Peuple tout entier ou large fraction de peuple contre. Suivi du cas syrien.C Delarue

dimanche 19 août 2012
par  Amitié entre les peuples
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Peuple tout entier ou large fraction de peuple contre. Suivi du cas syrien.

Le peuple à toujours son autre. Il est en rapport contre (son autre), qu’il soit externe ou interne. Essayons de distinguer le peuple tout entier contre « eux » (externe) et large fraction de peuple contre un « en-haut » (interne).

- La polysémie du mot peuple est souvent méconnue . Le français n’a conservé que le mot populus pour dire peuple alors que la langue ancienne des Grecs et des Romains transmise aux adeptes de « culture classique » permet de rendre compte de plusieurs acceptions souvent caractérisées par des adjectifs : Peuple demos, peuple ethnos, peuple social (plebs) dit peuple-classe. Mais en France, la tendance est d’user d’un terme très englobant masquant la conflictualité interne. Il y a une exception, celle qui évoque la culture « populaire » des couches les plus modestes. Ce qui ne fait que renforcer le flou du terme puisque les classes moyennes font parti du peuple. Même la bourgeoisie fait partie du peuple. Il y a donc quelques distinctions à faire. Un brin d’éducation populaire (sic) est nécessaire.

De plus la connaissance des divers sens du mot peuple fait parti de l’outillage d’analyse de ce que l’on nomme populisme, une catégorie qui est de plus en plus utilisée.

Au sein de cette polysémie sans adjectif complémentaire il convient de distinguer deux grands usages : celui d’une part du peuple comme large fraction contre et celui d’autre part du peuple tout entier . La terminologie « peuple tout entier » a très souvent une expression plus précise avec les termes « peuple nation » ou « peuple démocratique » ou « peuple résident ». On observera aussi qu’il y quasiment toujours une exclusion au sein de ce soit disant « peuple tout entier ».

- Le peuple tout entier contre un « eux » externe

Ces quelques lignes ne portent pas sur la caractérisation apparue en URSS. Le « peuple tout entier » est contre un eux extérieur qui peut être réellement menaçant mais pas toujours.

Le peuple tout entier qui rassemble toutes les classes sociales d’un pays est chose exceptionnelle. C’est le plus souvent l’effet d’un mythe qui voile une domination. On a pu dire cela par exemple du peuple canadien français qui serait une « classe ethnique » ou une « classe nation » (1). L’argument de l’oppression nationale par le Canada anglophone permettait donc de faire disparaitre la domination de classe de la bourgeoisie du Québec sur le peuple-classe québécois.

La part de l’instrumentalisation idéologique est ici plus importante qu’en cas de guerre. Ce qui ne signifie pas qu’il ne faille pas prendre en compte une oppression nationale. Il y a instrumentalisation que lorsque l’on en profite pour nier la conflictualité interne entre classe dominante et peuple-classe.

Cependant il arrive que le peuple tout entier soit de l’ordre du réel. Cette unification surgit souvent face à un ennemi extérieur jugé quasiment par tous comme tel ; ce qui aboutit à relativiser les conflits de classe et la domination ordinaire de la classe dominante et de l’oligarchie. Mais tôt ou tard dès que la conflictualité externe eux/nous faiblit (retour à la paix) la conflictualité économico-sociale en-haut/en-bas de la classe dominante contre le peuple-classe réapparait.

- Le « peuple contre un »eux« interne »

Il peut être diversement formaté selon que l’on voit la domination économico-sociale en haut de sois ou selon que l’on la voit à côté ou même dessous.

Il s’agit ici le plus souvent du peuple social ou du peuple-classe qui englobe toutes les classes dominées. Ce peuple-là ne saurait par définition être le peuple tout entier puisque précisément il place hors de lui la minorité d’en-haut (vision de gauche).

Mais ce peut être aussi une large fraction de peuple contre des petites fractions de peuple y résident et discréditées comme allogène ou étrangère pour d’autres disciminants (langue, religion, culture, etc... ;

- Le cas de la Syrie

En Syrie aujourd’hui j’entends (ce matin 16 octobre 2011 sur une radio) de la part d’un membre averti de la situation de ce pays que « toutes les classes sociales sont dans la rue ». Toutes vraiment ? Mais alors il ne saurait logiquement s’agir du peuple tout entier puisque l’ennemi est intérieur et en nombre. Nous sommes dans un rapport spécifique interne qui n’oppose pas un peuple-classe à une classe dominante ou à une oligarchie.

En Syrie l’appareil autocratique ne maintient pas sa féroce dictature sans un appui diversifié tant externe qu’interne . Plus la violence devient destructrice et plus la lecture ethnico-religieuse perd de sa pertinence. Sans connaitre suffisamment - hélas - la réalité de ce pays il semble néanmoins juste de penser qu’une large fraction de la population s’oppose violemment à une autre fraction beaucoup plus petite mais soutenu par un appareil autocratique.

Christian DELARUE
octobre 2011


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