Débat stratégique : quelques remarques sur le texte d’E Terray. C Delarue

vendredi 8 mai 2009
par  Amitié entre les peuples
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Débat stratégique

Rompre avec le capitalisme ou le refonder.

Quelques remarques sur la contribution d’Emmanuel TERRAY

http://www.reseau-ipam.org/spip.php?article1666

Emmanuel Terray - Crise et stratégie d’émancipation - 10 avril 2009*

http://www.reseau-ipam.org/IMG/pdf/Terray_-_Crise_et_strategie_d_emancipation_-_10avril2009.pdf

NB : Sa contribution reprend les bases de celle de Gustave MASSIAH pour la poursuivre sur plusieurs pistes. Il importe donc de lire la contribution Gustave Massiah :
« Les dangers et les opportunités de la crise globale »

http://www.reseau-ipam.org/spip.php?article1591

I - La montée du processus révolutionnaire.

Sortir du capitalisme suppose un projet et des forces sociales à unir mais aussi une inscription dans le temps. Mais le temps ne s’écoule pas de façon linéaire ; il connaît des accélérations tout comme des reculs et des avancées. Les accélérations fournissent des opportunités de créer de la rupture franche.

Le problème central du peuple-classe c’est, on le verra, que toutes les forces sociales et politiques normalement requises pour son émancipation ne souhaitent pas rompre. Et la non rupture elle même connaît des nuances qui vont de l’accompagnement pure et simple des « réformes » néolibérales à une stratégie fort modeste du dépassement du capitaliste . Par exemple lors du printemps 2003 en France, une opportunité de porter plus en avant l’affrontement contre le pouvoir était possible. Bien que réalisée sur une base nationale la volonté de poursuivre et d’intensifier la lutte aurait débouché sur un autre paysage politique. 2003 est le signe d’une opportunité manquée et d’une crise de direction pour les mobilisations populaires, dont les syndicats et les partis politiques ne sont pas sortis. Les mots ont donc une importance :
Rompre, dépasser, refonder.

Le dépassement n’est pas la rupture. La rupture n’est pas « le »grand soir’ ou le basculement violent en un jour dans « l’autre société ». Encore que rien n’interdise de penser que dans une succession d’évènements l’un d’eux puisse être vu à posteriori comme moment de rupture. Le
dépassement laisse entendre une très longue période de changements ou des conquêtes peuvent succéder à des reculs. En somme le dépassement laisse entendre, à mon avis, qu’il n’y a pas de réformes radicales opérant « effet cliquet » de par sa constitutionalisation ou par un puissant soutien social. La phase de rupture signifie pour reprendre la formule de Lénine que les dominants - que je n’appelle pas Empire - ne veulent plus du pouvoir et que les dominés, multitude si vous préférez le flou mais pourquoi pas peuple-classe, y sont candidats.

Dans cette période on approche de la formule, considérée comme utopique, du « gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ». Sans doute faut-il penser qu’une nouvelle couche sociale va émerger du peuple-classe mais sans se constituer en élite ou en bureaucratie donc sans séparer de trop par l’usage de dispositifs qui l’éloignent des tâches ordinaires du peuple. Le peuple-classe devient peuple-nation. Ou si vous préférez « les dominés de rien deviennent tout ». Ils gagnent en liberté, en égalité et en fraternité dans une société plus respectueuse de la nature mais aussi laïque, non raciste, non sexiste.

Si le capitalisme commence lorsque la terre et le travail deviennent des marchandises, on peut supposer a contrario que le capitalisme sera dépassé lorsque la terre et le travail seront de nouveau soustraits à la domination du marché. .../...Il faudra en finir d’une certaine façon
avec l’aliénabilité de la terre, et soumettre sa répartition et son usage à des normes réfléchies et adoptées collectivement. Il en va de même en ce qui concerne le travail : le capitalisme prendra fin quand l’allocation, l’intensité, la rémunération du travail ne seront plus assujetties à la loi du profit maximum ; aux collectivités d’imaginer et d’expérimenter de nouveaux modes d’organisation du travail.

II - La question de l’articulation des niveaux de contradictions nécessaire à l’unification des couches internes aux peuples-classe.

Emmanuel Terray dans la partie de sa contribution sur les alliances nous pousse à abandonner nombre de préventions constitutives de la raison occidentale afin de construire ce front anticapitaliste. Cela mérite débat.

- Ceux d’en haut qui défendent le capitalisme : contradiction et unité chez les dominants.

Il s’agit pour Emmanuel Terray d’un " conglomérat hétéroclite de dirigeants politiques,
économiques et médiatiques" qui constitue le groupe des dominants, bourgeoisie ou Empire.

Comme lui, je « soutiendrai pour ma part l’opinion suivante : les contradictions et les conflits qui affectent l’empire ne mettent pas en cause son existence.../... et » qu’aucun des acteurs ne se propose le renversement du système« .../... »Il s’agit toujours de redistribuer en son sein les pouvoirs, les hégémonies, les positions hiérarchiques, les zones d’influence".

- Ceux d’en-bas, l’unité difficile du peuple-classe sur un projet de rupture avec le capitalisme.

Cette unité des couches et communautés sociales internes aux divers peuples-classe d’un continent est difficile car on ne peut dire pour eux ce que l’on constate pour les dominants. Une fraction des dominés acceptent leur domination de classe ce qui pose problème au regard de la contradiction principale. Le problème n’est pas tant de distinguer l’ennemi principal de l’ennemi secondaire et de batailler contre l’ennemi secondaire trop souvent, c’est de se tromper constamment d’ennemi principal. Chose que ne font pas les dominants.

Contre les dominants, qui pouvons-nous mobiliser ? Nous, c’est-à-dire le mouvement alter-mondialiste ? A l’extérieur de ce mouvement, existe-t-il des forces qui s’opposent sous un angle ou sous un autre aux bourgeoisies nationales et internationales, et avec lesquelles nous
pourrions essayer de réaliser une convergence des luttes ?

Nous ne sommes pas la seule force de mobilisation. Les forces sociales sont partiellement mobilisées dans de nombreux pays par des syndicats et des partis politiques assez divers. On ne saurait oublier cet aspect. L’internationalisation de ces forces de mobilisation est nécessaire mais très problématique.

En terme de groupe social mobilisable, Emmanuel Terray nomme cinq prétendants au dépassement du capitalisme : les keynésiens, les paysans, les religieux, les « identitaires » et les migrants. Je vais le suivre à ma façon dans son propos.

1. En fait les keynésiens sont exclus des cinq catégories à mobiliser.

Emmanuel Terray est formidable puisqu’il affirme à juste titre qu’il y a deux catégories de keynésiens. Parmis les cinq prétendants il apparaît que c’est le groupe le plus en capacité de monter un projet de régulation alternative. Or il ne s’agit pas de cela.

Pour les premiers, le keynésianisme n’est guère plus qu’un ensemble de recettes pour faire face à la crise : soutien de l’activité, plans de relance, etc. .../... Pour les seconds, il s’agit de remplacer le capitalisme ultra-liberal par un capitalisme keynésien qui n’est plus tout à fait du capitalisme : dans celui-ci, en effet, les entreprises restent régies par le marché au niveau micro-économique, mais les grandes décisions macro-économiques concernant la monnaie, les investissements, les revenus, sont désormais Prises par la puissance publique, étant entendu qu’à notre époque l’action de celle-ci devra s’exercer pour l’essentiel à l’échelle internationale. Il s’agit d’un alter-capitalisme très différent du capitalisme néolibéral. Problème « ils sont plutôt rares parmi nos gouvernants ».../...Il ne reste donc que des keynésiens de façade ou d’occasion. Roue de secours et non alternative. Exit donc les keynésiens sauf une minorité.

2) Oui, réinsérer les paysans mais sans oublier les travailleurs salariés.

Emmanuel Terray souligne ensuite que la première des forces de transformation est la paysannerie. Je ne suis pas sûr qu’elle soit la première force de transformmation dans tous les pays mais, à l’instar de Geneviève AZAM, je pense qu’il faut absolument compter sur elle. Cela
est une des raisons qui m’ont amené à définir le peuple-classe. Les paysans ont nécessairemment leur mot à dire pour donner un autre contenu moins autoritaire, plus écologique au proto-socialisme en Chine mais aussi dans les pays ou les paysans sont minoritaires, là ou les rapports sociaux de production capitalistes sont dominants.

Si une fraction des artisants des commercants ou des professions libérales peuvent faire partie du peuple -classe sur le papier, il est évident que la mentalité dominante de ces professions les porte plus au souci de soi qu’à la lutte collective pour le bien de tous à partir d’en-bas. Je concède donc cet élément de subjectivité à prendre en considération à Pierre Ruscassie qui préfère lui la notion de « peuple de gauche » dont le contenu social est fonction des mobilisations et es enjeux. Ce qui ne m’enlève rien, à mon sens, à l’utilité théorique et pratique de la notion de peuple-classe.

3) Les migrants font partie du peuple-classe soit comme paysan soit comme salarié .

Comme grands dirgeants politiques ou économique ils appartiennent à la classe dominante, à la bourgeoisie internationale. Plutôt que de me citer, je renvoie à ce que dit Emmanuel Terray pour ce qui les concerne.

4 ) Religion et diversité : alliance possible, circonscrite.

Il n’y a rien d’automatique sur l’alliance possible avec les religieux, soit celles et ceux d’abord guidés par des interprétations des religions. Là encore tout dépend des pays et des traditions. Pour l’essentiel les courants religieux ne sont pas « de libération ». La référence à la morale « contre l’argent » est ambigüe et n’est pas foncièrement anti-capitaliste.
On y trouve trop souvent une composante de valorisation du travail, une répulsion de la sexualité (1)et de la séduction, une valorisation du mariage et de famille patriarcale, qui suscitent une objection importante pour valoriser cet alliance dans toute stratégie contre le capitalisme.

Les courants chrétiens de la théologie de la libération sont effectivement nombreux et porteurs d’alternative en Amérique latine. Mais il faudrait actualiser le propos car les études sur
ces mouvements sont anciennes, du moins celles que j’ai pu lire. La théologie de la libération n’est peut-être plus aussi radicale qu’elle a pu être. Par ailleurs, si l’autre monde que nous voulons se bâti contre le capitalisme, il se forge aussi contre le mépris du droit des femmes
ainsi que contre l’obscurantisme. Et même les chrétiens de gauche refusent bien souvent l’IVG. Quant à reconnaître l’homosexualité c’est l’islam qui fait problème. Rien à Durban sur ce point car les pays musulmans y sont majoritaires.

Dire que tout cela relève d’une contradiction secondaire se comprend mais en même temps cela devient beaucoup plus osé que jadis. La formule ne conviendrait même pas pour les questions qui traitent de la laïcité. Car ce serait oublier que la laïcité est une condition de l’effort démocratique même si la laïcité de par elle-même ne produit pas la démocratie. La laïcité n’empêche pas la diversité. Mais si la rencontre de l’autre suppose sa différence pour créer de l’enrichissement encore faut-il que cette différence ne soit pas absolutisée sous la forme d’un différentialisme qui fige des identités les une contre les autres (2).

Chaque société, chaque culture doit être en mesure de préserver un certain « quant à soi », sous peine de voir son identité et sa singularité disparaître. Cela concerne la protection contre les religieux intégristes qu’il faut tous combattre. Le fait qu’une partie des musulmans puisse défendre des conceptions totalitaires, patriarcales, machistes, obscurantistes ne saurait pousser ni à l’amalgame (tous des barbares), ni à l’angélisme (tous des anticapitalstes donc peu importe le reste).

Christian Delarue

Membre du CA d’ATTAC France
Délégué par le MRAP membre co-fondateur d’ATTAC
Membre du BE et du CA du MRAP.

1) Défense des libertés et morale répressives des religions.
Sexualité : fondements d’une attitude ouverte : un texte de Max Pagès.

http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article641

L’intolérance à l’infidélité en général et celle des intégrismes religieux en particulier. C Delarue

http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article542

Voile islamique et séduction. C Delarue

http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article298

2) Laïcité, la contradiction secondaire a son importance. C Delarue

http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article677


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