Le jeunisme : la pente de la valorisation marchande. C Delarue !

samedi 26 mai 2012
par  Amitié entre les peuples
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Le jeunisme : la pente de la valorisation marchande !

Une réponse de Franc Bardou sur Médiapart et Dazibaoueb.

http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-delarue/140512/le-jeunisme-la-pente-de-la-valorisation-marchande

http://www.dazibaoueb.com/article.php?art=29740

Voici quelques éléments non exhaustifs pour un débat du groupe « société et culture » du Conseil scientifique d’ATTAC. Ce texte introductif mérite sans aucun doute des compléments et même des développements des diverses sciences humaines.

Une partie de l’humanité, plutôt au Nord parvient à vivre plus longtemps que jadis. Nous mourrons à 80 ou 90 ans et non à 45 ou 55 ans comme jadis. Nous vivons plus vieux mais nous voyons notre corps vieillir. On le sent et on le voit car nous vivons en société avec des jeunes qui ne cachent pas la force, la souplesse et la beauté de leur corps. La publicité en rajoute sur ce phénomène. Il rajoute et il crée aussi disent certains. Débat. Si nul « vieux » - sauf dans les sociétés sexo-séparatistes - ne leur demande de se cacher pour faire de l’anti-jeune il faut bien remarquer que c’est l’inverse qui se produit. Nous subissons l’avalanche des corps forts, souples et beaux. Trop de corps serait obscène, vulgaire ? Pas sûr mais c’est néanmoins à penser et discuter ; précisément pour sortir des évidences et pour avancer dans les nuances et s’enrichir et quelque soit les positions des uns et des autres. Mais distinguons la beauté des autres qualités.

I - Le jeunisme comme valorisation du corps fort et souple.

Les vieux valoriseraient beaucoup trop la jeunesse du fait de la publicité qui met en avant des jeunes. Est-ce bien sur ? Les vieux n’apprécient la jeunesse qu’à propos du corps, ce qui réduit beaucoup l’effet de nostalgie ! Le corps n’est pas tout. Il a son importance mais il n’y a pas que lui. Les moins jeunes savent le bénéfice qu’ils ont de l’expérience de la vie et que les jeunes n’ont pas . C’est un exemple qui ne vaut pas pour tous les vieux mais il vaut largement. D’un autre côté, beaucoup de vieux ne voudraient pas retourner en arrière pour le volet existentiel difficile de certains passages à la vie adulte et ce bien que la vie des vieux ne soient pas nécessairement rose. La chose est entendue. D’ailleurs de quel niveau de vieillesse suis-je en train de parler ? Les 50 ou les 60 ou le grand âge ?

Les vieux n’apprécient la jeunesse qu’à propos du corps et pour un corps qu’ils n’ont plus. Et cela se comprends. C’est après que le débat commence. Certains ne cessent de l’entretenir pour contenir son vieillissement quand d’autres tordant le bâton radicalement dans l’autre sens s’abandonnent à la fatalité de ce même vieillissement. Deux excès opposés. Point de sens de l’équilibre. A mon sens seul ceux, victimes de la publicité, qui abusent d’un entretient excessif du corps sombrent dans le jeunisme. Mais ou est la limite ? Qui juge ? disait Bensaid pour autre chose.

De plus il y a aussi celles et ceux qui ne sombrent pas dans un entretient excessif du corps lui-même mais qui néanmoins se préoccupent excessivement de l’apparence. C’est aussi une question de mesure , d’équilibre, d’entre deux excès. Car un vieux qui ne se préoccupe plus de son apparence peut tendre alors aussi sombrer dans la dépression. Il importe de maintenir un certain quant-à-soi minimal.

Derrière je jeunisme il y a surtout la question du corps beau.

II - Le jeunisme comme valorisation du corps beau !

Derrière le jeunisme il y a surtout la question du corps beau. Bien que tous les jeunes ne soient pas beaux ! Bien que des jeunes puissent mal vivre leurs corps qu’il soit trop beau ou trop moche. Évidence crue et source de souffrances. Il arrive de voir des quinquas plus beaux que des très jeunes. Bénéfice certains pour les uns - bénéfice à jouir dans la discrétion -, souffrance pour les autres. Qui dit souffrance dit interrogation et action possible.

Mais, dira-t-on, dans toutes les sociétés il y a du beau et du moins beau et du moche. Ce sens commun ne doit pas avoir une place excessive - il ne dit pas tout le réel - car il poserait alors une sorte de naturalité qui ferait obstacle à une critique replaçant le corps et son apparence dans un contexte social et historique. On remarquera aisément que le phénomène avec sa contrainte spécifique porte plus contre les femmes que contre les hommes. Mais on ne saurait dire que les hommes y échappent totalement. La contrainte est juste moins forte pour eux. Mais c’est dans cette différence que git le jeunisme à critiquer.

La ligne de fuite pour échapper à la critique réside dans la valorisation du spirituel. Il y a en effet une façon de se sortir du débat sur le corps et les apparences qui est un grand classique : c’est de dire c’est la beauté intérieure qui attire. Certes (encore faut-il l’avoir construite) mais cela n’épuise pas la question. Quel est alors la place du corps, du charnel ? Est-il totalement écrasé par le spirituel sorte de privilège des vieux qui n’ont quasiment plus de corps ou du moins un corps dévalorisé ou même qu’un corps qui souffre.

Du coup face à l’opposition convenue de la beauté intérieure et de la beauté extérieure, il peut y avoir des homogénéités et des discordances. Citons-en quelques unes :

1 - « Beauté intérieure » et beauté extérieure se complètent et se conjuguent. Nous sommes sous le charme. Eros fait son irruption dans la vie humaine. Et, cela amène - cette irruption n’empêchant pas la réflexion - à discuter de Spinoza et d’Eric Fromm. Mais l’expérience est à vivre d’abord . N’est-ce pas Monsieur Eric Fromm ! Je renvoie à un texte sur le « tomber amoureux » accusé par l’auteur de subir l’opprobre spinoziste - et assez rigoriste chez lui - de la passivité.

2 - « Beauté intérieure » et moindre beauté extérieure incitent au compagnonnage tranquille, l’amitié, l’agapé (pour reprendre les catégories de pensée transmises par nos philosophes).

3 - « Beauté intérieure » et laideur extérieure permettent d’apprécier les bienfaits de l’internet pour les liens spirituels. La passion charnelle trouve alors - éventuellement - à s’exercer ailleurs. Cela vaut pour les jeunes mais aussi pour les vieux.

Il y a aussi à distinguer l’usage des menus artifices vestimentaires séduisants des opérations plus lourdes et plus chères. Le lifting se fait de plus en plus (cf article ). Entre celui (ou celle) qui se moque totalement de son corps et celui ou celle qui s’en fait un souci de chaque instant il y a un espace intermédiaire, entre deux extrêmes, à promouvoir. Mais la marchandisation du look est là !

Christian DELARUE

La tyrannie du jeunisme - L’EXPRESS
http://www.lexpress.fr/actualite/sciences/sante/la-tyrannie-du-jeunisme_494463.html

Régis Debray contre la dictature du jeunisme, actualité Société : Le Point
http://www.lepoint.fr/actualites-societe/2007-01-17/regis-debray-contre-la-dictature-du-jeunisme/920/0/31814


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