Inflation : sortir de l’impasse néolibérale - Frédéric Lemaire

mardi 25 octobre 2022
par  Amitié entre les peuples
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Inflation : sortir de l’impasse néolibérale

mardi 11 octobre 2022, par Fréderic Lemaire

Après la crise du Covid et avec la guerre en Ukraine, le débat sur l’inflation resurgit sur le devant de la scène. Pour y faire face, les néolibéraux en appellent à la rigueur salariale, monétaire et budgétaire. D’autres politiques sont pourtant possibles et nécessaires pour faire face à la crise !

https://france.attac.org/nos-publications/lignes-d-attac/article/inflation-sortir-de-l-impasse-neoliberale

Qu’est-ce que l’inflation ? En théorie, il s’agit d’une hausse globale des prix dans une monnaie. Dans la pratique, les instituts de la statistique mesurent l’inflation par l’intermédiaire d’indices des prix à la consommation sur un territoire et une période donnés.

Ces mesures rendent compte de l’évolution des prix d’un nombre limité de biens et services de consommation courante : pain, vêtements, électroménager, coupe de cheveux… L’objectif est autant de rendre compte de l’évolution des prix que de celle du pouvoir d’achat de la monnaie : lorsque les prix augmentent d’une année sur l’autre, une même quantité d’euros permet d’acheter un nombre moindre de produits.

L’impact de cette perte de pouvoir d’achat est variable selon les positions économiques. Les agents économiques dont les revenus suivent la hausse des prix sont favorisés, les autres subissent l’effet de la baisse du pouvoir d’achat. En outre, l’inflation a l’avantage de réduire le poids de la dette publique : elle gonfle les rentrées fiscales et le PIB, et grignote la valeur des intérêts payés.

De même, lorsque les salaires suivent la hausse des prix, elle peut également être avantageuse pour les ménages endettés, en réduisant la valeur réelle de leurs dettes. Mais l’inflation peut également devenir un « impôt sur les pauvres » lorsque les revenus des catégories populaires ne sont pas indexés et que les prix de l’énergie, du transport et de la nourriture augmentent.

Bref, l’inflation opère ainsi une forme de redistribution à géométrie variable, dont la teneur n’est pas définie en soi et dépend des rapports de force sociaux.

Les causes de l’inflation

Depuis la fin de l’année 2021 jusqu’à aujourd’hui, la presse a consacré de nombreuses unes aux inquiétudes soulevées par le retour d’une inflation jugée trop vigoureuse. Dans la plupart des pays, les indices de prix ont connu des hausses historiques. Aux États-Unis, l’augmentation en rythme annuel atteint 8,5 % en juillet 2022. Dans la zone euro, elle s’élève à 8,9 % et pulvérise des records. Comment expliquer une telle résurgence ?

L’inflation est repartie à la hausse à partir du mois de mars 2021. Plusieurs facteurs sont alors entrés en jeu. Premier élément d’explication, la soudaine hausse des prix de l’énergie et en particulier du pétrole lors de la reprise de l’activité après le ralentissement causé par la crise du Covid-19.

Le pétrole restant la source d’énergie de prédilection, le phénomène a contaminé l’ensemble de l’économie, tirant à la hausse les prix de l’énergie (essence, fioul, gaz naturel et même charbon), ceux des plastiques et des matières premières, ainsi que ceux des transports aérien et routier. Dans un tel contexte, de nombreuses entreprises décident de répercuter ces nouveaux coûts sur leurs propres étiquettes.

Des phénomènes similaires de « chocs d’offre » s’observent dans d’autres filières, comme le papier, les matériaux de construction ou les puces électroniques, qui connaissent des situations de pénurie favorables, elles aussi, à une élévation du niveau des prix sur les marchés mondiaux.

En cause, d’une part, une demande forte liée à la réouverture progressive de l’économie après une période de confinement (quasi) planétaire. De l’autre, une offre fragilisée par la crise sanitaire et par les nombreuses complications qu’elle a provoquées dans le transport des marchandises : pénurie de conteneurs, entrepôts saturés, congestion portuaire, explosion du prix du transport maritime.

Conséquence : l’apparition de goulets d’étranglement dans l’acheminement des marchandises et une désorganisation des chaînes logistiques mondiales, aggravant les problèmes d’approvisionnement à l’heure du « flux tendu ».

D’autant que la pandémie de Covid-19 n’est pas intervenue dans un ciel serein, mais dans un contexte de crise déjà profonde des structures productives du capitalisme mondial. L’inflation revêt également une dimension climatique : des sécheresses et des vagues de chaleur ont affecté la production de produits agricoles comme le blé et le café.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie, débutée fin février, va aggraver les perturbations dans l’économie mondiale. L’Ukraine est le cinquième exportateur mondial de céréales et l’un des principaux exportateurs de fer et d’acier. La Russie est le plus important fournisseur de gaz et de pétrole de l’Union européenne ; elle compte également parmi les premiers exportateurs mondiaux de céréales, d’engrais, mais aussi de nickel, de charbon, d’acier et de bois.

La guerre va ainsi avoir pour conséquence une hausse du prix de l’énergie et de nombreuses matières premières, dont les filières souffraient parfois déjà de problèmes d’approvisionnement.

Mais la hausse de l’inflation peut également s’expliquer également par l’opportunisme des multinationales de l’agroalimentaire, de la finance, des télécoms, de l’aviation ou de l’industrie pharmaceutique. La situation actuelle leur offre une opportunité d’augmenter leurs prix et d’accroître leurs profits. Ce dont ils ne se sont pas privés.

Selon le Wall Street Journal, près des deux tiers des entreprises américaines cotées en Bourse ont enregistré des profits plus élevés pendant les neuf premiers mois de 2021 qu’au cours de périodes similaires avant la pandémie. Le quotidien américain note que la hausse des coûts de production induite par la crise sanitaire a constitué une « occasion comme il n’en existe qu’une par génération » pour augmenter ses prix et accroître ses marges sur le dos des clients.

Autre opportunité créée par les hausses de prix, la spéculation sur les matières premières explique la grande volatilité des prix de denrées essentielles comme le blé ou le pétrole. Celle-ci bénéficie aux banques et fonds d’investissement qui dominent ces marchés et contribue au chaos et à des variations importantes des prix.

Le retour de la doxa monétariste

Pour les néolibéraux, la résurgence de l’inflation est inquiétante non pas pour ses conséquences délétères pour les catégories populaires, mais parce qu’elle perturbe l’économie de marché. Oubliés les dérèglements dans le commerce mondial ou la hausse du prix de l’énergie, l’inflation aurait une cause fondamentale : un surcroît de dépenses budgétaires financé par la création monétaire.

L’inflation porterait par ailleurs un risque existentiel : celui du déclenchement de la spirale « prix-salaires ». La hausse des prix incitant les salariés à réclamer des augmentations de salaires, conduisant à leur tour les entreprises à augmenter leurs tarifs pour maintenir leurs marges.

C’est pourtant tout l’inverse qui se déroule : le salaire réel diminue, car les maigres hausses de salaires obtenues ces derniers mois se maintiennent en dessous de l’inflation. En d’autres termes, les salaires ne sont pas une source d’inflation, mais ils la subissent ! Mais cela importe peu aux néolibéraux.

Pour eux, il serait urgent de mettre en place une triple politique de rigueur : couper dans les budgets publics, éviter à tout prix les hausses de salaire, et remonter les taux d’intérêt de l’autre – quitte à provoquer dégâts sociaux et récession. Comme ce fut le cas en 1979 lors de la hausse drastique des taux directeurs de la Réserve fédérale (Fed) mise en œuvre par son président Paul Volcker. Cette orientation revient à faire payer à la population le coût de l’inflation, afin de rétablir les rentes des grandes entreprises.

Même du point de vue des classes dirigeantes, cette option est risquée. Le resserrement de la politique monétaire déjà engagé par la Banque centrale européenne (BCE) et la Fed va contribuer au ralentissement de l’activité économique. Il pourrait déclencher de graves tensions sur les marchés financiers et immobiliers ainsi que sur ceux des cryptomonnaies dopés par les taux bas au point d’en être devenus dépendants.

Un risque qui témoigne du danger d’une autre forme d’inflation passant pourtant sous le radar des indicateurs de prix à la consommation : l’inflation financière, qui forme des bulles boursières sources d’enrichissement spéculatif, d’inégalités et de crises. Dans la zone euro, le retour des tensions sur le marché des dettes souveraines pourrait faire son retour. Les contradictions qui déchirent l’ordre néolibéral semblent apparaître au grand jour.

Une politique alternative est possible face à l’inflation. Celle-ci suppose d’engager tous les moyens à la disposition de la puissance publique : une gestion de la monnaie et de la fiscalité au service d’investissements publics massifs, à même de répondre aux urgences sociales et écologiques. Pour ce faire, les banques centrales doivent être remises sous tutelle démocratique.

Dans une telle configuration, l’inflation ne doit pas être considérée comme un bien ou un mal en soi, mais comme un indicateur parmi d’autres. En réinstaurant une indexation des revenus des catégories moyennes et populaires, elle peut même se transformer en outil de redistribution et contribuer à une « euthanasie des rentiers », pour paraphraser la formule attribuée à Keynes.

Frédéric Lemaire


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