La science politique, la démocratie délégataire et la formation d’oligarchies. C Delarue

mardi 11 février 2014
par  Amitié entre les peuples
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La science politique, la démocratie délégataire et la formation d’oligarchies.

Texte un peu différent publié sur médiapart sous le titre « Oligarchie, République, Socialisme »

http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-delarue/041112/oligarchie-republique-socialisme
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Nos démocraties, les démocraties réellement existantes telles que connues par la plupart des peuples de la planète, ceux qui ne subissent pas des dictatures, font une très large place à une oligarchie ; celle installée par le mécanisme délégataire de l’élection qui est le principal mécanisme de la démocratie dite, à tort, représentative.

Contre Platon et avec Aristote, il faut dire que l’élection permet tout à la fois de parler de démocratie et d’oligarchie. L’élection n’est nullement le critère qui pose la Démocratie avec une majuscule, dépouillée de toute entrave oligarchique. Dans toute élection, on lit une appropriation et une dépossession.

1) Plusieurs questions se posent.

- Le phénomène oligarchique est-il un fatum politique ou peut-on le réduire fortement et même l’éradiquer ? La réponse à cette question n’est pas neutre.

- Tous ceux et celles qui pensent que l’oligarchie est issue de la division du travail social et qu’à ce titre elle est une sorte de fatalité se pose d’emblée une autre question : quelle est la meilleure oligarchie ? La réponse à cette question interesse aussi ceux et celles qui pense que l’oligarchie peut être réduite voire éradiquée.

- La question de la « qualité » oligarchique passe souvent par une évocation des classifications anciennes et modernes des oligarchies. C’est ici que philosophes et chercheurs en sciences politiques ont une utilité pour le débat démocratique.

- En tout état de cause, du point de vue du peuple-classe, la qualité d’une oligarchie se mesure au niveau de pouvoir qu’elle laisse, à froid (sans rapport de force) ou à chaud (avec rapport de force) au peuple-classe ou au peuple souverain. Une oligarchie subissant un fort contre pouvoir favorise la démocratisation ainsi que la justice sociale et donc un Etat social.

2) Le réel ou les liens de l’oligarchie.

Une oligarchie est un petit nombre de dirigeants politiques hauts placés (moins de 1%) dans un cadre local, national, continental ou mondial. Mais ils ne tiennent pas leur place et leur pouvoir que de l’élection. Ce ne sont pas que des aristocrates élus. Système capitaliste dominant oblige, il faut aussi compter avec leur proximité avec le pouvoir économique et financier. Les oligarchies sont de nos jours des oligarchies politico-financières. Avec le néolibéralisme c’est cette terminologie qui ait devenue dominante.

En terme ancien, on parlerait de ploutocrates. Les politiques dirigent, les capitalistes règnent. L’ensemble forme la classe dominante qui elle avoisine et même dépasse les 1% d’en-haut.

3) Gouvernance oligarchique à légitimité démocratique.

Nos démocraties délégataires sont largement des « gouvernances oligarchiques » (terminologie redondante un peu comme islamisme radical) car la démocratie de pleine intervention populaire n’existe pas . Nos démocraties, malgré les conquêtes du mouvement ouvrier, restent des démocraties restreintes, à champs d’intervention réduit (pas dans l’entreprise) et de basse intensité. L’essentiel n’y est pas remis en cause sauf par une minorité d’acteurs sociaux ou politiques. Une alterdémocratie est certes pensable mais elle n’est qu’une perspective d’une minorité d’acteurs à l’avant-garde de la démocratisation des sociétés.

Evoquer globalement le fait oligarchique (pour ne rien dire ici de sa forme ploutocratique ) ne signifie pas uniformité ni absence de distinctions importantes à faire entre, par exemple, la gouvernance de l’Union européenne et la gouvernance de la V ème République en France. La critique juste doit permettre de repérer des niveaux d’intervention citoyenne qui donne une force de contre pouvoir aux oligarchies.

4) Types d’oligarchie et types de République.

- La République libérale montre une oligarchie forte qui agit surtout pour la classe dominante (la bourgeoise sous le capitalisme dominant).

- La République sociale montre une oligarchie contrainte de fournir un Etat social pour le peuple-classe. Historiquement la République sociale procède à des nationalisations, crée des services publics, une Sécurité sociale, un statut protecteur pour les apporteurs de force de travail dans l’entreprise privé ainsi et surtout dans la fonction publique. Avec elle, la démocratisation avance. Le contraire de la gouvernance néolibérale qui fait reculer la démocratie et casse l’Etat social.

- Avec la République socialiste, ce sont les biens communs qui forment le contexte mondial. Au plan national et continental, l’appropriation publique (nationalisations) passe en appropriation sociale (socialisation). La démocratisation est forte et pénètre dans les bastions protégés.

Christian Delarue
20 sept 2013

Pour les développements lire : Classe dominante et oligarchie contre peuple souverain et peuple-classe. - Mouvements
http://www.mouvements.info/Classe-dominante-et-oligarchie.html

Addendum : Le couple oligarchie/peuple-classe est également pertinent pour les formations sociales issues du socialisme autoritaire et bureaucratique qui ne sont ni socialiste ni capitaliste. Il y a en Chine comme à Cuba une oligarchie spécifique qui surplombe et domine son peuple-classe.


Brèves

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