders et le renouvellement du personnel. Enfin, ni Podemos ni la France insoumise n’ont transformé l’essai : ce sont des formations encore fragiles et en devenir. Elles ont eu toutefois le mérite de montrer que la droitisation souvent évoquée était criticable et qu’elle n’avait rien de fatal.

Fabrice FLIPO

nb On trouvera d’autres contributeurs au débat sur :

https://www.humanite.fr/le-populisme-renouvelle-t-il-le-discours-de-transformation-sociale-644174


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