L’idéologie démocratique - JJ Lakrival

dimanche 22 juin 2008
par  Amitié entre les peuples
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L’idéologie démocratique

L’idéologie démocratique pour fonctionner comme idéologie se doit de s’appuyer sur les embryons de démocratie que la bourgeoisie a du céder au mouvement ouvrier afin d’asseoir sa domination de classe.

L’idéologie démocratique telle que développée par l’idéologie dominante travaille à assurer un consensus sur la démocratie réalisée, sur la démocratie occidentale comme le moins mauvais des régimes. La démocratie ne se définit ni comme état figé mais pas plus comme mouvement mais beaucoup plus par l’idée de compromis, de consensus, de modestie (1). Toute chose qui convient à la classe dominante.

La bourgeoisie selon George Labica (2 ) :

On peut trouver plusieurs définitions de la bourgeoisie. Celle de Georges Labica – du moins celle ici rapportée - ne se signale pas particulièrement par son contenu, notamment en terme de richesse matérielle ou de réseau d’influence mais par sa force de création souple et « plastique » d’un monde pour elle.

« La bourgeoisie n’est ni démocrate, ni monarchiste, ni libérale, ni fasciste ni raciste, ni colonialiste de sa nature. Elle n’a d’autre nature que d’être capitaliste. Les idéologies qu’elle adopte, et auxquelles elle s’identifie provisoirement, sont à chaque moment de son histoire en stricte correspondance avec ses intérêts, ou avec les contradictions internes des fractions qui la constituent, elles même régies, jusque dans leurs formes, par ses besoins matériels, passibles d’appréciations diverses. Tantôt louis-philipparde, tantôt versaillaise, souvent républicaine…, ici reaganienne, là social-démocrate, ailleurs démo-maffioso chrétienne…, en même temps keynésienne et libérale ou antisémite et pro-israélienne…, général pour général, elle peut préférer De Gaulle à Pinochet, et ce dernier à Amin Dada, mais dans tous les cas, ses représentations collent aux nécessités de sa pratique et changent avec elles. »

Toute idéologie nous dit Labica a « l’ambition de jouer le rôle d’un ciment ». L’idéologie républicaine et plus efficacement encore l’idéologie démocratique, telle que véhiculée par l’idéologie dominante, a vocation de conforter le pouvoir de classe de la bourgeoisie sous des représentations diverses. Le Sarkozysme en est une tout comme le Mitterrandisme. Et Labica de poursuivre sur un point essentiel : « Encore convient-il de préciser que ces représentations ne sont nullement des miroirs où elle chercherait à se complaire .Cela peut assurément se produire mais leur finalité est toute différente. Ce sont miroirs tendus aux autres, aux dominés, afin que, bon gré mal gré, par la persuasion ou la contrainte, ils se déclarent solidaires du pouvoir dominant et se retrouvent dans ses images d’autant plus aisément qu’ils les font leur. Le rôle de l’Etat est d’y veiller ».

Démocratie contre bourgeoisie :

Pourtant, d’aucuns – des anti-libéraux - proposent de « mettre le politique au poste de commande » contre la généralisation de l’économie de marché voire de la société de marché. Ce serait assurément positif mais sans dire suffisant ce qu’il importe de changer au regard de ce que nous savons de la puissance du capital sur nos corps. Sous le même paradigme certains soulignent les nombreux espaces ou la démocratie peut vivre et s’épanouir hors du capital et même en présence de rapports sociaux capitalistes. Relativisant la domination et les effets de domination la parole et le geste démocratique sont convoqués pour faire vivre la démocratie ici et maintenant hors toute idéologie. Il ne servirait à rien d’être d’antilibéral ou anticapitaliste car ce qui importe c’est de faire vivre des espaces de débat et de décisions démocratiques. Ces espaces ne sont-ils pas des îlots et les décisions le fruit de minorités ? D’autres encore qui n’abandonne pas le combat anticapitaliste, Thomas Coutrot notamment, précisent que c’est bien « la démocratie contre le capitalisme » qu’il faut promouvoir. La démocratie qui se dessine alors n’est plus celle de la bourgeoisie. Mais on sort de l’idéologie de la démocratie en prenant la mesure de la force de la bourgeoisie.

La bourgeoisie est puissante - et pas seulement du fait de ses nombreux appareils d’influence idéologique - mais elle ne recouvre pas toute la société. Reste que même en dehors des lieux ou les rapports de production capitalistes sont les plus prégnants et les plus durs son influence est réelle, ce qui fausse le jeu démocratique qui voudrait s’exprimer et vivre hors des dispositifs du capital. C’est pourquoi l’anticapitalisme a vocation a être l’armature d’un mouvement réellement démocratique. Pour cesser d’être idéologique et pour accéder à la vérité de sa perspective de libération de classe des dominés le mouvement démocratique se doit d’être anti-capitaliste. C’est là que la vérité de son nom apparait : le mouvement démocratique anti-capitaliste s’apparente au communisme comme mouvement de l’abolition de l’ordre de classe existant, destruction fondatrice d’un autre monde.

Evoquer démocratie contre bourgeoisie ou démocratie contre capitalisme c’est dire qu’une classe porte la démocratie contre la bourgeoisie et qu’elle le fait de par la nature des choses : Fondamentalement c’est le prolétariat – ceux et celles qui vendent leur force de travail pour vivre – qui chaque jour expérimente la domination de classe du capital dans l’ordre de la production et qui cherche à s’en libérer dans et hors les lieux de production. La démocratie est une lutte de classe multiforme qui mène vers autre chose que d’aucuns nomme socialisme.

Jean-Jacques LAKRIVAL

1) ainsi que le rappelle Christian DELARUE dans :
La « démocratie modeste » d’acceptation de l’ordre existant -
http://www.bellaciao.org/fr/spip.php?article66073

2) G. Labica « Le paradigme du Grand-Hornu. Essai sur l’idéologie » La Brèche page 115


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