Critique de "Qu’est-ce qu’un mouvement social populiste ? Comprendre les « gilets jaunes » Christian DELARUE

mardi 29 janvier 2019
par  Amitié entre les peuples
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Critique de "Qu’est-ce qu’un mouvement social populiste ? Comprendre les « gilets jaunes »

Texte modifié pour tenir compte des Foulards rouges contre les Gilets jaunes. La lutte - et même la guerre - entre deux blocs est plus évidente. Il y a celles et ceux d’en-bas (avec les Gilets jaunes) et celles et ceux d’en-haut (avec les Foulards rouges). Les Gilets jaunes continuent d’être massivement soutenu par une large fraction de la population. Les Foulards rouges sont minoritaires.

Une fraction de peuple, notamment une fraction de la classe moyenne avec les Foulards rouges, peut « faire bloc » avec la classe dominante, donc le 1% d’en-haut. Le populisme vise la fraction de peuple d’en-bas (classes modestes avec l’autre fraction des classes moyennes soit le « bloc d’en-bas ») des Gilets jaunes contre le 1% d’en-haut.

Revenons à notre critique en commençant par le positif.

1) Deux aspects positifs de cette analyse à relever qui par ailleurs est contestable

- D’une part, le populisme repose sur l’antagonisme peuple-élites en se plaçant du côté du peuple.

L’auteur précise à raison que "l’antagonisme peut viser d’autres minorités que les élites. Ainsi, les formes que revêt le populisme varient selon les débats nationaux et les sensibilités politiques. Par exemple, pour une sensibilité de gauche, il peut s’agir de s’opposer aux « riches », à la finance globalisée, à la « classe politique », au « néolibéralisme » européen, etc. Pour une sensibilité de droite, on peut vouloir en finir avec les « fraudeurs » de l’État-providence, les taxes de l’État-providence (le « ras-le-bol fiscal ») ou avec les « étrangers ». Dans cette énumération, il faut quand même noter que le néolibéralisme n’est pas un groupe social, mais une idéologie économico-politique. A l’évidence, des élites portent les grands thèmes du néolibéralisme dominant mais il s’agit de deux choses différentes.

- D’autre part, le fait de se placer du côté du peuple suppose une mobilisation et l’auteur distingue à raison également le cas général du leader du cas particulier, un mouvement social . Il écrit : « En règle générale, le populisme est une idéologie mobilisée par un leader charismatique en vue des élections. Se prétendant le seul défenseur des intérêts du « peuple », il vise à gagner le maximum de voix pour prendre le pouvoir. Il est plus rare qu’un mouvement social prétende représenter « le peuple », comme le mouvement Occupy aux États-Unis ou les « gilets jaunes », en France. ». Les Gilets jaunes forme un mouvement populaire et populiste sans leader.

2) Cette contribution présente (au moins) un défaut.

Elle prétend qu’un mouvement populiste présente le peuple comme « bon » . C’est assez courant de lire cela or ce n’est pas avéré. Il ne s’agit pas de dire que celles et ceux d’en-bas sont bons ou sont non corrompus - par essence - et que ceux d’en-haut sont tous mauvais et corrompus.

Ces individus sont placés différemment dans la hiérarchie de la société et ce placement à d’emblée du sens en terme de justice-injustice, simplement du fait des fortes inégalités que l’on rapporte souvent au néolibéralisme, une variété de capitalisme qui produit des riches plus riches trop riches, qui enrichit les riches en produisant des pauvres et modestes.

Aucun défenseur du « peuple d’en-bas » ne dit que le peuple d’en-bas est bon. C’est stupide ! Il y a des casseurs en bas et des policiers massacreurs au service des élites . Mais le peuple-d’en-bas en Gilet jaune est massivement pacifique quoique très en colère contre Macron et Castaner et ceux d’en-haut.

Certains disent alors que la défense en bloc et sans nuance de l’ensemble du peuple d’en-bas entraine de fait une sorte de « communautarisme » populaire typique du populisme. Et alors ? Il y a des violents et des racistes des extrémistes mais ces derniers sont ignorés par les populistes, pas par les autres qui sont sur une autre position qui défendent le bon peuple d’en-bas (avec un souci de division et de manipulation évident).

Il y a là une mauvaise compréhension à expliciter.

Le « communautarisme » populaire typique du populisme - si l’on accepte la terminologie - porte sur le fait qu’il s’agit du peuple d’en-bas subissant le CLASSISME d’en-haut, soit une injustice sociale de classe - venant des élites ou de la classe dominante, une injustice sociale propre au capitalisme ou au néolibéralisme ou à la finance mondialisée selon le type de critique. La critique venant du peuple d’en-bas, dite facilement populiste, s’oppose à cette politique de classe à partir de celles et ceux qui la subissent, qu’ils ou elles soient « bons » - « bonnes » ou pas.

Un raciste d’en-bas a le droit a un bon salaire pour vivre même s’il doit être puni pour son racisme. Ne dire cela c’est ignorer le classisme . Il faut combattre le racisme, le sexisme, l’homophobie ET le classisme, la politique de la classe dominante sous le néolibéralisme. Cela vaut pour d’autres secteurs de lutte : Un intégriste musulman a droit - selon nous - d’entrer en France et de s’y installer, d’y trouver travail et logement car il fuit la misère occasionnée par l’impérialisme de la France. Pour autant on combattra son apologie d’un retour à un hyperpatriarcat, sa volonté de voiler les femmes, de méconnaitre la laïcité.

D’ailleurs qui juge qui est bon ? Pas de racisme et de sexisme en-haut !

Au sein des élites qui peut se dire « bon » ? Cette essence n’existe pas. Nul n’est bon et nul n’est mauvais. Il y a en politique des réactionnaires et des progressistes. Et cette distinction est parfois trompeuse, car souvent instrumentalisée par le pouvoir d’Etat.

On tend plus ou moins facilement à glisser du côté de la régression dirait Erich Fromm et l’on tend plus ou moins à y résister pour s’en libérer. On voit peut-être plus aisément le trajet vers le « mal » , la régression individuelle et sociale que celui vers le « bien » . Et tout dépend de ce qu’on juge « mal » et « bien ». Des maux comme la haine sont par exemple très partagés et nul, tant chez ceux d’en-haut, au sein du 1%, qu’au sein du peuple-classe, ne peut dire ne pas connaître ce sentiment .

Par contre il n’est pas neutre pour les dominants - ceux d’en-haut - de le mobiliser politiquement de façon accusatoire au titre de la « foule haineuse » comme si les dominants économiques et politiques ne connaissaient pas eux le mépris de classe. M Macron est l’exemple type du leader de classe qui a du mal à masquer son mépris de classe. Il commet donc du point de vue même de son camp des erreurs politiques. Pour celles et ceux d’en-bas, c’est la politique de classe en acte qui est contestée. La mépris de classe est secondaire.

Ce mouvement des Gilets jaune dit populiste participe, avec ses contradictions, à une dynamique d’émancipation sociale qui vise à la réduction des inégalités, à la promotion de la justice sociale et fiscale et même à une rénovation de la démocratie, la « démocratie réellement existante » étant jugé trop porteuse d’inégalités sociales, de par le jeu des médias mainstream, des élites publiques (cf livre La Caste de Mauduit) et privées.

Christian Delarue

Qu’est-ce qu’un mouvement social populiste ? Comprendre les « gilets jaunes »
https://theconversation.com/quest-ce-quun-mouvement-social-populiste-comprendre-les-gilets-jaunes-109411?utm


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