« Antiracisme relié » et peuple-classe pour l’alternative : faire converger un peuple-classe multicolore. C Delarue

dimanche 4 octobre 2015
par  Amitié entre les peuples
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ATTAC France - Université d’été 2015 Marseille (1)

« Antiracisme relié » et peuple-classe pour l’alternative anti-systèmique : faire converger un peuple-classe multicolore et multitextile (hypertextile et hypotextile)

Le peuple-classe, comme catégorie politico-sociale du « peuple » (sans adjectif) met nettement l’accent sur « ceux d’en-bas » au plan économico-social mais au sens large (90% pour peuple social et 99% pour peuple-classe) ainsi qu’au plan démocratique sur « ceux qui n’ont pas le pouvoir ».

Le peuple-classe a toujours été pensé comme idéologiquement et socialement hétérogène (soit en termes de couches sociales ou soit en classes sociales) mais il est ici surtout pensé (dans une perspective antiraciste, anti-sexiste et altermondialiste) comme multicolore surtout et secondairement multitextile et laïque (2).

Les discriminés les plus massivement frappés par les différentes formes de racisme (négrophobie, arabophobie, rromophobie, etc) appartiennent au peuple-classe et même aux couches sociales les plus modestes de ce peuple-classe. Ils partagent les bas revenus, le chômage et la précarité avec des femmes et des jeunes hommes non racialement discriminés (ordinairement). Nombre de juifs peuvent connaître aussi tout à la fois une modeste condition sociale voire la misère sociale (ils ne sont évidemment pas tous membres des couches sociales supérieures et encore moins banquiers même si on en trouve !) et la stigmatisation raciste.

En matière de religion, il peut y avoir une dominante issue de l’histoire. C’est globalement cette histoire - il y en a plusieurs et des lourdes parfois comme celle issue du colonialisme - qui nous amène à défendre un peuple-classe multicolore, laïque et multitextile (hypotextile et hypertextile) qui combat le racisme ainsi que le sexisme (et l’homophobie associée).

Le peuple-classe multicolore et multitextile est donc bien une catégorie politique nouvelle (par ajout à celle de peuple-classe) tout à la fois antiraciste et antisexiste et contre la domination économico-sociale d’en-haut.

Avançons quelques hypothèses compréhensives sur la question raciste-antiraciste :

1 - Le raciste - de façon générale - remarque, stigmatise et agresse l’Autre selon sa supposée « race » (qui n’existe pas), en fait selon la couleur de sa peau (et peu importe le type de pigmentation) qui, elle, se voit (raciser c’est réduire l’autre et le définir sur cet aspect visible, c’est se focaliser sur un aspect qui ne le mérite pas sauf précisément à être raciste). Le sexisme procède aussi souvent ainsi mais c’est un autre problème. Il importe cependant de « croiser » les problématiques.

2 - Aujourd’hui - notamment sous l’effet d’une appropriation politique de l’islam, appropriation hétérogène cependant - la haine raciste (construite notamment par les élites mais pas seulement) va aisément au musulman parce que musulman et au juif parce que juif mais aussi contre les Roms . Il importe cependant de ne pas confondre islamophobie raciste et possible critique de la religion ou critique des intégrismes et intégristes, ce qui est parfois délicat. (cf atelier sur la convergence des luttes et les trois sphères élargies de la lutte d’un « antiracisme relié »- Université d’été d’ATTAC Marseilles 2015).

3 - Celui qui n’est pas raciste ne fait pas intervenir ces préjugés-là. Il les repousse . L’antiraciste pour l’égalité et la fraternité combat la grille de lecture du monde selon la « race » ou la couleur de peau et les discriminations qui vont avec. Il combat aussi la xénophobie.

I - Ce combat antiraciste peut et doit être lié aux autres combats et à :

1) la « question SOCIALE » soit l’émancipation générale de la domination économico-sociale de ceux d’en-haut (le 1% ou moins). On évoque ici ordinairement le « classisme » (abrégé de « les rapports sociaux de domination de classe » ou de la « conflictualité capitaliste ») en lien avec racisme et sexisme (tout aussi ordinairement regroupées sous les questions dites « sociétales ».

2) la « question SOCIETALE » subdivisée en :
a) question de la liberté et égalité hommes-femmes (différents aspects à développer, non limités à un cadre national ou même continental, ce qui heurte sur certains aspects la critique postcoloniale-décoloniale)
b) la question « séculariste » ou, pour faire simple, celle de la laïcité (loi de 1905 et loi de 2004 en France) permettant la liberté de conscience athée (question du droit au blasphème) ou croyante (droit d’expression),
c) critique des intégrismes religieux et notamment du sexoséparatisme montant dans le monde ; ce qui débouche sur la question « textile » (3).

II - Cet « antiraciste relié » peut et doit être lié à la question social-démocrate de la « JUSTICE SOCIALE » (globale, fiscale, climatique mais ici redistributive) contre les inégalités .

Pour relier les thématiques et les luttes il faut pointer l’actualité de la question de la redistribution comme social-démocrate et la question de la propriété comme celle « radicale » (qui va à la racine des choses) mais la redistribution n’est pas chose à négliger pour autant bien qu’elle n’épuise pas la question sociale.

La « justice sociale » se décline en lien - du fait du néolibéralisme (montée de la finance prédatrice) - avec la notion de « montée en puissance nécessaire du peuple-classe dans toutes ses composantes », un peuple-classe solidaire en interne et en externe (internationalisme des peuples-classe). La justice sociale porte contre le capitalisme débridé via la fiscalité et la politique de revenus à la fois sur l’en-haut et sur l’en-bas de la pyramide socioéconomique pour la resserrer. Pour le dire nettement, même si c’est plus compliqué, il faut prendre au 1% qui doit avoir MOINS (surtout le 0,1%) et donner plus au peuple-classe 99% et surtout le peuple social 90% qui doit avoir PLUS. L’éradication du racisme va avec une triple éradication : celle de la pauvreté, celle de la trop grande richesse et celle du sexisme et de l’homophobie. Gagner 25 000 euros par jour comme le PDG de Renault est inadmissible. Ceux et celles qui gagnent 25 000 euros par mois gagnent déjà deux fois trop ! Le système capitaliste néolibéral est devenu fou.

Comme marxiste je pense toujours à poser en plus la question de la propriété et celle des rapports sociaux capital-travail mais je ne sous-estime pas du tout la question de la redistribution des revenus comme certains marxistes orthodoxes. Et c’est ma conscience antiraciste qui a pesé et qui pèse encore ce sens. Car tous et toutes ont vocation à « vivre bien », ce qui ne signifie pas du tout gagner comme le 1% d’en-haut mais cesser d’être insolvable chaque fin de mois ; et donc « décoller » du SMIC, donc sortir du chômage et de la précarité, si l’on pense que la participation à la production de l’existence sociale est nécessaire (cf débat sur le revenu d’existence).

III - Quel peuple-classe ? Celui multicolore et multitextile !

Dans le peuple-classe (99%) opposé au 1% d’en-haut qui mène une dure politique économique d’austérité, férocement anti-sociale, il y a non seulement des blancs mais aussi des arabes, des noirs, des roms mais aussi des juifs et des musulmans. Il y a aussi des résidents étrangers non nationaux (sans carte nationale d’identité, pas même celle de 10 ans). IL y a non seulement des hommes mais aussi des femmes et des homosexuels et des lesbiennes.

Ma critique des intégrismes religieux et notamment du sexoséparatisme soft ou hatd n’empêche pas de vouloir l’unité des membres du peuple-classe contre l’oligarchie ou la caste du 1% d’en-haut. Il y a des contradictions qui apparaissent ! Défendre la lutte contre la prostitution via une loi qui pénalise les prostituteurs est nécessaire même si ces « clients » prostituteurs sont aussi à « unir » dans le peuple-classe. De même combattre sévèrement le viol suppose de dire que la question de l’unité des peuples-classe se fait sans eux. Il y a des conflits au sein du peuple-classe !

IV - Géopolitique du multicolore d’en-bas : faire converger DES peuples-classe multicolores.

Il y a aussi une dimension géopolitique par en-bas bien différente de celle des Etats ou des grandes firmes multinationales, et donc une géopolitique altermondialiste faite d’internationalisme des solidarités entre peuples-classe. Ce sont donc des peuples-classe multicolores qui doivent converger dans une orientation globalement émancipatrice, porteuse d’une alternative systémique.

Le peuple-classe multicolore peut-être infra-national (en Espagne) ou supra-national (dans l’Union européenne) mais la logique de solidarité a promouvoir est la même. Par delà les langues et autres différences culturelles, sans considération des « raisons d’Etat », contre les raisons des oligarchies bancaires et financière, il importe de construire de la « raison solidaire » entre les peuples-classe.

Christian Delarue

Marseille 27 aout 2015
Membre du groupe « culture et société » du CS d’ATTAC

1) Cadre d’expression : « Pour une mobilisation citoyenne au service d’une démocratie plus égalitaire et inclusive » - Les blogs d’Attac - Texte rédigé pour un atelier de l’Université d’été d’ATTAC France à Marseille
https://blogs.attac.org/ag2014/resolutions-proposees-a-l-ag/article/pour-une-mobilisation-citoyenne-au

2) « Multicolore » ne se comprend pas seulement qu’en termes de de couleur de peau comme dit dans l’article.

3) La question textile : du nudisme au maxi-textile ou hyper-textile.
http://amitie-entre-les-peuples.org/La-question-textile

Autres textes sur ce type de construction théorique

Pour la promotion d’un peuple-classe multicolore.
http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-delarue/280615/pour-la-promotion-dun-peuple-classe-multicolore

Féminisme MULTICOLORE ou Féminisme RACISTE
http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-delarue/100715/feminisme-multicolore-ou-feminisme-raciste

Le peuple-classe dans la rue, des Femen aux sexoséparatistes voilées !
http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-delarue/080415/le-peuple-classe-dans-la-rue-des-femen-aux-sexoseparatistes-voilees