Deux critiques de la société de marché. C Delarue

dimanche 16 août 2009
par  Amitié entre les peuples
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DEUX CRITIQUES DE LA « SOCIETE DE MARCHE »

mardi 25 décembre 2007 (12h23)

Avec le temps les terminologies qui caractérisent les sociétés et les économies changent : On n’oppose plus guère capitalisme (son mode de production) et socialisme . De même « l’économie mixte » (combinant secteur privé marchand et secteur public étatique) a laissé place à « l’économie plurielle » (qui a ajouté un « troisième secteur » dit « économie solidaire » à « l’économie mixte »). Plus récemment les socio-libéraux et les socio-démocrates ont distingué « économie de marché » et « société de marché ».

Ils le font pour défendre l’économie de marché mais pas la société de marché. Ils le font aussi par un double souci tactique de positionnement d’une part contre la droite accusée de défendre la société de marché et d’autre part contre le reste de la gauche qui critique le capitalisme. Mais laissons ces aspects pour s’intéresser au fond. Car le fond pose le problème d’aller jusqu’au bout de la démarche et de ne pas se satisfaire de critiques sur les marges qui in fine laisse advenir la société de marche. C’est sans doute la raison qui a fait dire à Isabelle RICHET (1) : « Contrairement au slogan concocté en son temps par Lionel JOSPIN, économie de marché et société de marché sont bien indissociables »

I - ALTERMONDIALISATION OU LA CRITIQUE QUI LAISSE PLACE A UNE ECONOMIE DE MARCHE ENVAHISSANTE

Partons de la distinction de Bernard PERRET (2) : « D’un côté, le marché – c’est à dire l’initiative économique privée, la concurrence et le droit à l’enrichissement personnel – est reconnu comme le mécanisme de base d’une économie dynamique susceptible d’assurer l’accroissement continu de la richesse économique. D’un autre côté, il est affirmé tout aussi nettement que le marché ne doit pas englober la vie sociale dans sa totalité, et que tous les aspects du développement social ne se réduisent pas à l’accroissement de la richesse monétaire ».

Cet auteur propose « de valoriser l’échange social non monétarisé (économie familiale et de voisinage, activités philanthropiques, sportives ou artistiques exercées à titre amateur, etc.) pour ne pas sombre dans la société de marché ». C’est bien maigre ! Il ajoute : « Les politiques et interventions publiques que l’on associe spontanément à l’endiguement du marché font référence à des objectifs plus traditionnels de régulation économique (encadrement juridique de la concurrence et des activités financières, stabilisation des fluctuations économiques), de lutte contre la pauvreté, l’exclusion et les inégalités ou encore de protection des libertés individuelles dans le travail, sans oublier, bien sûr, la protection de l’environnement. Objectifs essentiels, cela va sans dire, mais la question de la monétarisation de la vie sociale n’est pas posée en tant que telle ». Non cet objectif est loin de suffire. Sa faiblesse témoigne de l’évolution de la société française et notamment de la pente idéologique et programmatique du principal parti qui a assumé le pouvoir en France depuis 1981.

Finalement, ou se situe la différence ? Bernard PERRET (qui défend une position restrictive de « l’économie solidaire ») dit in fine : « Concrètement, cette orientation pourrait se traduire par l’encouragement et le soutien de ce que l’on appelle parfois » l’économie solidaire « , à savoir les modes de production des services collectifs qui reposent sur l’entraide sociale, les solidarités communautaires et l’initiative citoyenne ». Le coopérativisme sous ses diverses variantes, lui-même parti prenante de l’économie de marché, viendrait donc circonscrire le marché des firmes. C’est de l’altermondialisation pas de l’altermondialisme !(3) Avec cette logique, nous n’allons pas vers un autre monde, nous aménageons ce monde aux marges ! Le capital règne, l’économie de marché règne, mais une place aux marges est laissé à « l’économie solidaire »

II - ALTERMONDIALISME OU LA CRITIQUE QUI CIRCONSCRIT LE MARCHE ENVAHISSANT ET DOMINANT

* SUR LE MARCHE DES BIENS ET SERVICES :

Si l’on accepte l’économie de marché mais pas la société de marché cela semble signifier non seulement une « critique de l’argent » mais un refus de la généralisation de la marchandisation donc de l’échange marchand . L’échange de valeur marchande passe par la monnaie mais l’échange de valeur d’usage aussi. Dans un cas il s’agira de prix (de marché), de clientèles (solvables voire fortunées), dans l’autre il s’agira de services publics ou des entreprises publiques avec des tarifs (réglementés) et d’usagers qui peuvent aussi être des citoyens. Pour ne pas en rester à des banalités il faut dire clairement que l’économie de marché a sa place mais pas toute la place . Autrement dit elle doit laisser place à une autre logique que la sienne sans chercher à la dominer ou la subvertir. Pour être plus précis encore, la logique de service public fondée sur d’autres critères que la logique marchande peut elle aussi trouver sa place dans une « société mixte » non marchandisée ni privatisée à outrance. C’est que défendaient le PS de Mitterrand avant 1986 . De même les entreprises nationalisées peuvent le rester. L’appropriation privée de tous les grands moyens de production n’est pas un dogme libéral à suivre.

* SUR LE MARCHE DE LA FORCE DE TRAVAIL :

Défendre l’économie de marché et la concurrence sans généralisation donc sans passer à la « société de marché » devrait permettre de ne pas soumettre les humains, la force de travail salariée à la marchandisation ce qui suppose l’existence d’un code du travail digne de ce nom pour les salariés du privé et un statut de la fonction public non démantelé et calé sur les principes du privé et de la marchandisation totale et absolue. Dans ce cas c’est l’économique qui domine les humains agenouillés devant un Dieu Economie avec son bréviaire : concurrence, flexibilité, se valoriser, se vendre, travailler plus, se soumettre. Les marxiste nomme de double processus contradictoire le fétichisme. Le travailleur perd sa majuscule d’humain (chute, perte, agenouillement) devant les fétiches qui gagne une majuscule en surplombant les humain : Entreprise, Economie, Rentabilité, Retour sur investissement, Concurrence des marchés, Contrôle hiérarchique, Technologie, Compétence (et non qualification) etc.

Derrière « l’économie plurielle » (comme auparavant derrière « l’économie mixte ») se cache la domination de l’économie capitaliste, une économie historiquement fondé sur l’exploitation du salariat et sur le profit et en phase néolibérale sur l’extension mondiale de la finance.

Christian DELARUE
Membre du CA d’ATTAC France

1) Isabelle RICHET in Les dégâts du libéralisme - Etats-Unis : une société de marché Textuel

2) Bernard PERRET in Refuser la société de marché, qu’est-ce à dire ? http://pagesperso-orange.fr/bernard.perret/ONU.htm

3) L’altermondialisme souligne les ambiguïtés de l’économie sociale et solidaire :

A titre d’exemple je reprends ici le propos de Gabriel MAISSIN (*) : L’économie sociale et solidaire est marquée par une sorte d’ambiguïté que l’on retrouvera dans toutes ses composantes. Il n’est pas simple d’échapper aux logiques du système au sein duquel on agit. Que ce soit la logique de l’instrumentalisation par les pouvoirs publics (qu’ils soient locaux, nationaux ou européens...), celle de la mise en concurrence avec les firmes privées ou celle de la logique financière du capital.

* dans son commentaire du livre de Thomas COUTROT « Démocratie contre capitalisme »

http://politique.eu.org/archives/2006/02/12.html

4) Critiques de « l’économie plurielle »

L’altermondialisme n’est pas soluble dans le néosolidarisme.

http://bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=27288

Vous critiquez l’Economie sociale et solidaire mais n’osez pas vous dire écosocialiste !

http://bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=23958


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