Le socialisme dans Anti-dühring de Friédrich Engels. C Delarue

samedi 16 juillet 2011
par  Amitié entre les peuples
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Le socialisme dans Anti-dühring de Friédrich ENGELS.

par Christian DELARUE

1) Raisons d’une lecture : outre la « Critique du programme de Gotha ».

a) Une étude récente a remis en selle le socialisme comme première phase post-capitalisme vers le communisme.
Stéphane Haber « Pour une réappropriation contemporaine de la distinction marxienne entre socialisme et communisme », Cités 3/2010 (n° 43), p. 31-41. URL : www.cairn.info/revue-cites-2.... DOI : 10.3917/cite.043.0031.

Je cite cette étude payante (5 euros) dans une note plus brève « POSTCAPITALISME : Le socialisme comme société de transition entre capitalisme et communisme ». (1) Mais sur la nouvelle argumentation à l’appui, c’est bien l’étude de S Haber qu’il faut lire car un aspect important n’est pas dans ma note.

b) Une autre récente et compétente relecture (2) par Isabelle Garo de la « Critique du programme de Gotha » de Karl Marx a entrepris d’invalider la thèse communément admise chez les marxistes que le socialisme comme première phase de construction d’une société communiste trouvait son fondement théorique dans cet ouvrage.

Il ne suffit sans doute pas d’écraser une source livresque d’un mot pour supprimer le mot et sa réalité mais il s’agit quand même d’une bonne « pièce manquante » à la fondation.

C’est à ce titre que je suis allé chercher une autre pièce non pas de Marx mais d’Engels : Anti-dühring de Friédrich Engels

2) Anti-dühring (3) en bref.

Engels, en critiquant Dühring, fournit une conception du développement économico-social aux socialistes d’alors qui se préoccupent de conquêtes du pouvoir sans penser à l’après. Son socialisme correspond à une nouvelle conception du monde qui se heurte à l’éclectisme de l’époque.

Ce livre contient trois grandes parties dont la troisième porte sur le socialisme. La philosophie et l’économie forment les parties 1 et 2 de l’ouvrage. Engels défend le socialisme contre le « système socialitaire » de Dühring.

Eugène Dühring s’est permis de critiquer Marx sans l’avoir bien lu, notamment en économie . Ce qui suscite alors des critiques assez féroces d’Engels dans la partie 2. D’autant plus féroces en fait que le sieur Düring prétend en plus faire mieux sur des bases très fragiles. De plus - comme si cela ne suffisait pas - l’auteur s’accorde des louanges à tour de bras ! L’ouvrage est donc dans les deux premières parties une longue critique des assertions de Düring. La partie III est plus aisée à lire, notamment les deux premiers chapitres.

3) La partie III : Socialisme.

A) Les chapitres d’exposition du socialisme.

- Le CH1 de la partie III est intitulé « Notions historiques ».

D’emblée Engels pose l’influence du XVIII ème siècle qui pose la Raison comme moteur du changement. Les idées, les croyances ont leur propre force. Pour autant ce n’est pas un Etat de raison qui a été créé dans les années qui suivirent la Révolution française. C’est ici qu’il écrit : « La fraternité de la devise républicaine se réalisa dans les chicanes et les jalousies de la concurrence ». Elle y est toujours prise ! Pour retrouver la fraternité il importe sans doute de l’extraire de la guerre économique incessante ! A défaut elle vivra aux marges du système. A ce propos Engels signale que « le mode de production capitaliste et, avec lui, la contradiction entre la bourgeoisie et le prolétariat était encore très peu développée. » « Cette situation historique domina les fondateurs du socialisme » explique-t-il après avoir cité ceux qu’il a lui même nommé les « socialistes utopiques ». « A l’immaturité de la production capitaliste, à l’immaturité de la situation des classes répondit l’immaturité des théories ». Les « socialistes utopiques » n’étaient pas des idiots. Ils ne pouvaient penser le possible socialisme de la fin du XIX ème siècle. Ils avaient le respect d’Engels qui conseillait à Düring de les lire sans mépris . Engels souligne les largeurs de vue d’un Saint Simon ou d’un Fourier. Ce sont bien les précurseurs du socialisme, mais un socialisme nécessairement pensé abstraitement car pensé avant que les pleines conditions de son émergence ne soient réalisés.

Déjà on comprend que le socialisme comme autre société ne l’est qu’en prise avec le réel et ne peut naitre que d’un capitalisme suffisamment établi. On pourrait dire aujourd’hui à la lumière d’Engels qu’à chaque forme de capitalisme historique ou géographique peut correspondre une forme différente de socialisme. On pourrait oser dire de façon imagée qu’il y a milles socialismes mais sans doute un seul communisme si l’on persiste a voir en lui une seconde phase.

- Le chapitre 2 porte sur des « notions théoriques ».

On y trouve un exposé du matérialisme historique qui prend en considération les modes de production et d’échange mais surtout de production et ce de la petite production marchande au mode de production capitaliste. Il fait suite à la question « Quel est la position du socialisme existant. »

Depuis 1825, date ou éclata la première crise générale la totalité du monde industriel et commerciale (...) se détraque tous les dix ans. Nous vivons la sixième (en 1877). « Dans les crises la contradiction entre production sociale et appropriation capitaliste arrive à l’explosion violente ».

« Dans les trusts, la libre concurrence se convertit en monopole, la production sans plan de société capitule devant la production planifiée de la société socialiste qui s’approche ». Plus loin - après les fameux passages d’Engels sur l’Etat capitaliste - il évoque « les producteurs associés ». Ne lisons donc pas société bureaucratique à propos de la production planifiée. Engels ne dit nul part - avant l’heure - que la production planifiée est le fait d’une minorité ou des cadres d’un parti unique ! Ce fait n’est d’ailleurs pas nécessaire de part l’histoire du « court XX ème siècle ». Il s’agit d’une histoire dont il faut éviter la répétition.

A propos du passage en propriété d’Etat Engels dit que le mode de production capitaliste montre la voie à suivre. Le prolétariat s’empare du pouvoir d’ Etat et transforme les moyens de production d’abord en propriété d’ Etat. Mais par là il se supprime lui-même en tant que prolétariat...

B) Les chapitres de réfutation des thèses de Dühring

- Chapitre 3 : La production.

Engels reprend ici sa critique de Dühring et de son sytème fondé sur un « principe universel de justice » sans la moindre préoccupation pour les faits matériels gênants.

- Chapitre 4 : La répartition.

Pour Dühring c’est le mode de répartition des richesses qui est mauvais pas le mode de production capitaliste. Nouvelle critique.

- Chapitre 5 : Etat, famille, éducation.

Ici Engels critique notamment le fait que Dühring veuille supprimer les cultes et la religion dans sa future « société socialitaire ». Il est plus bismarckien que Bismarck et veut supprimer non seulement le catholicisme mais la religion en général ! Cette façon radicale d’interdire la religion est en fait la meilleure façon d’assurer sa prolongation au lieu de la laisser dépérir naturellement. C’est du « socialisme prussien » !

Notes :

1) POSTCAPITALISME : Le socialisme comme société de transition entre capitalisme et communisme. C Delarue

http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article1770

2) Le socialisme introuvable de Marx : une lecture de la Critique du programme de Gotha (Isabelle Garo, Contretemps n°3)

http://www.npa2009.org/content/le-socialisme-introuvable-de-marx-une-lecture-de-la-critique-du-programme-de-gotha-isabelle-

3) Le texte écrit en 1877-78.

http://www.contre-informations.fr/classiques/mega/anti.pdf

Sa genèse

http://classiques.uqac.ca/classiques/Engels_friedrich/anti_duhring/anti_duhring_avis_7.html


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