Le destin variable de la pulsion (I) C Delarue

dimanche 7 février 2016
par  Amitié entre les peuples
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Le destin variable de la pulsion (I)

Quelle canalisation entre sa répression et sa sublimation totale ?

C Delarue (mars 2013 sur Médiapart le Club)

Pas aisé de dire si la pulsion va vers la barbarie ou la civilisation. C’est le statut d’autrui qui sert de critère.

1 - La pulsion va vers deux orientations : la vie (biophile) ou la mort .

La pulsion n’est pas qu’agression . Elle a certes, de ce point de vue, et à suivre Erich Fromm, un double potentiel l’un d’agressivité défensive donc légitime mais aussi d’agressivité destructrice plus grave voir très grave.

Mais elle est aussi porteuse d’une dynamique de contact, d’ouverture, de lien, d’empathie, de sociabilité, d’interculturalité. En ce sens, l’amour, via la pulsion, est porteur d’émancipation, de liberté et d’égalité. Il ne faut alors pas la refouler mais la reconnaitre.

Canaliser la pulsion libidinal permet d’assumer que nous soyons des êtres de jouissance, des êtres libidinaux (concupiscent disait-on), ce qui ne nous empêche pas d’être romantique, si nous sommes amoureux, ni même, via la sublimation, d’affecter de l’énergie à la transformation du monde et au-delà, via la culture, à l’émancipation humaine.

La pulsion n’est pas nécessairement captatrice, possessive. Et lorsqu’elle est ainsi, elle peut s’auto-limiter, veiller à restreindre son emprise à ce qui est acceptable et réciproque. Le « faire attention à » s’exerce de part et d’autre, réciproquement. L’égoisme et l’égocentrisme recule, pas le souci de l’individu.

La pulsion reconnue mais apprivoisée et « civilisée » (ci-dessus évoquée en quelques lignes) n’est pas celle exploitée par le capitalisme. Mais les domaines ne sont pas séparés. Tous les humains à travers les siècles, ont soigné leur apparence - c’est important - sans avoir le marché et le capitalisme à leur disposition. Aujourd’hui le capitalisme offre les bijoux et de nombreux artifices mais certains sont très très couteux et impliquent une forte exploitation des hommes et de la nature. Mais il n’en est pas ainsi pour tous.

2) Thanatos s’oppose à Eros.

Eros comme amour se subdivise en Agapé (amitié) et Eros (amour charnel ou érostisme)

Il y a un point commun entre Agapé et Eros c’est le « prendre soin de » (E Fromm) ou le « faire attention à » (l’autre). C’est un point souvent oublié.

Si de ce billet, on ne pouvait retenir que cela, ce serait beaucoup.

Avec l’érotisme il faut faire attention à l’autre au plan sexuel. L’érotisme c’est du culturel, de la civilisation, même si cela heurte les pudibonds.

Il faut évidemment défendre un érotisme de jouissance réciproque et consentie contre un érotisme « sadien » de violences et souffrances infligées.

L’érotisme use parfois de mots crus ou des stéréotypes sexués mais sans en être dupe et dans un cadre très très restreint. Tout l’inverse du machisme.

3) Etre pro sexe.

Pro-sexe ne signifie pas contre autrui mais avec autrui. Sujet et objet mélangé.

Etre pro-sexe ne signifie pas être uniquement « être libidinal ». On peut aussi être romantique - aimer se promener main dans la main , regarder la mer à deux, etc... - ou autre chose encore. Evitons le réductionnisme des personnalités.

Etre pro-sexe, admet la séduction entre les humains de façon hétérosexuelle ou homosexuelle, tant par le corps que par l’esprit, les valeurs.

La séduction suppose une certaine éducation du regard (non réprobateur surtout, modérément « lubrique » ; on ne « colle » pas, on ne se retourne pas) et surtout on n’insulte pas. C’est un point important des pro-sexe « civilisés » : les injures sexistes sont bannies.

Etre pro-sexe tout en étant « zéromacho » suppose d’être aussi contre la prostitution, le viol, les violences sexistes.

4) Pornéia : la pulsion et le film.

La pornographie est du sexe sans amour. Il est fait pour la masturbation masculine.

Mais il pourrait se passer de violences, d’humilations et d’apologie du jeunisme.

S’agissant de la pornographie, ce n’est pas tant de voir des organes sexuels, féminins ou masculins, qui, à mon sens, fait problème aussi bien pour les femmes que pour les hommes (de plus de 18 ans). Le problème est nettement et certainement ailleurs.

Ce qui est critiqué dans la pornographie c’est d’abord de voir des hommes principalement et constamment en action de copulation. C’est un érotisme de fornication qui est au centre de la pornographie. L’érotisme s’efface devant la force de l’instinct de « prise », par devant et par derrière. Attention, ce n’est pas que la « baise » soit mauvaise en soi, c’est que la tendresse romantique n’y est plus et même le jeu proprement érotique a disparu. Aucun homme ne prend le temps de jouer avec ce diable de string si sexy et de s’adonner à la caresse. Mater mais aussi caresser. Dans le porno, on l’écarte et on enfourne.

Ensuite, il y a souvent monstration d’une sexualité de contrainte, de violence, de souffrance qui est d’autant plus inacceptable qu’elle se pratique dans le réel des tournages de films.

Enfin, la différence entre la pornographie et l’érotisme tient en fait (et en droit) que l’acte sexuel est simplement représenté dans un cas alors qu’il est réellement en action dans un autre.

En un sens les BD porno de jadis étaient globalement plus inoffensives (sans être trop naif car le sado-maso est vieux) que les films pornos contemporains. Ils supposent en pratique professionnelle que les femmes se mettent à disposition y compris quand cela devient douloureux.

A poursuivre...

Lire Pro-sexe d’émancipation : pour soi, avec autrui.


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