People 99 % : Penser un peuple sans ses dominants économiques d’en-haut. Suite réponse à S Halimi (II). C Delarue

jeudi 17 août 2017
par  Amitié entre les peuples
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« People 99% »

Penser un peuple sans ses dominants économiques d’en-haut. Suite réponse à S Halimi (II).

Ce texte forme la suite plus explicative de ma réponse (limitée à un simple commentaire critique de son article paru dans le Monde Diplomatique) à Serge Halimi : « La classe d’appui des 1% chez Serge Halimi ». http://amitie-entre-les-peuples.org/La-classe-d-appui-des-1-chez-Serge-Halimi

Le peuple relève de plusieurs catégories et ce depuis fort longtemps. Mais il surgit des catégories nouvelles, comme peuple-classe et peuple social, qui permettent mieux de penser les sociétés contemporaines soumises au néolibéralisme .

Introduction sur un effort critique replacé dans son contexte.

L’effort critique qui est le mien (1) avec la reprise de la notion de peuple-classe à Yves MENY et Yves SUREL (2) a été de penser modestement les fractures intra-communautaires. Comme il y a une fraction (voir des fractions) d’intégrisme(s) religieux au sein d’une communauté religieuse donnée, il peut y avoir une fraction de très riches individus au sein d’une communauté nationale ou de la communauté humaine mondiale. J’ai d’ailleurs évoqué à la suite du livre sur La Caste (mondiale d’en-haut) une humanité-classe (cf Une caste mondiale contre une humanité-classe. Note C Delarue -
http://amitie-entre-les-peuples.org/Une-caste-mondiale-contre-une).

Cette distinction-monstration n’est pas neutre. Elle montre des enjeux de dominations multiples qui sont cachés derrière l’apparence des choses (d’ou un effort proprement critique) et derrière des discours convenus et largement dominants. Derrière cet effort théorique il y a peut-être subjectivement l’idée d’une différence ressentie : je ne suis pas comme d’autres de cette fraction qui domine dans son champ et je ne veux pas en être. Je peux vouloir connaitre une certaine aisance matérielle mais je ne veux pas faire partie des très riches (ce qui n’est d’ailleurs pas possible contrairement à un certain discours bien appris, plus aux Etats-Unis qu’en France). Je veux bien croire en Dieu (comme jadis) mais je ne me reconnais pas dans ceux qui imposent leur religion et leurs dogmes sexoséparatistes aux autres.

Il faut bien dire que cet effort conceptuel est lié au néolibéralisme et à l’évolution des sociétés avec un regain des inégalités économiques (cf Michel Husson et d’autres) et plus exactement des riches plus riches et des pauvres toujours pauvres. Cet effort conceptuel est lourd d’enjeux dans la mesure ou les oligarchies mobilisent leur classe d’appui pour taire une telle conceptualisation qui s’inspire du marxisme tant sur le plan analytique que sur le plan militant donc des stratégies de luttes sociales avec notamment un effort de convergence avec aussi un silence sur l’encadrement (qui n’est pas notre ennemi alors que certains font le « sale boulot » du capital) .

Pour la classe d’appui de l’oligarchie - localisée dans ce 1% des élites (3 cf Brugvin) - il vaut mieux mobiliser les catégories courantes qui masquent les enjeux, comme peuple « demos » ou peuple « ethnos » ou d’autres catégories populaires de type communautaires - comme la communauté nationale, la communauté ethnique, la communauté religieuse, la communauté indigène, la communauté des citoyens (qui peuvent avoir leur pertinence) - car on y montre pas un en-haut, ni l’oligarchie, ni le 1%. On ne cible pas, selon le langage variable, des riches, des puissants, des dominants économiques, des prédateurs en écologie et en démocratie.

- Des chiffres symboliques mais massivement compris

Ces chiffres symboliques de 1% en-haut et 99% en-dessous « parlent fort » dans de nombreux pays et sont très bien compris, beaucoup mieux que d’évoquer - comme je le fais - une idée plus complexe de rapport social entre oligarchie et peuple-classe à la place des chiffres et d’un pourcentage.

Ces chiffres symboliques de 1% en-haut et 99% en-dessous ne disent certes qu’une partie de la vérité mais ils disent ce que l’on voudrait nous faire oublier à savoir que dans les pays riches le 1% d’en-haut est nécessairement une minorité de très riches et de possédants . D’ailleurs d’après Picketty les possédants d’un patrimoine sont dans le 10% d’en-haut en France.

- Montrer une petite minorité de riches sous le néolibéralisme

Pointer le 1% d’en-haut comme étant les riches et possédants et dire qu’il y les 99% en-dessous c’est évoquer le travail de construction des inégalités sous le néolibéralisme et un rapport de prédation que l’on veut nous cacher .

Les chiffres 1% et 99% n’ont de valeur que symboliques. Tous savent que la frontière est floue mais c’est sans importance puisqu’il s’agit de montrer les très riches . On laisse aux spécialistes comme Picketty le soin de préciser . Reste que d’aucuns préfèrent que l’on ne parlent pas d’eux, de leur prédation sociale et écologique liée au néolibéralisme. 

- Montrer une autre coupure économique intra-communautaire et montrer les prédateurs économiques au lieu d’évoquer classiquement les classes dangereuses pour ceux d’en-bas !

Ces chiffres parlent nettement et simplement de ceux d’en-haut et de ceux d’en-bas mais ici le en-bas est large et vaste et cesse d’être tout en-bas à l’instar du sens de peuple-classe pour le XIX siècle (soit la plèbe ) comme l’écrivent Yves MENY et Yves SUREL (p 195) de leur livre « PAR LE PEUPLE, POUR LE PEUPLE », publié en 2000 (chez Fayard), donc bien avant que j’ai moi-même eu l’idée de théoriser un rapport oligarchie contre peuple-classe à la suite du « people 99% » ou le « nous sommes les 99% » des « Occupy » ( Wall Street) ou plus tard d’autres mouvements populaires du sud en 2011 . Il n’y a donc pas que peuple-classe pour le peuple juif, terminologie qui n’est d’ailleurs plus très employée. Le peuple-classe avec son sens économico-social est certainement plus pertinent de nos jours pour les raisons ici explicitées. S’y rajoute un « ethos égalitarien » (Meny et Surel) qui veut que les riches soient moins riches et les pauvres moins pauvres pour parler de cohésion sociale, de bien commun, de République et autre thème très englobant : le tout et non la partie de ce tout.

Le peuple-classe entendu comme au XIX concerne les pauvres et les couches sociales modestes qui manquent d’argent pour vivre dignement et à qui les oligarchies donnent des allocations diverses (RSA et autres) et mènent des politiques publiques (SMIC - APL etc ) . Ce peuple-classe là, est pensé comme des objets de politiques publiques et non comme des interlocuteurs ayant suffisamment d’appui et de poids pour contester le pouvoir oligarchique car l’oligarchie et plus largement le 1% d’en-haut ne se sentent pas eux-même menacé par eux . Il en va différemment pour un peuple-classe à format contemporain plus large de type 99% ou même 90% (peu importe ici) car ce peuple-classe là est organisé . Il vise les riches, les FMN, les paradis fiscaux et il veut des politiques fiscales plus offensives (anti-paradis fiscaux, politique d’imposition fortes des grandes fortunes) ou d’appropriation publique des biens des très riches. 

Christian DELARUE

Altermondialiste membre d’ATTAC et du CADTM ainsi que de la Fondation Copernic, membre du CA de Convergence des Services Publics.

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1) Classe dominante et oligarchie contre peuple souverain et peuple-classe. paru sur la Revue Mouvements en 2012
http://mouvements.info/classe-dominante-et-oligarchie-contre-peuple-souverain-et-peuple-classe/

2) « PAR LE PEUPLE, POUR LE PEUPLE » de Yves MENY et Yves SUREL publié en 2000 (chez Fayard). La page 195 évoque la notion de peuple-classe comme étant alors les individus ne possédant ni biens ni terres.

3) A propos des élites d’en-haut Thierry Brugvin du Conseil Scientifique d’ATTAC reprend Nicos Poulantzas et cette distinction : « La classe des élites économiques capitalistes représente la « classe hégémonique », tandis que la classe des élites des pouvoirs publics (présidents élus, élites bureaucratiques et technocratiques) est la « classe régnante » selon la définition de Poulantzas » cf POULANTZAS Nicos, Pouvoir politique et Classes sociales, Paris, Maspero, 1971, tome 2. (son blog Mediapart)


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