Une égalité qui reste à conquérir : Ouvrir le mariage aux homosexuels E Fassin (Monde diplo)

lundi 14 janvier 2013
par  Amitié entre les peuples
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Une égalité qui reste à conquérir
Ouvrir le mariage aux homosexuels

UN an après l’arrivée au pouvoir d’une majorité parlementaire de gauche en France, les discriminations subies par les couples homosexuels n’ont toujours pas été abolies par la loi. Le statu quo bénéficie de l’appui d’une campagne de pétition réactionnaire. De rapport en rapport, le gouvernement semble s’acheminer vers un élargissement très prudent de la définition juridique du couple et du statut du concubin. Dans cette hypothèse, au nom du « droit de l’enfant », le mariage et l’adoption resteraient réservés aux hétérosexuels. Les arguments en faveur d’une approche plus audacieuse ne manquent pourtant pas.

par Eric Fassin, juin 1998

Pour Hannah Arendt, « le droit d’épouser qui l’on veut est un droit de l’homme élémentaire, auprès duquel (tous les autres) sont bien mineurs ». Dans ce texte de 1959, c’est à la question noire que pensait la philosophe. De fait, si la Cour suprême des Etats-Unis avait, dès 1954, engagé la déségrégation raciale, en partant des écoles, elle ne devait annuler les lois interdisant les mariages mixtes qu’en 1967 : les juges reconnaissaient alors que le mariage est bien l’ « un des droits civiques fondamentaux ». Après avoir prétendu, en réaction à l’abolition de l’esclavage, que les races pouvaient être « séparées mais égales », on se rendait finalement à l’évidence : la ségrégation est l’instrument privilégié de la discrimination, et tout particulièrement dans l’institution matrimoniale.
Lorsqu’on parle d’homosexualité, et non plus de race, faut-il changer de logique ? Peut-on au contraire étendre l’argument, enchaîner d’une discrimination à l’autre et d’une minorité à l’autre ? A la différence des Etats-Unis, la société française a fait le choix, en 1985, de combattre par la loi la discrimination fondée sur la sexualité, et non pas seulement sur le sexe, la couleur ou la religion. La logique antidiscriminatoire devrait donc conduire à ouvrir le mariage aux couples homosexuels - sauf à admettre que l’hétérosexualité et l’homosexualité, toujours séparées par le mariage, n’en seraient pas moins égales.

Certes, toute distinction légale n’équivaut pas à une discrimination sociale. Par exemple, nous ne reconnaissons aux enfants ni les mêmes droits ni les mêmes devoirs qu’aux adultes. Cependant il ne suffit pas de constater une différence pour lui donner un fondement légal : les différences de classe ou de religion existent ; nous ne songeons pourtant pas à utiliser le droit pour creuser des fossés plus profonds. Avant d’établir légalement une différence, il importe de la justifier - faute de quoi, distinguer revient à discriminer.
Ainsi, il nous apparaît juste de réserver aux femmes un congé de (...)

http://www.monde-diplomatique.fr/1998/06/FASSIN/10573


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