N’est-il pas urgent de relocaliser les activités agricoles ? A Trouvé

jeudi 7 octobre 2010
par  Amitié entre les peuples
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Tribunes de L’Humanité - le 2 Octobre 2010

N’est-il pas urgent de relocaliser les activités agricoles ?

Quand Pascal Lamy s’en prend aux « locavores »

Par Aurélie Trouvé, coprésidente d’Attac, agronome et maître de
conférences en économie.
http://www.humanite.fr/

Le sommet sur les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD)
s’est terminé la semaine dernière, avec son lot de nouvelles promesses.
Le premier des huit objectifs, fixés il y a dix ans, consiste à
éradiquer l’extrême pauvreté et la faim dans le monde. Pourtant, la faim
touche plus d’un milliard d’êtres humains et n’a cessé d’augmenter
depuis les années 1990. Une évolution qui coïncide avec la
libéralisation accrue des marchés agricoles sous l’égide de
l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Comment dès lors ne pas
mettre en lien cet échec des OMD et la réaffirmation sans nuance des
bienfaits du commerce international par Pascal Lamy, directeur général
de l’OMC, dans une tribune publiée dans Libération le jour de
l’ouverture du sommet sur les OMD ?

L’accord de Marrakech, signé en 1994 dans le cadre de l’OMC, a abouti à
un démantèlement progressif des protections aux frontières et des
politiques agricoles nationales et régionales. Celles-ci permettaient de
réguler les prix et quantités produites, pour répondre aux besoins
alimentaires à court et à long terme, et maintenir des revenus agricoles
plus équitables. Elles reconnaissaient la spécificité des marchés
agricoles, très loin de correspondre aux critères de la concurrence
parfaite. Au contraire, pour l’OMC, le commerce international agricole
n’a consisté qu’en une dérégulation des marchés agricoles, l’agriculture
devenant un secteur à libéraliser comme les autres. Ce qui est
contradictoire avec ce que Pascal Lamy reconnaît lui-même : «  La
production ou la consommation des biens alimentaires n’obéit pas aux
mêmes règles que celles des chemises ou des pneus.  »

En particulier, les prix agricoles sont réputés comme très volatils en
l’absence de régulation publique. Cette volatilité n’a cessé d’augmenter
avec la dérégulation, avec des chutes brutales de prix qui se sont
faites au détriment de la population agricole, tandis que des profits de
plus en plus confortables étaient engrangés par les intermédiaires de la
grande transformation et de la grande distribution. En période de
flambée des prix, ce sont les consommateurs et les pays les plus pauvres qui en ont pâti, comme en 2008, où le nombre de sous-nutris a explosé.

Pascal Lamy s’en prend, dans sa tribune, aux «  locavores  » (1). Et
pourtant, n’est-il pas urgent de relocaliser les activités agricoles ? À
la suite de la flambée des prix agricoles, même la Banque mondiale a dû
revenir sur ses orientations des décennies passées, en reconnaissant le
rôle essentiel du développement agricole pour subvenir aux besoins
alimentaires locaux. La période de dérégulation des marchés agricoles
correspond à une hausse de la dépendance alimentaire et souvent à une baisse de la productivité agricole des pays pauvres : leurs agricultures se sont retrouvées en concurrence directe avec celles des pays riches, ultrasubventionnées et affichant des rendements parfois 500 fois supérieurs, ainsi qu’avec les agricultures de pays émergents jouissant de conditions de production bien plus favorables. C’est ce qui a amené des pays comme l’Inde et des mouvements paysans comme Via Campesina ou le Roppa en Afrique à s’opposer aux négociations agricoles actuelles de l’OMC, qui prévoient une dérégulation encore plus importante. Non, la relocalisation des activités n’est pas une lubie de mouvements de pays riches et autosuffisants, comme semble le suggérer Pascal Lamy. Et si l’Europe mise davantage sur la relocalisation des activités, ce ne sera pas au détriment des pays du Sud : faut-il rappeler nos subventions massives qui permettent de pratiquer un dumping accepté par l’OMC ?

Faut-il rappeler qu’en ce moment, nous importons pour nos propres
besoins la plupart de l’alimentation de notre bétail, en provenance de
pays comme le Brésil, où des millions de paysans ne disposent d’aucune
terre ? Et que cette captation des terres ne pourra que s’accentuer si
nous développons comme c’est prévu de vastes importations d’agrocarburants ?

Enfin, la relocalisation des activités agricoles est une façon, pour
chaque territoire, de pouvoir bénéficier d’une agriculture diversifiée,
respectueuse des ressources naturelles et créatrice d’emplois et de
restaurer des liens rompus entre producteurs, consommateurs et
territoires. Pour ce faire, il faut que chaque pays ou région puisse se
protéger et définir sa politique agricole en fonction de ses besoins,
pourvu que cette politique ne crée pas de dommages sur les agricultures
des pays tiers : c’est le droit à la souveraineté alimentaire,
incompatible avec les dispositions actuelles de l’OMC. Cela ne signifie
pas pour autant un repli national : des mécanismes internationaux
permettraient notamment une maîtrise négociée des volumes, des stocks et des exportations de chaque région, ainsi qu’une régulation des prix internationaux – par exemple par une fixation de prix minimaux pour les produits tropicaux afin de soutenir les producteurs du Sud. Nous aurons donc toujours besoin d’un commerce international agricole, le problème étant celui de sa dérégulation. Ce commerce devrait s’appuyer avant tout sur les objectifs de solidarité et de préservation des ressources naturelles. C’est ce que porte depuis longtemps l’altermondialisme, en cohérence avec l’exigence de relocalisation des activités.

(1) Le mouvement « Locavore » encourage les consommateurs à acheter des produits frais et de saison sur les marchés et aux agriculteurs locaux.

Aurélie Trouvé

http://www.humanite.fr/01_10_2010-quand-pascal-lamy-s%E2%80%99en-prend-aux-%C2%AB-locavores-%C2%BB-454804


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